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Le dernier espoir des Brexiters durs

©REUTERS

Tous les scénarios restent techniquement possibles dans l'imbroglio du Brexit, du no-deal au second référendum en passant par un accord ressuscité de nulle part et finalement accepté.

Près de quatre mois après la conclusion de l’accord sur le Brexit entre Downing Street et l’Union européenne, les eurosceptiques exigent toujours une garantie juridique sur la possibilité pour le Royaume-Uni de lever le filet de sécurité, au terme des négociations commerciales qui suivraient un Brexit avec accord. L’attorney general Geoffrey Cox est sous pression pour la leur apporter en modifiant son avis juridique, d’ici dimanche soir.

Mais cela ne suffira sans doute pas à assurer le succès du troisième vote sur l’accord, la semaine prochaine. De nombreux brexiters durs du parti tory ont répété qu’ils ne voteraient pas pour cet accord qu’ils ont déjà rejeté deux fois. Or, la majorité conservatrice, qui ne repose que sur la présence complémentaire de dix députés nord-irlandais, est trop faible pour assurer un succès à l’accord de Theresa May, même en cas de ralliement massif de dernière minute.

La Première ministre britannique devra compter sur le changement d’avis de plusieurs dizaines de députés travaillistes, alors que seulement trois d’entre eux ont voté pour son accord, mardi.

En outre, le succès massif de sa motion demandant un troisième vote sur l’accord et un report du Brexit, jeudi soir, a été un trompe-l’œil. Quelque 188 députés tory ont en effet voté contre cette motion (seulement 112 pour). Cette motion gouvernementale est donc passée essentiellement grâce au parti travailliste (236 votes travaillistes pour, 3 contre).

Voir les députés tory valider cet accord d’ici mercredi prochain serait abracadabrantesque, puisqu’en rejetant cette motion, ils ont aussi renoncé à la possibilité d’un troisième vote sur l’accord. Possibilité que les travaillistes leur ont finalement donnée, même si le but du parti de Jeremy Corbyn était avant tout de reporter le Brexit.

Des eurosceptiques prêts à laisser Downing Street leur échapper ?

Les discussions seront intenses tout le week-end pour modifier l’avis juridique. L'attorney général Geoffrey Cox a confirmé mardi son avis juridique formulé en début d’année, selon lequel le Royaume-Uni risque être enfermé indéfiniment dans le filet de sécurité à la frontière irlandaise en cas d’échec des futures négociations commerciales avec l’UE.

Mais il a été piégé mardi aux Communes en expliquant dans un débat que dans des circonstances exceptionnelles, et en vertu de l'article 62 de la Convention de Vienne (1969), un pays pouvait se retirer unilatéralement d'un traité. Il doit rendre son avis juridique d'ici dimanche soir, dans lequel il devrait être amené à intégrer cette ultime hypothèse prévue dans la Convention de Vienne, sans pour autant changer le fond de son avis.

L’idée restera la même: une levée unilatérale du filet de sécurité serait la conséquence d’un conflit commercial avec l’Union européenne, avec des conséquences potentiellement graves à la frontière irlandaise. Beaucoup plus graves, en tout cas, que le maintien de ce simple filet de sécurité.

Les Brexiters durs pourraient trouver leur avantage à cette lecture très pessimiste de l’avis juridique, puisque leur priorité est la sortie de l’Union douanière, et que le rétablissement d’une frontière dure à la frontière irlandaise ne semble pas les inquiéter plus que ça, malgré les risques qu’elle ferait peser sur la paix obtenue en 1998.

May vers l'état de grâce?

Theresa May. ©AFP

Ce Brexit soft qui leur sera de nouveau proposé la semaine prochaine pourrait, au fil du temps, se transformer en Brexit dur en cas d’échec des négociations commerciales, censées se tenir d’ici le 31 décembre 2020.

Mais les eurosceptiques devront accepter une perte immédiate s'ils votent pour ce Brexit soft et que tous les Tories se rangent finalement derrière cet accord. Boris Johnson, Jacob Rees-Mogg et leurs soutiens propulseraient ainsi Theresa May vers un état de grâce et la forte probabilité de la voir rester à Downing Street jusqu'aux prochaines élections de 2022.

Ils devront, en somme, faire un choix entre "leur" Brexit et l’accession à Downing Street avant que leur chance s’envole définitivement. Cette chance semble plutôt être du côté de Theresa May, survivante de l'impossible, comme les quatre votes victorieux sur les amendements de jeudi l’ont encore démontré.

Ce vendredi, au terme de l'une des semaines les plus bizarroïdes de l'histoire parlementaire britannique, absolument tout reste techniquement possible, du no-deal au second référendum en passant par un accord ressuscité de nulle part et finalement accepté.

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