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Les entreprises belges attendent que la brume anglaise se dissipe

©AFP

Les entreprises belges sont dans l’expectative. D’un côté, elles ont envie de se réjouir de l’accord intervenu. De l’autre, elles se demandent si ce dernier va passer le cap anglais. Surtout, elles s’interrogent à quelle sauce anglaise elles seront soumises dans le cadre du nouvel accord commercial qui doit encore être discuté.

On ne peut pas dire que la brume anglaise se soit dissipée sur Londres et sur le gouvernement de Theresa May. Et donc difficile pour nos entreprises d’y voir plus clair. Un no deal est toujours possible. Mais quoi qu’il en soit, si in fine l’accord technique est approuvé par toutes les parties, alors ce sera un premier ouf de soulagement pour les entreprises belges. "Oui, l’Union wallonne des entreprises est satisfaite de ce qui vient d’être décidé. L’union douanière est préservée, tout comme la libre circulation des biens et services", se réjouit Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l’UWE.

Un ouf de transition

Le texte prévoit en effet une période de transition, qui s’étend de la date effective du Brexit, à savoir le 29 mars 2019, au 31 décembre 2020. Pendant cette transition, qui peut être prolongée une fois, la situation restera inchangée pour tout le monde en ce qui concerne l’accès au marché unique, l’union douanière et les politiques européennes.

La période doit permettre aux citoyens, administrations et entreprises de s’adapter au divorce. Et à Londres et à Bruxelles de négocier leur future relation, notamment un accord de libre-échange entre les deux entités.

"Pour la FEB, il est primordial que la période de transition soit d’application jusqu’à l’entrée en vigueur du futur accord de libre-échange. Nous espérons que l’accord de sortie sera approuvé, de manière à ce que les négociations concernant cet accord commercial puissent enfin démarrer. La FEB plaide pour un partenariat le plus approfondi possible, afin de maintenir les importants flux commerciaux et de garantir le bon fonctionnement du marché intérieur européen", affirme Pieter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. "Il est évident que si la période transitoire reste en vigueur jusqu’à un nouvel accord commercial, et que ce dernier ne remet pas en cause l’union douanière actuelle, alors les impacts d’un Brexit dur s’éloigneront de nos entreprises", poursuit Olivier de Wasseige. Et c’est tant mieux.

0,3% en cas de Brexit dur

La Belgique pourrait en effet être, après le Royaume-Uni et l’Irlande, la troisième économie la plus lourdement touchée dans le cas d’un Brexit dur. C’est ce qui ressort du rapport Economic Outlook de l’assureur-crédit Atradius, publié en début de semaine.

L’économie belge risque concrètement de baisser de 0,3% en cas de Brexit dur. "Un Brexit dur aura surtout un impact sur le Royaume-Uni et l’Irlande, mais les risques sont également importants pour les entreprises belges et notamment pour le secteur du transport qui risque d’être lourdement affecté", indique Christophe Cherry, Managing Director BeLux chez Atradius.

Transport le plus impacté

Du côté de l’Union professionnelle du transport et de la logistique, on se montre en effet assez prudent face à l’accord intervenu. "Si un accord peut désormais être envisagé sur un maintien de la Grande-Bretagne dans une Union douanière, sur le modèle turc ou le modèle de l’Espace économique européen qui regroupe actuellement les États membres de l’UE et la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, cet accord ne signifierait pas nécessairement que la libre circulation des marchandises soit garantie. Et là, je vous laisse imaginer la situation. On reviendrait à une situation où les transporteurs devront à nouveau s’occuper d’obtenir des autorisations de transport internationales", précise Michael Reul, le directeur de l’UPTR.

De son côté, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) a calculé dans une étude publiée au mois d’octobre que 5.000 postes de travail seraient menacés en Wallonie par un Brexit dur, soit 0,4% de l’emploi total. La Flandre serait plus impactée encore, où 0,8% de l’emploi serait menacé (soit 21.000 postes).

Cette différence entre Flandre et Wallonie s’explique principalement par le fait que le marché britannique est moins important pour les exportateurs wallons. "Même si un Brexit dur, un scénario sans accord, est inacceptable pour les employeurs belges, la FEB appelle les entreprises belges à se préparer activement à cette éventualité. Le ‘Brexit Impact Scan’, récemment créé par le SPF Économie, permet de faciliter les préparatifs, d’avoir un bon aperçu des conséquences en cas de ‘cliff-edge Brexit’ et de bénéficier de conseils afin d’en limiter l’impact", conclut la FEB.

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