Theresa May peine à éviter le chaos à neuf mois du Brexit

Pour faire accepter sa vision du Brexit, Theresa May doit trouver l'autorité qui lui fait défaut depuis son élection. ©AFP

La Première ministre britannique doit trouver des alliés pour soutenir son plan pro-Brexit. Si elle échoue, le Royaume-Uni irait vers un "Brexit dur". Alors que l’UE espère un accord pour le mois d’octobre, Donald Trump tire à boulets rouges.

Le plan pour le "Brexit doux" de Theresa May est connu depuis jeudi, mais on ne peut dire qu’il déclenche les passions. À neuf mois de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la Première ministre britannique propose de négocier un accord d’association avec l’UE, comme il en existe avec de nombreux pays tiers tels que la Norvège, l’Egypte ou l’Ukraine. Pour les insulaires, ce serait un retour aux années cinquante dans leur relation à l’Europe, les accords d’association ayant été inclus dans le Traité de Rome pour offrir un statut de coopération au Royaume- Uni.

Theresa May a retrouvé les coudées franches dans son équipe après le départ de Johnson et Davies, mais elle aura plus de mal à faire passer ses idées dans son parti.

La proposition de Theresa May se présente sous la forme d’un livre blanc d’une centaine de pages. On y trouve la création d’une zone de libre-échange pour les biens (pêche, agriculture…), un arrangement douanier simplifié pour éviter une frontière dure avec l’Irlande. La relation entre l’UE et le Royaume-Uni resterait étroite.

Mais la vraie question est de savoir qui soutiendra le nouveau plan.

Des alliés à trois niveaux

A l'international, la claque n'est pas venu des européen, encore occupés à étudier le livre blanc de Theresa May, mais de Donald Trump, dont les visites d'Etat ne sont jamais sans troubles. ©AFP

La Première ministre britannique doit trouver des alliés à trois niveaux, auprès de son propre camp, de l’opposition et hors de son pays.

La Commission européenne n’a pas encore réagi officiellement. Les services de Michel Barnier, le chef négociateur pour l’UE, sont occupés à en décortiquer les moindres détails. Les négociations reprendront sur cette base la semaine prochaine. Mais "l’Europe à la carte", qui permettrait au Royaume-Uni de mettre un pied hors du marché unique et d’y laisser un autre, est exclue depuis le départ.

Guy Verhofstadt, le chef de file des libéraux au Parlement européenne s’est dit satisfait des premiers éléments du plan.

La claque est venue du président des Etats-Unis Donald Trump, qui a fait savoir qu’un tel plan empêcherait la conclusion d’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et son pays. Rétablir une relation privilégiée avec les Etats-Unis est un des objectifs majeurs des pro-Brexit. Le président Trump, installé pour le week-end dans sa résidence en Écosse, est occupé à torpiller Theresa May. Il n’a pas exclu de rencontrer son "ami" Boris Johnson, alors que l’inspirateur du Brexit vient de démissionner de son poste de ministre des Affaires étrangères.

Les ministres démissionnaires Boris Johnson (à gauche) et David Davis (à droite) veulent durcir le Brexit de Theresa May par des amendements. ©BELGAIMAGE

Theresa May doit aussi obtenir le soutien de son propre parti. Or, les conservateurs sont divisés sur la question du Brexit. Le nouveau ministre du Brexit, Dominic Raab, a été chargé jeudi par les Tories partisans d’un "Brexit dur" lors de la défense de la nouvelle proposition. On ignore quelle tendance finira par l’emporter, ce dont dépend l’avenir du gouvernement May. Le camp des durs, galvanisé par le retour de Boris Johnson et de David Davis, n’apprécie pas du tout le projet de Theresa May. Une soixantaine de députés devraient s’y opposer.

Theresa May a retrouvé les coudées franches dans son équipe après le départ de Johnson et Davis, mais elle aura plus de mal de faire passer ses idées dans son parti. Les "durs" sont toutefois insuffisants pour provoquer une motion de défiance, les conservateurs restant dans l’ensemble plus modérés que leur électorat sur la question du Brexit.

La gauche aussi est divisée sur le Brexit: le parti travailliste est historiquement pro-européen, mais son leader Jeremy Corbyn n'est pas un ardent défenseur de l'Union. ©EPA

La Première ministre, dont le gouvernement est minoritaire, doit aussi s’assurer des bonnes grâces de l’opposition. Le Labour, voyant May affaiblie, n’a pas encore dévoilé ses batteries. La gauche est davantage pro-européenne et devrait rechigner à soutenir le camp des durs. Mais Jeremy Corbyn, le chef de file du Labour, n’est pas un fanatique de la cause européenne.

Les pro-Brexit étant déchirés entre les deux tendances, tout dépendra de la capacité de Theresa May à rallier les siens et une partie de l’opposition. À défaut, le gouvernement pourrait tomber et de nouvelles élections seraient convoquées.

La Commission Juncker souhaite un accord pour le mois d’octobre. De nouvelles élections à quelque mois du Brexit freineraient les négociations et pourraient conduire à un "Brexit dur". C’est le souhait de Boris Johnson, qui tente de rallier à lui des députés du Labour autour d’amendements au plan May. En cas de Brexit sans accord, le Royaume-Uni se retrouverait sans relation frontalière claire avec l’UE, forcé de quitter l’OMC et obligé de renégocier un grand nombre d’accords avec les pays tiers. Son économie en pâtirait sans nul doute.

Le gouvernement proche du chaos

La situation est plus que jamais chaotique. Lâchée par Trump, affaiblie dans son propre camp et prête à être dévorée par l’opposition, la Première britannique est forcée de trouver l’autorité qui lui fait défaut depuis sa nomination. Sans quoi, les négociations seront dans l’impasse.

Theresa May pourrait solliciter un quatrième niveau, le peuple britannique, en lui proposant de s’exprimer sur la situation. On sait que les élus sont en majorité hostiles au Brexit. Mais dans une telle démocratie, seul le peuple peut délier le résultat d’un référendum.

L’hypothèse d’une nouvelle consultation est mince, mais pas invraisemblable. Fin juin, un sondage de Survation montrait que 48% des personnes interrogées sont pour un nouveau référendum, 25% contre et 27% sans opinion.

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