Un no-deal? Les marchés n'y croient toujours pas

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Pour les investisseurs, la possibilité que le Royaume-Uni sorte finalement de l'Union européenne sans accord est quasi nulle. Et ce, malgré l'avertissement de la BCE. Laquelle s'attend à des turbulences si le scénario catastrophe se réalise.

Les marchés financiers seraient-ils dans le déni? Pas à propos des fondamentaux économiques - encore que - mais du Brexit. Car le nouveau vote des parlementaires britanniques lundi soir et le rejet des quatre options alternatives à l'accord conclu entre Theresa May et l'Union européenne ravive les craintes d'une sortie non négociée du Royaume-Uni.

Un scénario, pour l'instant, peu voire pas du tout anticipé par les investisseurs.

La banque d'investissement américaine Goldman Sachs évalue par exemple à 15% la probabilité d'un "no-deal". Contre 45% de chance qu'une version modifiée du texte de la Première ministre britannique soit approuvée par le Parlement. Et d'expliquer à ses clients qu'une union douanière permanente, mise en balance lors d'un second référendum avec le "Remain", pourrait désormais disposer d'une majorité multipartite, avec l'appui de députés travaillistes.

La BCE tire la sonnette d'alarme

À l'image de plusieurs responsables européens, la Banque centrale européenne (BCE) est sortie du bois pour prodiguer une piqûre de rappel aux investisseurs. "Les marchés n'ont pas pris en compte la possibilité d'un scénario de no-deal","c'est quelque chose que nous ne devons pas négliger", a averti lundi Luis de Guindos, vice-président de la BCE, lors d'une audition devant le Parlement européen.

Des propos appuyés ce mardi par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. "Les marchés financiers pariaient encore jusqu'à hier (lundi) sur un scénario d'accord et ils vont devoir intégrer - notamment dans la valeur de la livre sterling  - le risque croissant d'un non-accord", a-t-il déclaré au micro de BFM Business.

Ce membre du conseil des gouverneurs de la BCE s'attend à des turbulences sur les marchés financiers en cas de no-deal, "comme il y en avait eu en juin 2016", au moment du référendum. "Préparons le cas le plus défavorable et espérons encore un scénario meilleur".

 

À quoi s'attendent les marchés

Vincent Juvyns, stratégiste de JPMorgan AM, reconnaît lui aussi qu'au vu de l'évolution des marchés depuis le début de l'année, les investisseurs ne tablent pas sur un scénario catastrophe. "Je m'étonne de la performance des actions européennes mais en même temps je ne souscris pas à l'idée que la probabilité d'un hard Brexit a augmenté".

Selon lui, le scénario le plus probable doit prendre en compte les forces politiques en présence. "Or, les députés britanniques ne sont pas en faveur d'une sortie non négociée". Le stratégiste privilégie le scénario d'un nouveau vote du texte de Theresa May ou celui d'un Brexit plus doux encore.

"À notre avis, plus le Brexit sera retardé, plus il est probable qu'il n'aura pas lieu du tout"
Goldman Sachs

Le consensus parmi les analystes penche aujourd'hui vers un nouveau renvoi du Brexit à une date ultérieure. "À notre avis, plus cette extension est longue, plus il est probable que le Brexit n'ait pas lieu du tout", écrivait samedi Adrian Paul, analyste de Goldman Sachs. Il estime à 40% la probabilité d'un arrêt complet du processus de divorce entre Royaume-Uni et Union européenne. Mais d'autres options restent encore possible:

  • Des élections générales "pourraient être inévitables", selon les analystes d'UBS.
  • D'autres évoquent un second référendum

Quid en cas de Brexit dur?

Et si le scénario catastrophe se réalisait, ce serait la débandade sur les marchés financiers? Non, assure Vincent Juvyns, jugeant que les conséquences économiques s'étaleront dans le temps. "Je m'attendrais plutôt à une période de consolidation et d'évaluation des secteurs touchés", signale le stratégiste. "Mais il est encore dur aujourd'hui de savoir qui sera impacté. C'est une fois le Brexit activé que l'on verra quelles sont les sociétés qui en souffrent le plus".

Mais même si les gouvernements se préparent au mieux à un tel scénario, il pense que ce sera une épine de plus dans le pied de l'économie européenne. Et de pointer le moral en berne des entrepreneurs en Europe comme le montrent les derniers indices PMI.

Au final, "les investisseurs doivent rester prudents sur les actions européennes car il n'y a pas de certitude pour aucun des scénarios envisagés".

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