À un an du Brexit, où en est-on?

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Signe que la tension baisse au Royaume-Uni, les banques britanniques revoient à la baisse le nombre d’employés qu’elles prévoient de muter vers le continent. À un an du Brexit, la perspective claire d’une période de transition et le climat apaisé dans lequel sont entrées les négociations orientent l’attention sur l’étape suivante: la définition d’un nouveau partenariat.

Rénovations obligent, Big Ben ne sera pas encore de retour pour sonner le Brexit officiel, le 29 mars 2019, lorsque les montres des Britanniques indiqueront 23 heures. À un an de la date fatidique, le processus de divorce est passé dans une phase d’apaisement.

Côté européen, les craintes de voir l’Union se diviser en une mosaïque de ses intérêts nationaux face à Londres ne s’est pas matérialisée.
Côté britannique, la ligne du gouvernement de Theresa May s’est clarifiée au fil des étapes de la négociation: Londres se présente en partenaire fiable, qui entend respecter ses engagements passés et dont le discours entre progressivement en résonance avec la logique institutionnelle de l’Union. Il lui aura fallu plier face à l’exigence de départ de ses partenaires: s’entendre sur les termes du divorce pour bâtir une nouvelle relation de confiance avant de mettre sur le métier le moule d’un futur partenariat.

Dans ce contexte apaisé, les négociateurs se sont accordés sur la création d’une période tampon. Si les négociations entre Londres et l’Union européenne se poursuivent sans accroc majeur, le Brexit marquera l’ouverture d’une période de 21 mois au cours de laquelle les Britanniques resteront membres de facto de l’Union sans y avoir voix au chapitre. Un répit précieux, notamment pour les acteurs économiques. Et même si la transition ne sera pas acquise tant qu’un accord n’est pas conclu, sa perspective porte l’attention sur l’étape suivante: la définition d’une nouvelle relation. Le tour de la situation en cinq questions.

  • Qu’est-ce qui bloque encore dans les négociations?

Pour qu’un traité de divorce puisse entrer en vigueur dans un an, les deux parties doivent conclure à l’automne, alors que le sort de l’Irlande du Nord reste l’angle mort de la négociation. Londres a toujours refusé d’atterrir sur le sujet tant qu’une discussion ne serait pas entamée sur le futur partenariat: comment dissocier la gestion d’une frontière terrestre de celle d’un futur accord de libre-échange?

La semaine dernière, les dirigeants européens ont mandaté leur négociateur en chef, Michel Barnier, pour dessiner les contours d’un futur accord commercial. Pour obtenir cette avancée, Londres a accepté une solution intermédiaire: à défaut d’autre solution, l’Irlande du Nord pourrait partager le cadre réglementaire de l’UE. Le Président du Conseil européen a indiqué attendre un accord sur l’Irlande pour le mois de juin.

  • Comment la transition devrait-elle se dérouler?

La transition s’annonce en gros comme un maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, droits politiques en moins. L’ensemble des règles de l’Union s’appliqueront à Londres, qui jouira tout au plus d’un droit consultatif sur certains dossiers tout en continuant de payer sa part au budget de l’Union, et cela jusqu’au 31 décembre 2021.

  • À quoi la future relation ressemblera-t-elle?

Les Européens le répètent à l’envi: la future relation sera "aussi étroite que possible" de l’actuelle, mais ce sont les lignes rouges tracées par Londres qui en détermineront les contours. Pour l’heure, le gouvernement de Theresa May refuse de jouer le jeu de la libre circulation des personnes, veut récupérer l’indépendance de son système judiciaire et entend conclure librement des accords commerciaux avec le reste du monde. Passées dans le logiciel législatif européen, ces exigences impliquent une sortie du marché unique (liberté des échanges) et de l’union douanière (tarifs extérieurs communs). Cela aura des conséquences économiques négatives, "en particulier pour le Royaume-Uni", soulignait le Conseil européen la semaine dernière. Certains, outre-Manche, espèrent encore pouvoir faire bouger les lignes du gouvernement May. Les Vingt-Sept adapteront leur offre le cas échéant. Pour l’heure, ils partent sur un accord commercial semblable au Ceta, conclu avec le Canada: l’absence de droits de douane serait la règle, une coopération réglementaire serait mise en place, mais les frictions aux frontières seront inévitables.

  • Les Britanniques craignent-ils encore un "Brexodus"?

Le Brexit n’a pas eu d’effet "émotionnel" sur l’économie britannique, dont la croissance ne s’est pas effondrée comme d’aucuns le craignaient. En ira-t-il autrement dans un an? Même si la plupart des grandes entreprises présentes au Royaume-Uni ont adopté des plans d’urgence pour faire face au risque d’un Brexit sans accord, le spectre d’un "Brexodus" s’éloigne. Le secteur financier, par exemple, revoit ses plans de départ à la baisse. Il s’attend à devoir redéployer 5.000 postes vers le continent d’ici l’an prochain, selon une enquête publiée par l’agence Reuters. C’est deux fois moins que ne l’anticipait la précédente enquête du genre, à l’automne. Côté européen, l’impact reste incertain et sera forcément asymétrique, touchant d’abord l’Irlande et l’Allemagne, ainsi que des régions plus exposées, au premier rang desquelles la Flandre. Après la transition, le Brexit met en péril la fluidité des échanges, il est trop tôt pour dire dans quelle ampleur.

  • Une marche arrière est-elle encore possible?

L’idée d’un nouveau référendum continue de vivre au Royaume-Uni, alors que la polarisation entre "leavers" et "remainers" reste vive. Mais les positions évoluent peu, et l’hypothèse d’un retournement de situation ne tient pas le haut du pavé.

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