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Après un nouveau revers, Boris Johnson face à une page blanche

Boris Johnson a les cartes en main pour les futures élections. ©Photo News

Boris Johnson a subi une nouvelle défaite au Parlement où les députés lui ont refusé des élections anticipées. Le Premier ministre britannique a désormais six semaines pour convaincre les Vingt-Sept de faire des concessions sur le backstop, ou bien les pousser à bout et obtenir un no deal. Il risque de n’avoir ni l’un ni l’autre.

Après la série d’humiliations de la semaine passée, Boris Johnson insiste: il préfère "être mort dans un fossé" plutôt que demander aux Vingt-Sept un troisième report du Brexit. Lundi soir, quelques heures avant la suspension du Parlement pour cinq semaines, l’opposition a encore refusé de voter pour des élections anticipées avant le 31 octobre, ce qui laisse peu de marges de manœuvre à Johnson dans les semaines à venir.

Malgré les bouleversements de la semaine dernière, qui se sont poursuivis pendant le week-end avec la démission de la ministre du travail Amber Rudd, puis l’annonce du départ du Speaker John Bercow (le 31 octobre au plus tard), la stratégie du Premier ministre devrait rester inchangée et se décliner en trois phases, jusqu’à la fin octobre.

Chercher un accord avec l'UE

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Les 21 rebelles tory se sont assurés de l’accord des Vingt-Sept avant de rallier l’opposition et demander un report du Brexit.

Dans un premier temps, Johnson va chercher un accord avec l’Union européenne (UE). Le Premier ministre s’est pour l’instant contenté d’envoyer son émissaire David Frost à Bruxelles. La rencontre avec le Premier ministre Leo Varadkar, lundi à Dublin, marque une entrée dans le vif du sujet. Sans surprise, rien de substantiel n’a émergé. "Nous sommes ouverts à des alternatives mais elles doivent être réalistes. (…) Nous n’avons reçu aucune proposition en ce sens à ce jour", a indiqué le taioseach.

La chronique de Paul Jorion | Le Brexit, le peuple et les parlementaires

Les dernières discussions avec l’UE portent sur des solutions alternatives au backstop. Elles prévoient que le filet de sécurité soit uniquement appliqué pour l’Irlande du Nord et non plus l’ensemble du Royaume-Uni, avec une zone commune entre l’Irlande et l’Irlande du Nord pour l’agriculture et les personnes, et des contrôles de marchandises qui s’effectueraient en mer d’Irlande. Difficile, mais pas impossible: avec une nouvelle majorité, Johnson ne dépendrait sans doute plus du bon vouloir du DUP nord-irlandais. Mais il prendrait le risque de voir l’Irlande du Nord devenir plus proche de l’Union européenne que du Royaume-Uni, avec de réels risques de volontés d’indépendance à long terme, pouvant potentiellement redonner des idées aux Écossais.

Électriser les négociations

Dans un second temps, si comme prévu aucun accord n’est possible avec l’UE, il est possible que Johnson veuille pousser l’un des Vingt-Sept à la faute en électrisant les négociations, façon Trump. Il suffit d’un seul veto des Vingt-Sept pour que le report du Brexit ne soit pas accordé le 31 octobre. La France et les Pays-Bas ont montré des signes d’irritation. En réalité, les chances de rejet de cette troisième demande d’extension sont quasi nulles, notamment parce que les 21 rebelles tory se sont assurés de l’accord des Vingt-Sept, en catimini, avant de rejoindre l’opposition et de demander un report du Brexit.

Régler les problèmes de politique intérieure

La troisième étape de Boris Johnson, après le conseil européen du 17-18 octobre, sera la plus cruciale et incertaine. Plus il aura fait régner la tension avec l’UE, plus il sera en mesure de compter sur les électeurs du parti du Brexit pour sécuriser une majorité. Il pourrait aller plus loin en pratiquant la politique de la chaise vide, c’est-à-dire démissionner au moment où il sera censé déposer la demande d’extension, laissant le mauvais rôle au Premier ministre provisoire (Corbyn?) pour mieux faire campagne sur l’idée qu’il est l’homme du peuple face au Parlement.

Boris Johnson n’est pas au bout des difficultés et accomplir le Brexit sera extrêmement compliqué, même après le 31 octobre. Mais c’est bien lui qui a les cartes en main.

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