analyse

Au Royaume-Uni, des partis déchirés sur le Brexit… et sur tout le reste

Boris Johnson et Jeremy Corbyn. ©REUTERS

L’élection générale la plus importante depuis plusieurs décennies aura lieu dans deux jours. Le parti tory reste le mieux placé pour l’emporter et conserver le pouvoir, même si l’ampleur de la victoire sera décisive pour finaliser le Brexit.

C’est un signe des temps: jamais, depuis l’époque thatchérienne, les différents partis n’avaient proposé des projets aussi différents les uns des autres. La problématique du Brexit renforce encore leurs différences et aboutit à une polarisation inédite des différents programmes depuis l’après-guerre. Les messages à l’attention de l’électorat sont forts, tranchés, caricaturaux, émotionnels et le plus souvent populistes, quels que soient les partis. Alors que les citoyens se détournent de la politique et sont submergés de messages en tout genre, les partis frappent de plus en plus fort, quitte à frôler l’irresponsabilité.

La gestion de la suite du processus du Brexit constitue déjà, en soi, une vision radicalement différente de l’avenir du pays:

  • Le parti tory veut faire valider son accord de retrait, qui "sacrifie" la cause unioniste nord-irlandaise, avec une majorité renforcée. Il veut accomplir le Brexit avant Noël… en sachant que plusieurs mois de négociations commerciales suivront.
  • Le Labour veut lancer un troisième round de négociations avec l’Union européenne, puis soumettre le nouvel accord au référendum, en restant neutre pendant la campagne.
  • Le LibDem veut abroger unilatéralement le Brexit.
  • Le Parti du Brexit veut une sortie britannique brutale, sans accord.

Paradoxalement, le Brexit n’a pas été le sujet le plus débattu pendant la campagne, alors qu’il se situe au cœur des enjeux. Il en va de même pour les questions environnementales, plus importantes encore que le Brexit, et qui restent traitées à la marge, y compris par des partis qui pourraient être à l’aise sur ces questions.

Comme lors de l’élection de 2017, remporté de justesse par le parti tory de Theresa May, les Britanniques ont été plus à l’écoute des sujets relatifs à leur vie quotidienne.

Le NHS, enjeu majeur

Le premier d’entre eux a été l’avenir du NHS (National Health Service). En 2016, le camp du Leave de Boris Johnson avait fait la différence en promettant – faux chiffres à l’appui –, de mieux financer les services de santé grâce à l’argent récupéré sur le budget européen.

Cette fois, Boris Johnson a frôlé la catastrophe de campagne après une série de gaffes relatives aux potentiels futurs accords commerciaux avec les états-Unis. Selon son adversaire du Labour Jeremy Corbyn, le Brexit a pour conséquence de mettre "en vente" le NHS, et plus précisément les données personnelles de santé des Britanniques. L’intérêt des Américains est réel. Le fait qu’une société comme DeepMind, rachetée par Google en 2014, dispose déjà des données de santé de centaines de milliers de Britanniques n’est pas anodin.

Boris Johnson a frôlé la catastrophe de campagne après une série de gaffes relatives aux potentiels futurs accords commerciaux avec les états-Unis.

Boris Johnson a promis d’embaucher 50.000 infirmiers, ce qui pourrait éviter au Labour de se distinguer sur cette question cruciale.

Les autres éléments majeurs du programme tory sont plus classiques avec notamment l’accent mis sur la sécurité (20 000 policiers en plus en Angleterre et au Pays de Galles sur trois ans), l’introduction d’un système d’immigration à points, à l’australienne, et aucune augmentation d’impôts, de taxes ou de cotisations sociales.

Un Labour dispendieux

Le programme du parti travailliste ressemble beaucoup à celui qui aurait pu être mis en place s’il avait pu évincer Margaret Thatcher du pouvoir dans les années 80. Peut-être même aurait-il pu être réalisé dans l’Angleterre en reconstruction du début des années 50. Il prévoit notamment un fond de transformation nationale de 400 milliards de livres (474 milliards d’euros), dont 250 milliards pour l’énergie, le transport et l’environnement et 150 pour les écoles, les hôpitaux et les logements. Il promet la fibre optique dans chaque logement et entreprise pour 2030, ce qui implique une renationalisation partielle de BT (ex- British Telecom). Il ambitionne également de renationaliser les grandes entreprises des autres secteurs clés (transport, énergie notamment).

Dossier Brexit

Comment s'y retrouver dans l'imbroglio du Brexit? Toutes les infos et analyses dans notre dossier spécial >

Le programme du LibDem est le seul qui soit vraiment pro-européen. L’argument-clé de Jo Swinson prend le contre-pied du slogan de Johnson en 2016: stopper le Brexit permettra d’affecter directement vers les services publics les capitaux censés amortir le choc de la sortie de l’UE.

Le LibDem propose également 20 milliards de livres par an pour se préparer au changement climatique, d’augmenter de 1% l’impôt sur le revenu pour mieux financer le NHS, et de recruter 20 000 enseignants en plus. Un programme centriste assez comparable à ceux du Labour et du parti tory de ces vingt dernières années, mais dont un élément central – l’abrogation du Brexit – représente un véritable déni de la parole exprimée par le peuple.

Lire également

Publicité
Publicité