Au Royaume-Uni, le LibDem au creux de la vague

Jo Swinson (LibDem). ©AFP

Après avoir brièvement fait jeu égal avec le Labour, le parti LibDem s’est effondré dans les sondages. L’espace au centre de l’échiquier politique britannique semblait pourtant vaste.

Tout semblait possible il y a encore six semaines, lorsque Boris Johnson continuait de cacher son jeu face à l’UE, et que le LibDem avait de meilleures intentions de vote que le Labour. Mais les ambitions de la jeune leader du parti centriste et europhile, Jo Swinson, se sont effondrées en même temps que la conclusion de l’accord de Johnson avec l’UE. Les intentions de vote en faveur du LibDem sont retombées à 11-13%, contre 28-30% pour le Labour et 42-45% pour le Parti conservateur.

Comme en 2017, la question du Brexit est passée au second plan, alors qu’elle gangrène les activités du Parlement depuis trois ans. La campagne peut être schématisée ainsi: Johnson axe son discours global sur la nécessité de finaliser la validation de l’accord du Brexit, qui est bloqué en deuxième lecture au Parlement; Jeremy Corbyn calque sa stratégie sur celle de 2017, qui consiste à fuir les enjeux liés au Brexit et à organiser l’économie du pays autour du soin à la personne. Jo Swinson a le mauvais rôle, celui qui consiste à retarder encore la validation du Brexit, malgré la fatigue générale qui est perceptible, et à maintenir la compétitivité de l’économie, ce qui implique d’être plutôt du côté des entreprises.

11%
Les intentions de vote en faveur du LibDem ne cessent de reculer ces derniers jours, avoisinant désormais 11% seulement.

Comme Macron en France, elle aurait pu profiter de l’espace vacant laissé entre un populisme de droite et un socialisme rougeâtre, plus basé sur la contestation que sur l’ambition de l’exercice du pouvoir. Swinson a au contraire été écartelée par les deux forces historiques d’un système à bout de souffle.

Un système qui n’a pas peur des paradoxes. Il y a quelques semaines, les médias et les principaux groupes politiques s’élevaient contre la suspension pour cinq semaines du Parlement britannique, décidée par Boris Johnson et finalement jugée illégale par la Cour suprême. Le Premier ministre souhaitait que le Royaume-Uni se présente en ordre de bataille face aux négociateurs européens, en espérant que ses menaces de "no deal" produisent leur effet.

Discutable

La manœuvre de Johnson n’était pas glorieuse. Mais la façon dont la campagne pour l’élection générale du 12 décembre est organisée est tout autant discutable. Six débats télévisés sont programmés. Les deux principaux, le premier (qui devait avoir lieu ce mardi soir) et le dernier, n’opposent que les deux leaders des deux principaux partis, Boris Johnson et Jeremy Corbyn.

Le LibDem et le SNP ont saisi la justice pour exiger le droit de participer au premier débat, mais n’ont pas obtenu gain de cause.

L’absence du LibDem est à la limite du déni démocratique. En 2010, c’est justement parce qu’il avait eu la possibilité de participer à armes égales aux trois débats télévisés que le leader du LibDem, Nick Clegg, avait pu permettre à son parti de construire une coalition relativement solide de cinq ans avec le Parti conservateur.

Le message adressé aux électeurs est limpide: il faudra choisir entre le parti tory et le parti travailliste. Deux partis tenus par des eurosceptiques, et qui ont pris au piège le LibDem.

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