Barnier appelle les Britanniques à ne pas se faire "d'illusions" sur les services financiers

Le négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier, s'exprimait face à la plénière du Parlement européen ce mardi.

Le négociateur européen Michel Barnier a assuré qu’il n’y aurait pas de compromis sur les services financiers au cours de la négociation sur la future relation entre l'UE et le Royaume-Uni. Il s’exprimait devant le Parlement européen, qui adopte cette semaine sa position sur la négociation de l’après-Brexit.

L’Union européenne (UE) n’a pas l’intention de faire de marchandages avec les Britanniques sur l’accès des services financiers de la City au marché unique, a souligné Michel Barnier, mardi. Intervenant devant le Parlement européen, le négociateur en chef de l’Union l’a dit sans ambiguïté: "Il ne doit pas y avoir d'illusion sur cette question, il n'y aura pas d'équivalence générale, globale ou permanente sur les services financiers."

Après la période de transition, les entreprises britanniques du secteur perdront leur "passeport" pour opérer dans l'Union européenne. La poursuite de leurs activités sera conditionnée à une décision d'"équivalence" délivrée par l'Union. Or mardi matin, le ministre britannique des Finances, Sajid Javid, avait fait part au quotidien d'affaires City AM de sa volonté "d'établir des normes et des manières de travailler avec l'UE pour les décennies à venir" pour les services financiers.

Il ne doit pas y avoir d'illusion sur cette question, il n'y aura pas d'équivalence générale, globale ou permanente sur les services financiers.
Michel Barnier
Négociateur en chef de l'UE sur la relation avec le Royaume-Uni

Mais "il n’y aura pas de négociation à proprement parler sur les services financiers", a assuré Michel Barnier, soulignant que l’Union garderait son indépendance et son autonomie sur ces sujets. Les décisions en la matière seront prises au travers de la boîte à outils des équivalences – un processus présenté comme purement technique. "Nous vérifions la cohérence, et quand nous le jugeons possible nous donnons des équivalences", a-t-il indiqué, en se référant à la manière dont l’Union délivre déjà ses équivalences dans des pays comme le Canada ou le Japon.

De son côté, la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen a assuré avoir perçu "de l'ambition" dans le discours tenu par le Premier ministre britannique Boris Johnson, mais s'est dite "un peu étonnée" qu'il ait évoqué un modèle australien d'accord de libre-échange alors que l'Union n'a pas d'accord avec ce pays.

Appel à la créativité

Devant les eurodéputés, qui étaient réunis à Strasbourg pour leur première session plénière de l’après-Brexit, le Français a rappelé que le degré d’ambition de la négociation reste, du point de vue européen, suspendu à cette question: "De quelle distance le Royaume-Uni veut-il s'éloigner de notre modèle social, économique et réglementaire?"

Il n’y aura pas de négociation à proprement parler sur les services financiers.
Michel Barnier
Négociateur en chef de l'UE sur les relations avec le Royaume-Uni

Le Parlement européen entend être consulté en permanence au cours de la négociation qui doit s’ouvrir le mois prochain, de manière à pouvoir adopter rapidement l’accord, s’il est conclu, pour une application début 2021. "Nous ne devrions pas entrer dans une course au moins disant", a insisté le chrétien-démocrate allemand David McAllister (PPE), tandis que sa collègue socialiste Iratxe Garcia Pérez (S&D) soulignait que "l'ambition dépendra de la volonté ou non du Royaume-Uni d'accepter les normes sociales et environnementales" européennes – point sur lequel Boris Johnson laisse planer le doute.

L’écologiste belge Philippe Lamberts (Verts/ALE) a de son côté lancé un appel à la créativité en proposant une clause en vertu de laquelle Britanniques et Européens s’engageraient à appliquer la norme la plus ambitieuse, la plus protectrice de l’environnement, de la santé, des travailleurs. "C’est ce genre d’accord de libre-échange que beaucoup de nos concitoyens veulent aujourd'hui", a-t-il plaidé.

Les députés doivent adopter ce mercredi une résolution d’une centaine de pages fixant leurs exigences en vue de nouer une relation "la plus proche possible" avec Londres. Tout en appelant chacun à se préparer à la fin de la période de transition: accord ou pas, les changements seront inévitables, notamment avec l'arrivée de contrôles douaniers.

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