analyse

Boris Johnson a-t-il gagné d'avance?

Boris Johnson aura fini par convaincre une majorité de députés de passer par les urnes avant la fin de l'année. Pari gagnant? ©via REUTERS

Ardemment souhaitée par Boris Johnson depuis son arrivée à Downing Street, l’élection générale programmée le 12 décembre rend encore un peu plus probable l’accomplissement du Brexit.

Si, comme Boris Johnson l’espère, et comme les sondages le suggèrent, le Premier ministre parvient à retrouver une majorité lors du scrutin du 12 décembre, la validation du Brexit par le Parlement ne sera plus qu’une formalité. Dans l’esprit de Johnson, la loi sur l’accord du Brexit est simplement gelée pour quelques semaines, et ne pourra plus être dénaturée par des amendements de l’opposition ou des tories rebelles si sa victoire est nette aux élections.

Sur le papier, rien ne semble pouvoir compromettre la victoire finale de Johnson et des Brexiters. Cette élection sera d’ailleurs, d’une certaine manière, le référendum de confirmation du résultat du 23 juin 2016. Boris Johnson va axer l’essentiel de sa campagne sur le Brexit car il sait que c’est grâce à son costume de Brexiter-en-chef qu’il a réussi à gonfler sa popularité.

Il sait aussi qu’il dispose encore d’une bonne réserve de voix chez les sympathisants du parti du Brexit (10 à 12% des intentions)… ainsi que dans certains fiefs du Labour, dans le nord-est de l’Angleterre. Dans ces contrées, l’objectif sera de convaincre le Brexiter type: un homme blanc de plus de 45 ans, qui vit dans son logement depuis plus de dix ans et qui dispose de revenus modestes. Selon les calculs de Dominic Cummings, le conseiller spécial de Johnson, c’est sur cet électorat typique que se fera la différence. Ça tombe très bien pour BoJo, qui est particulièrement à l’aise face à cette cible, à peu près autant que peut l’être Donald Trump de l’autre côté de l’Atlantique.

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Le scénario de 2017 est dans toutes les têtes

Mais l’histoire récente a prouvé qu’il y avait toujours un décalage entre les sondages et la réalité du jour J. C’était le cas lors des élections de 2015 et 2017, ainsi que lors du référendum de 2016.

Le 12 décembre, au début des premiers grands froids, à dix jours de Noël, les électeurs devront choisir de prolonger celui qui incarne le pouvoir tory, aux manettes depuis près de dix ans, et dont la campagne pro-Brexit a plongé le pays dans une grave crise qui dure depuis trois ans et demi. Ses opposants Corbyn et Swinson auront beau jeu de suggérer que la situation n’aurait pas pu être pire avec eux au pouvoir.

A un mois du scrutin de 2017, Theresa May avait des intentions de vote très nettement supérieures à celles de Boris Johnson (près de dix points de plus en moyenne). Elle avait finalement remporté une très courte victoire, qui a plombé le processus du Brexit, et entraîné la situation de blocage actuelle.

Jo Swinson (LibDem). ©AFP

C’est précisément ce que craignent de nombreuses personnalités conservatrices, qui estiment que Johnson a pris un grand risque en suspendant la loi sur le Brexit et en demandant une élection générale.

Un renversement de situation, avec une méga-coalition de remainers, est-il possible? Toujours sur le papier, le Labour, le LibDem, le SNP ou le Green Party et Plaid Cymru peuvent disposer, tous ensemble, d’une très courte majorité.

Les deux principaux partis, le Labour et le LibDem sont loin de partager les mêmes idéaux politiques: le Labour est devenu, sous Jeremy Corbyn, un parti de gauche dure, voire de gauche rude, qui compte un bon tiers de députés eurosceptiques, dont leur leader; le LibDem reste, de loin, le parti le plus pro-européen du Royaume-Uni, avec une sensibilité pro-business qui lui a valu de faire partie du gouvernement de coalition de David Cameron, pendant cinq ans (2010-2015). Pas sûr que ces deux partis puissent s’entendre.

Les Britanniques veulent en finir avec le Brexit

Mais il est clair que les partis de l’opposition ne pourront pas se contenter de mettre en oeuvre une stratégie classique, et devront être audacieux. 

Le rapport des Britanniques au Brexit est complexe et contradictoire. Selon divers sondages, il apparaît qu’ils sont impatients d’en finir avec ce feuilleton, et espèrent le voir valider dès que possible. D’un autre côté, une forte majorité d’entre eux - les deux tiers environ – ne croient pas que les élections aboutiront à la validation du Brexit à la fin du mois de janvier. Ils ne souhaitent pas davantage de second référendum, par peur qu’il divise davantage le pays. Et en même temps, avec du recul, une majorité d’entre eux aurait préféré que le référendum de 2016 n’ait jamais eu lieu.

Autrement dit, les Britanniques veulent en finir avec le Brexit, et semblent vouloir opter pour le chemin le plus court. Ce chemin est, pour l’instant, celui montré par Johnson. Mais il n’est pas dit que si, à un moment donné, le chemin le plus court est celui du second référendum ou de l’annulation du Brexit, une majorité ne change pas d’avis.

"L'accord de Johnson coûtera 81 milliards d'euros à l'économie britannique"

Le dernier accord du Brexit négocié par le Premier ministre Boris Johnson coûtera à l'économie britannique au cours des prochaines années quelque 70 milliards de livres (81 milliards d'euros), selon les calculs de l'institut d'études indépendant NIESR (National Institute of Economic and Social Reasearch).

Le PIB sera, dans 10 ans, de 3,5% inférieur à ce qu'il aurait été avec un maintien du pays dans l'Union européenne.

L'institut reconnaît toutefois que ces prévisions économiques sont faites dans un contexte "d'incertitudes économiques et politiques considérables". Beaucoup dépendra de la nature des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne après le Brexit.

En réaction, le gouvernement britannique affirme qu'il envisage un accord commercial "plus ambitieux" avec l'UE que celui de l'hypothèse du NIESR.

Les partis d'opposition y voient eux une nouvelle preuve que le plan de Johnson causera d'importants dommages à l'économie britannique. "Aucun accord ne sera aussi bon que celui que nous avons en tant que membre de l'UE", estime Tom Brake des Liberal Democrats. 

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