analyse

Boris Johnson, au risque de tout perdre

Boris Johnson a rencontré mercredi les cinq principaux partis nord-irlandais. ©AFP

Le Premier ministre a fait le tour des nations constitutives du Royaume-Uni, et a été prévenu des conséquences potentielles d’un Brexit sans accord pour l’intégrité du pays.

En septembre 2014, dans la foulée du vote écossais en faveur du maintien au sein du Royaume-Uni, le Premier ministre d’alors, David Cameron, s’était inélégamment targué d’avoir entendu la Reine "ronronner" au moment où il lui avait annoncé la bonne nouvelle.

Cinq ans plus tard, nul ne sait comment Élizabeth II perçoit le risque de voir le Royaume-Uni éclater en trois, avec l’Angleterre et le Pays de Galles qui seraient réduits à leur vote en faveur du Brexit; l’Écosse qui serait appelée à voter de nouveau sur son indépendance et sur son maintien/rattachement dans l’Union européenne; et enfin, l’Irlande du Nord potentiellement réunifiée avec l’Eire pour former une seule Irlande, indépendante de Londres. Ce risque est plus réel que jamais, comme le Premier ministre Boris Johnson a pu le constater cette semaine au cours de déplacements de reconnaissance.

Vers un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse?

L’échec est garanti si la seule alternative est le no deal.
Nicola Sturgeon
Première ministre écossaise

Conspué à son arrivée à Édimbourg, où il a rencontré la leader du parti conservateur écossais Ruth Davidson, puis la Première ministre Nicola Sturgeon (Scottish National Party), Boris Johnson a eu la confirmation de l’opposition forte de l’Écosse à un Brexit sans accord, qualifié de "dangereux" par Nicola Sturgeon. Celle-ci a déjà mis en œuvre l’inscription dans la loi d’un second référendum sur l’indépendance écossaise vis-à-vis du Royaume-Uni en cas de Brexit. Une démarche lancée en avril dernier, à une époque où le Brexit avec accord était encore l’objectif officiel du gouvernement, alors dirigé par Theresa May.

Il ne fait guère de doute que Nicola Sturgeon accélérera le calendrier du second référendum si un Brexit sans accord advient. Elle se limite pour l’instant à une critique frontale de la stratégie de Boris Johnson: "Que cela plaise ou non, l’Union européenne a adopté un positionnement très consistant. Le front a été uni, et baser une stratégie sur la simple croyance que son positionnement va évoluer est voué à l’échec. L’échec est également garanti si la seule alternative est le no deal."

Le Pays de Galles opposé au "no deal"

Boris Johnson a encore fait face à une réception glaciale à Cardiff le lendemain, où il a rencontré son homologue gallois Mark Drakeford.

Le Pays de Galles a bien voté en faveur du Brexit, mais la perspective du "no deal" ne correspond pas à la vision initiale d’une partie des partisans du leave.

Le Sinn Féin veut la réunification

La troisième partie de cette tournée a été plus délicate pour le nouvel occupant de Downing Street, qui a rencontré les dirigeants des cinq principaux partis nord-irlandais.

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Le Sinn Féin a indiqué qu’il serait "impensable" que le peuple ne soit pas consulté pour une réunification des deux Irlandes en cas de Brexit sans accord.

Boris Johnson a affirmé son opposition ferme à une telle éventualité, mais la version dure du Brexit n’ira pas dans le sens du peuple nord-irlandais qui a voté pour le maintien dans l’UE à 55,8%. L’opposition au Brexit y dépasse aujourd’hui les deux tiers, selon les sondages. Boris Johnson reste par ailleurs très évasif sur ses solutions technologiques pour éviter un filet de sécurité ou le rétablissement d’une frontière dure à la frontière.

Son conseiller David Frost doit se rendre à Bruxelles pour confirmer de vive voix le positionnement du Premier ministre, à savoir le renoncement coûte que coûte au filet de sécurité.

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