Boris Johnson cherche à éviter un second référendum sur le Brexit

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Le Premier ministre a profité du Discours de la Reine pour rappeler son absolue priorité: accomplir le Brexit le 31 octobre au plus tard. Ce qui reste hautement improbable.

Le leader du Labour, Jeremy Corbyn, parvient rarement à faire l’unanimité autour de lui. Sauf ce lundi, lorsqu’il a qualifié le discours de la Reine de "farce". Avec un gouvernement qui n’a plus de majorité au Parlement, une élection générale ardemment souhaitée par Boris Johnson et un processus du Brexit suspendu à une très improbable virevolte des leaders européens, ce discours a été l’un des plus grotesques qu’ait eu à lire Elizabeth II en soixante-six ans de règne.

Que les députés aient écouté ou non ce discours importe peu, tout comme le résultat de leur vote. Un vote négatif serait inédit en 95 ans, mais la situation est à ce point enlisée qu’il ne serait pas forcément déterminant politiquement.

Les vrais enjeux sont ailleurs. Ils se situent dans la finalisation, ou pas, des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sur les arrangements alternatifs en Irlande du Nord. En fin de semaine dernière, Boris Johnson a fait une "deuxième offre finale".

"S’il y une chose qui peut être plus clivante, plus toxique que le premier référendum, c’est bien un second référendum."
Boris Johnson
Premier ministre britannique

Les avancées ont été quasiment nulles au cours du week-end. Les propositions de Johnson prévoient de placer l’Irlande du Nord dans un régime hybride, où elle sera dans la zone douanière britannique et – géographiquement seulement – dans l’union douanière européenne. Le gouvernement britannique se chargerait de collecter, en mer d’Irlande, c’est-à-dire entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord, les taxes douanières européennes. Les entreprises pourraient ensuite demander le remboursement de ces taxes si les biens sont restés en Irlande du Nord.

Ce dispositif kafkaïen, qui reprend, uniquement pour l’Irlande du Nord — une idée proposée en 2018 par Theresa May –, éliminerait de fait le besoin de frontière entre les deux Irlandes.

Mais il risquerait également de fragiliser l’intégrité du marché unique de l’Union européenne, qui reposerait sur l’engagement durable du Royaume-Uni à faire respecter ces contrôles en mer d’Irlande.

Les remainers attendent leur heure

Dans tous les cas, la signature d’un accord d’ici vendredi, puis un vote du Parlement samedi, semble impossible. Une demande d’extension britannique sera très certainement envoyée à l’Union européenne samedi, dans le cadre du Benn Act.

Les risques sont élevés pour Boris Johnson. Si son offre finale est refusée par l’Union européenne et qu’il ne pousse pas pour le no deal d’ici samedi, une partie de l’électorat eurosceptique risque de retourner vers le parti du Brexit à la prochaine élection. Sa stratégie très volontaire pour un Brexit coûte que coûte, qui a été payante dans les sondages, risquerait alors de se retourner contre lui.

Mais le pire danger vient peut-être des remainers et des tories rebelles. Lors de la journée historique prévue samedi au Parlement, il est tout à fait possible qu’une majorité se dégage au Parlement pour soumettre au peuple, dans un second référendum, le seul accord qui a été conclu à ce jour entre le Royaume-Uni et l’Union européenne: celui de Theresa May, le 25 novembre 2018.

Un tel référendum repousserait probablement l’élection générale à une échéance assez éloignée, et ferait perdre à Boris Johnson la dynamique créée auprès des Brexiters durs au cours de ces trois premiers mois à Downing Street. "Nous ne pouvons pas attendre, a-t-il assuré lundi devant le Parlement. Accomplissons le Brexit. S’il y une chose qui peut être plus clivante, plus toxique que le premier référendum, c’est bien un second référendum."

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