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Boris Johnson continue d'assécher le Parti du Brexit

Boris Johnson. ©AFP

La campagne pour l’élection générale du 12 décembre est officiellement lancée. Le Premier ministre a toujours un net avantage, mais devra éviter tout faux pas.

Le report du Brexit au 31 janvier 2020 et le déclenchement de l’élection générale n’ont pas inversé la dynamique de Boris Johnson. Le parti tory continue en effet de grignoter des intentions de vote au Parti du Brexit et flirte désormais avec les 40% dans les sondages. "Get Brexit done" va rester l’idée directrice de la campagne de Boris Johnson, une campagne qui a commencé en arrière-plan dès son arrivée à Downing Street.

Son objectif principal – récupérer les électeurs conservateurs qui ont basculé dans le camp du Parti du Brexit lors des élections européennes – est pour l’instant parfaitement rempli.

Une victoire floue compromettrait dangereusement le vote du Parlement sur l’accord du Brexit.

La suspension illégale du Parlement, l’exclusion de membres historiques du parti tory, la fragilisation manifeste des relations avec les unionistes d’Irlande du Nord, et le report du Brexit au 31 janvier n’ont pas perturbé les Brexiters. Ils semblent plus que jamais convaincus que Johnson sera l’homme qui accomplira le dessein eurosceptique du Royaume-Uni, voire incarnera cette nouvelle manière de faire de la politique, à la hussarde.

Réussite hasardeuse

Les derniers scrutins majeurs – élections générales de 2010, 2015 et 2017, référendum sur le Brexit de 2016, et européennes de 2018 – ont toutefois toujours été marqués par des surprises.

Cette fois-ci, à cinq semaines du vote, la question n’est pas de savoir si le parti tory va l’emporter pour la quatrième fois consécutive, mais si cette victoire sera aussi nette que celle de 2015 pour Cameron ou aussi floue que celles de 2010, qui avait mené à une coalition forcée avec le LibDem, et de 2017, qui avait engendré un accord avec le DUP.

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Une victoire floue compromettrait dangereusement le vote du Parlement sur l’accord du Brexit, resté au stade de la deuxième lecture.

À un moins du scrutin de 2010, le parti tory de David Cameron avait à peu de chose près les mêmes intentions de vote que celui de Johnson aujourd’hui. En 2017, celui de Theresa May était promis à une victoire spectaculaire, avec 47% d’intentions de vote.

Johnson n’a donc aucune garantie, à plus forte raison au mois de décembre, une première depuis l’élection générale de 1923.

Sa campagne sera clairement orientée vers le "peuple", tout particulièrement dans les circonscriptions travaillistes qui ont voté pour le Leave en 2016. Le très élitiste Jacob Rees-Mogg, accusé de mépris de classe suite à chacun de ses propos, a été appelé à faire profil bas après avoir affirmé dans une émission de radio que les victimes de l’incendie de la Tour Grenfell, en 2017, avaient manqué de "bon sens" en restant trop longtemps dans le bâtiment après le début du feu.

Les pires gaffes de campagne du camp au pouvoir pourraient ne pas suffire à l’opposition pour créer la surprise. Le LibDem, pro-Remain, a réaffirmé sa volonté de faire cavalier seul et de ne pas s’unir avec le Labour de Jeremy Corbyn qui, comme lors de l’élection perdue de 2017, devrait faire passer la question du Brexit au second plan.

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