Boris Johnson perd sa tête pensante

Dominic Cummings, l'éminence grise de Boris Johnson, a quitté Downing Street, un changement de cap politique majeur à Londres. ©REUTERS

Le principal conseiller du Premier ministre britannique, Dominic Cummings, a quitté Downing Street ce vendredi. Il emportera avec lui les artifices qui ont convaincu une majorité de Britanniques de sortir de l’Union européenne.

Denis Thatcher, Cherie Blair, Samantha Cameron et Philip May n’ont jamais eu de rôle politique direct lorsque leur conjoint(e) était aux manettes du Number 10. Carrie Symonds, qui est la première partenaire non mariée d’un Premier ministre à résider dans les appartements privés de Downing Street, a su avoir les coudées franches en seulement seize mois. Au point de frapper de son sceau le départ du principal conseiller de Boris Johnson, le très controversé Dominic Cummings, qui a quitté les lieux ce vendredi.

Cette jeune trentenaire, ancienne chef de la communication du parti tory, a remporté une bataille engagée depuis de longs mois au coeur de Whitehall. Une bataille d’égos assurément, mais aussi une bataille idéologique, qui va entraîner le départ d’une partie des "Brexit boys".

Dominic Cummings était, en effet, la tête pensante de la campagne référendaire de 2016, et du triomphe électoral de 2019, avec le fameux slogan “Get Brexit done”. Il était aussi partisan d’une approche plus directe et plus solutionniste des grandes problématiques, basée sur la désintermédiation et le rapport de forces, voire la conflictualité. Les relations avec les hauts fonctionnaires, les parlementaires, les ministres et les médias ont, de ce fait, été particulièrement tendues, comme jamais auparavant dans l’histoire récente.

“C’est probablement le signe que Johnson a commencé son demi-tour et va au final accepter les conditions de l’Union européenne.”
Philippe Lamberts
Député européen (Ecolo)

Manifestement ouvert à toutes les influences, celle de Cummings dès le milieu des années 2010, ou celle de sa partenaire depuis un peu plus de deux ans, Boris Johnson ne perd pas complètement le nord pour autant. Le départ de Cummings, et l’éclatement programmé du noyau de Brexiters autour de lui, le conduit nécessairement vers une politique plus conventionnelle, plus lisse, qui pourrait lui être utile face au travailliste Keir Starmer d’ici 2024, dans un contexte délicat de reconstruction post-Brexit et post-Covid.

La présidence de la COP26, à Glasgow, premier temps fort de la décennie en matière d’environnement avec le probable retour des Etats-Unis, va constituer le premier axe diplomatique du Royaume-Uni dans les douze mois à venir pour retrouver de la voix dans le concert des nations occidentales. La co-organisation de cet événement planétaire avec l’Ecosse permettra aussi d’essayer de rapprocher les positions avec les indépendantistes écossais, qui sont bien placés pour remporter les élections au printemps prochain et faire le forcing pour obtenir un second référendum après celui de 2014.

Les ultimes discussions avec l’Union européenne pour un accord commercial pourraient être facilitées par ce changement de cap spectaculaire.

La fin de la guerre médiatique avec la BBC est annoncée, et les relations avec les parlementaires tory vont également être normalisées. Le député Bernard Jenkin a résumé le sentiment général de soulagement après l’annonce du départ de Cummings, qu’il voit comme "une opportunité pour redéfinir comment le gouvernement opère et pour insister sur certaines valeurs que nous voulons promouvoir, en tant que parti conservateur au pouvoir". L’ancienne secrétaire d’État à l’environnement Theresa Villiers a également qualifié ce départ d’"opportunité" et appelé le gouvernement à adopter une “approche plus collaborative”.

Les ultimes discussions avec l’Union européenne pour un accord commercial pourraient être facilitées par ce changement de cap spectaculaire qui s’annonce à Downing Street. Interrogé par l’AFP, l'eurodéputé belge Philippe Lamberts y voit “probablement le signe que Johnson a commencé son demi-tour et va au final accepter les conditions de l’Union européenne.”

Le négociateur en chef du Brexit, David Frost, est fragilisé. ©EPA

Downing Street a indiqué que ces changements ne modifiaient en rien les demandes britanniques. Celles-ci sont pourtant de moins en moins audibles, notamment parce que la position du négociateur en chef du Brexit, David Frost, est fragilisée. Ce proche de Cummings est également annoncé sur le départ, même s’il mènera jusqu’au bout les négociations avec l’UE, qui devraient être conclues la semaine prochaine.

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