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Boris Johnson perd son pari

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Les députés ont rejeté une motion qui visait à adopter rapidement la loi sur l’accord de retrait. Le processus du Brexit est retardé de plusieurs semaines, voire compromis.

Il y a encore une semaine, Boris Johnson concluait son accord sur le Brexit avec l’Union européenne, réussissant un coup de force inespéré. Mais tout peut aller très vite, même dans ce processus qui traîne en longueur depuis 40 mois, jour pour jour.

Ce matin, le Premier ministre sait qu’il a définitivement raté son pari de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne d’ici le 31 octobre. Le rejet de la motion de programmation gouvernementale, qui visait à approuver en seulement trois jours l’ensemble des étapes du projet de loi sur l’accord sur le Brexit, le condamne à "mettre en pause" cette loi, selon ses propres mots prononcés après le verdict.

Le positionnement de Johnson lui permettra de rester le Brexiter immaculé qu’il a voulu être depuis le début.

Auparavant, les députés avaient approuvé, en deuxième lecture, le passage au stade parlementaire suivant de cette loi sur l’accord de retrait, par 329 voix contre 299. Mais le dépôt d’un amendement sur l’union douanière par le rebelle tory et vétéran des Communes, Ken Clarke, avait aussi rendu très probable l’effondrement de cette loi à un stade ultérieur. Johnson a décidé de la mettre à l’abri avant qu’elle soit vraiment engloutie. Il espère la retrouver et la propulser dans quelques semaines, après avoir remporté les élections générales.

Dans l’immédiat, il va demander aux Vingt-Sept de ne pas tenir compte de la lettre de demande d’extension envoyée samedi, et qu’il n’a pas signée.

Le retour de l’homme du peuple contre le Parlement

"L’UE doit maintenant se décider sur la réponse qu’elle va apporter à la demande de report du Parlement", a-t-il affirmé, évitant soigneusement d’indiquer que cette lettre a été envoyée par lui-même. "Le gouvernement doit prendre la seule voie responsable et accélérer nos préparations en cas de no deal." La suite de sa stratégie semble limpide, et ressemble beaucoup au plan qu’il devait suivre s’il n’avait pas réussi à se mettre d’accord avec le premier ministre irlandais Leo Varadkar il y a quinze jours.

Dossier Brexit

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Après une phase de négociation qui aura été beaucoup plus longue et aboutie que prévue, Johnson va assumer la possibilité d’un no deal, voire l’encourager, afin de faire porter au Parlement la responsabilité de la non-validation de l’accord, et à l’UE celle du rejet du no deal. Ce positionnement lui permettra de rester le Brexiter immaculé qu’il a voulu être depuis le début, dans le cadre des prochaines élections qu’il souhaite organiser au plus vite et qui lui permettront éventuellement de renforcer nettement sa majorité dans l’optique de la validation de ce même deal.

Au-delà de la posture, les relations avec l’Union européenne devraient rester relativement cordiales dans les jours à venir. En revanche, le pire est à craindre au Parlement britannique. À ce stade d’enlisement, des élections générales semblent logiques. Le parti tory de Johnson reste l’écrasant favori, surtout après trois premiers mois à Downing Street où il a réussi à faire revenir les Brexiters durs qui avaient momentanément rejoint Nigel Farage. Mais il a besoin des deux tiers du Parlement pour les organiser avant la date prévue de 2022.

Et il n’est pas du tout certain que le Labour et le LibDem lui accordent ce qu’ils viennent de lui refuser. Ils auront deux autres possibilités: organiser une motion de défiance contre le gouvernement, mais sans aucune garantie de pouvoir rassembler autour du très controversé Jeremy Corbyn. Ou bien demander l’organisation d’un second référendum. Mais la formulation de la question risque, là aussi, de bloquer le Parlement pendant des mois.

Johnson a donc raté son pari du Brexit le 31 octobre. Mais il garde l’avantage. Pour combien de temps encore?

Douanes | Comment la Belgique se prépare au Brexit

L’administrateur général des Douanes, Kristian Vanderwaeren, et le vice-Premier ministre et ministre des Finances Alexander De Croo ont présenté, ce mardi en commission, le travail des Douanes pour préparer le Brexit en Belgique et l’impact sur les entreprises. Selon M. Vanderwaeren, le Brexit aura pour conséquence de faire augmenter de 14% le nombre de déclarations à l’export et de 47% à l’import. "L’impact du Brexit sur la douane belge est important. Les points les plus concernés sont les ports et aéroports, notamment Zeebruges mais aussi la gare du Midi", commente l’administrateur général.

Pour faire face à cet afflux de travail supplémentaire, les Douanes ont prévu l’embauche de 386 équivalents temps plein. Tous n’ont pas encore pu être effectivement embauchés vu la concurrence sur le marché du travail.

Les Douanes ont également contacté 300 entreprises britanniques qui exportent vers la Belgique. Elles ont aussi pris attache avec 1.700 des 7.000 sociétés qui n’avaient pas encore de numéro Eori (Economic operator registration and identification) pour leur proposer une déclaration douanière simplifiée et un contrôle des marchandises à l’endroit où la société est établie et pas à Zeebruges ou Anvers afin de pallier l’encombrement attendu. Un call-center (0257 55 555) a enfin été mis en place et a déjà reçu 500 appels.

L’administrateur général des Douanes a aussi évoqué le recrutement de 40 personnes au service recherches. Les 28 nouveaux douaniers arrivant à la gare du Midi pour le contrôle des passagers débarquant de l’Eurostar ont subi un stress test permettant de mieux évaluer les besoins. Ce stress test s’est avéré insuffisant, explique Kristian Vanderwaeren,et des aménagements sont en cours. Et si le Brexit ne se fait pas? "Une fois que vous êtes embauché et que vous faites le travail que l’on vous demande, vous restez dans la douane", sourit M. Vanderwaeren. 


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