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Boris Johnson prêt pour l'impossible?

En fin de campagne pour la présidence du parti conservateur, Boris Johnson a accusé l'UE d'imposer des règles néfastes au commerce du hareng fumé. ©AFP

Sauf énorme surprise, l’ancien leader de la campagne pro-Brexit sera officiellement élu à la tête du parti tory ce mardi, après un processus électoral de six semaines. Il succédera à Theresa May à Downing Street dès mercredi, avec la redoutable mission d’accomplir le Brexit, avec ou sans accord.

Le Royaume-Uni va basculer ce mardi dans une nouvelle ère, dont personne ne devine l’issue. Après une pseudo-campagne interne, durant laquelle sa stratégie était d’en dire et d’en montrer le moins possible, Boris Johnson devrait largement devancer le ministre des affaires étrangères sortant, Jeremy Hunt.

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Ce dernier n’a finalement guère plus de mérite, puisqu’il a lui-même soigneusement évité d’égratigner le favori, comme s’il souhaitait conserver un portefeuille de ministre dans un nouveau gouvernement. La campagne a été d’une platitude extrême, à peine rehaussée par la révélation Rory Stewart.

Rien ne présage de la suite du processus, et rien ne dit que la situation sera moins bloquée avec Johnson aux manettes qu’elle aurait pu l’être si Theresa May avait conservé le pouvoir.

Mission impossible

Sa mission semble impossible puisqu’il ne peut pas s’assurer du soutien du Parlement, qui a rejeté l’accord de May, mais qui a aussi rejeté avec encore plus d’autorité la perspective d’un no deal.

Tout dépendra de l’ampleur de la victoire. Si elle est nette, Johnson pourra tout se permettre, y compris mépriser toute cette frange de conservateurs modérés plus ou moins proches de Theresa May, comme Philip Hammond ou Alan Duncan. L’ancien maire de Londres aura alors une plus grande légitimité pour forcer la décision sur le Brexit, en réaffirmant être prêt à un no deal le 31 octobre si l’UE n’accepte pas de renégocier l’accord de retrait conclu avec Theresa May en novembre dernier, et rejeté systématiquement par le Parlement au premier trimestre.

Sa mission semble impossible puisqu’il ne peut pas s’assurer du soutien du Parlement, qui a rejeté l’accord de May, mais qui a aussi rejeté avec encore plus d’autorité la perspective d’un no deal. Le changement de Premier ministre ne rendra pas cette perspective de no deal plus séduisante.

Boris Johnson dispose encore d’une botte magique: proroger le Parlement. Autrement dit, mettre fin à la session parlementaire, avec l’accord de la Reine, ce qui serait un coup de force historique, puisqu’il instrumentaliserait la monarchie à des fins politiques. Mais le pays risquerait de devenir encore un peu plus ingouvernable, et cette manœuvre équivaudrait à un suicide politique.

Élections anticipées

La convocation d’élections anticipées, pour profiter de l’inévitable euphorie qui suit l’arrivée aux manettes d’un nouveau leader, est également évoquée. Elle semble sa seule possibilité de survie à plus de six mois, surtout face à un camp travailliste gangrené par l’immobilisme de Jeremy Corbyn.

D’ici là, Boris Johnson devra franchir d’autres obstacles, notamment obtenir un vote de confiance pour son nouveau gouvernement. Celui-ci pourrait être retardé de quelques semaines, afin de permettre à Johnson de faire ses preuves sur le dossier Brexit, qui est plus que central. Les questions relatives à un Brexit sans accord devraient d’ailleurs être transférées du Department for Exiting the European Union vers le 10 Downing Street.

Première semaine cruciale

La première semaine donnera le ton, d’autant plus que Boris Johnson est davantage connu pour son sens du spectacle que pour la rationalité et la précision de ses actions politiques. Seule une impulsion forte pourra lui permettre de créer un choc de confiance, de faire pivoter quelques girouettes et de créer une unité dans les rangs conservateurs, plus divisés que jamais.

"Même si trois mois semblent longs en politique, un Premier ministre ne peut pas espérer tracer un chemin vers le 31 octobre sans avoir franchi plusieurs étapes dès la fin de la première semaine", estime Bronwen Maddox, directeur de l'Institute for Government.

Boris Johnson n’a guère profité de la campagne pour donner une feuille de route claire, ce qui lui met encore un peu plus de pression sur les épaules.

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