Boris Johnson rate la première marche

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Considérée comme le premier véritable test du nouveau Premier ministre, une élection partielle a été perdue au Pays de Galles. La majorité conservatrice ne tient plus qu’à une voix, et ne suffira pas à valider le Brexit à l’automne, surtout sans accord.

La plus mauvaise nouvelle pour Johnson depuis son accession à Downing Street, il y a dix jours, est certainement la défaite du candidat conservateur sortant, Christopher Davies, dans la circonscription de Brecon et Radnorshire, officialisée vendredi matin. Le Premier ministre était pourtant venu rencontrer son homologue Mark Drakeford en début de semaine, sous les sifflets de citoyens rejetant le Brexit dur.

Le vainqueur de cette élection est, en outre, un candidat LibDem, qui pourrait bien devenir la vraie force rivale en cas d’élections générales anticipées, grâce à un positionnement clairement pro-européen. Beaucoup plus pro-européen en tout cas que celui du travailliste Jeremy Corbyn, qui a peu de chance de finir devant Johnson en cas de nouveau scrutin.

Le LibDem pourrait sérieusement entraver les objectifs de Boris Johnson.

La convocation d’élections générales anticipées semblait être jusqu’à présent la seule finalité réaliste pour Boris Johnson. Cette défaite lourde de sens, dans une nation qui a voté majoritairement en faveur du Brexit en 2016, pourrait être un signe avant-coureur de ce qui attend Boris Johnson en cas d’appel au peuple pour renouveler le Parlement.

À la différence des élections générales de 2017, où les questions relatives au Brexit n’avaient guère été abordées, le "no deal" sera probablement au cœur des enjeux. Le LibDem, qui avait réussi à s’imposer lors des élections de 2010 pour former un gouvernement de coalition avec les Tories, pourrait profiter de l’espace laissé par le Labour, et sérieusement entraver les objectifs de Boris Johnson.

Opposition au no deal

Brexit | L’exécutif se prépare au pire

"Panic buying", pénuries de médicaments, inflation des prix sur les produits frais, émeutes anti-Brexit: une note interne circulant dans les couloirs de Whitehall, entre les différents ministères, est marquée par un durcissement des inquiétudes en cas de Brexit sans accord.

Au début de l’été, un porte-parole de Downing Street avait assuré à L’Echo que la situation était sous contrôle: "Il n’y a pas de secteur où nous considérons qu’il y a une urgence particulière. À chaque secteur ses spécificités." Le changement de Premier ministre a fait basculer les ministères dans une nouvelle ère, plus anxiogène.

La prise en charge des préparatifs par l’ancien co-leader du camp du "Leave", Michael Gove, et le ton opiniâtre de Boris Johnson, qui se dit prêt à un no deal, justifient que le scénario du pire soit pris très au sérieux.

Dix jours après sa prise de pouvoir, le nouveau Premier ministre se heurte à des blocages qu’a déjà bien connus celle qui l’a précédé à Downing Street.

Beaucoup de signes sont en tout cas très défavorables:

  • La livre sterling est proche de ses niveaux les plus bas, face à l’euro, depuis la crise financière il y a dix ans.
  • Le "no deal" défendu par Johnson est rejeté par l’ensemble des acteurs économiques, qu’il s’agisse des grandes entreprises et des syndicats d’ouvriers.
  • Les évocations de référendums indépendantistes en Écosse et en Irlande du Nord sont de plus en plus appuyées.
  • Les chiffres de croissance du PIB ont été revus à la baisse par la banque d’Angleterre.

Cette défaite électorale au Pays de Galles confirme que l’état de grâce de Boris Johnson est déjà terminé. Avait-il anticipé et intégré tous ces vents contraires dans sa feuille de route?

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