analyse

Brexit, 5 scénarios de sortie (ou d'aggravation) de crise

Un partisan pro-Brexit, mardi, devant le parlement britannique. ©REUTERS

Après le "non" définitif à l'accord négocié entre May et les Européens envoyé mardi par les députés britanniques, quels sont les scénarios qui tiennent la corde? On fait le point.

Franchir la crevasse du no-deal, puis gagner du temps avec un report du Brexit.

Les priorités immédiates des parlementaires britanniques semblent aisées à première vue, et devraient être votées sans accroc, mais ne résoudront pas le problème de fond : celui d’un Brexit qui semble plus que jamais impossible à finaliser, quelle que soit sa forme.

24 heures après avoir massivement rejeté l’accord de Theresa May (391 contre, 242 pour), les députés vont se prononcer ce mercredi soir sur le Brexit sans accord, censé intervenir le 29 mars à 23:00 GMT. Deux amendements seront soumis à un vote en plus de la motion gouvernementale sur la possibilité de quitter ou non l'Union européenne sans aucun accord. Le premier amendement retenu propose d'enjoindre au gouvernement de renoncer quoi qu'il arrive à un divorce sans accord. Le second préconise de repousser la date du Brexit du 29 mars au 22 mai au soir afin de permettre notamment aux entreprises de se préparer aux nouveaux tarifs douaniers et d'atténuer les effets d'une sortie sans accord. 

Les probabilités devoir passer un Brexit sans accord sont minimes, notamment parce que les Communes se sont déjà prononcées contre cette finalité lors d'un vote non contraignant, fin janvier. Les Brexiters durs y restent toutefois favorables. 

Les esprits sont déjà tournés vers le vote de ce jeudi, qui devrait aboutir à un report du Brexit. Au-delà de la durée du report, se pose déjà la question de la justification de ce report, sans laquelle l’Union européenne pourrait (dans les scénarios les plus pessimistes) ne pas accorder de nouveau délai. 

Cinq scénarios semblent être possibles sur le court ou le moyen terme (un mois à un an). Certains sont plus réalistes que d’autres, mais aucun n’offre une garantie de sortie de crise, ni ne prémunit contre une aggravation de la situation. Certains de ces scénarios pourraient être fusionnés au fil du temps (par exemple des élections générales suivies d’un nouveau référendum).

Les voici: 

1. Nouveau Brexit avec accord de type norvégien

Ce modèle reste difficile à calquer en raison du fait que la Norvège ne fait pas partie de l'Union douanière, à la différence de l'Irlande du Nord. Ce modèle avec liberté de circulation reviendrait quasiment à annuler le Brexit, puisque le contrôle de l'immigration était la première motivation des tenants du "Leave". Ce scénario est très peu probable.

2. Élections générales

Aucune majorité claire, ni conservatrice ni travailliste, ne semble pouvoir se dégager à court terme, à peine deux ans après les précédentes élections. Et cela ne règlera pas la question du "futur Brexit", si futur Brexit il doit y avoir. Ce scénario est peu probable.

3. Démission de May et arrivée d’un Brexiter dur à Downing Street

 La stratégie de la confrontation avec l'UE était plus ou moins celle choisie par May au début du Brexit. Cela a abouti à une série d'humiliations des négociateurs britanniques face à une UE ragaillardie. Les Brexiters durs, avec leur stratégie à la hussarde, ne devraient pas pouvoir faire mieux, d'autant plus qu'ils auront toujours besoin du soutien du Parlement, loin d'être acquis. Ce scénario est peu probable.

4. Second référendum

Cela semble à première vue être la solution la plus réaliste. Problème: l'iniative vient essentiellement de l'opposition travailliste, surtout depuis que Jeremy Corbyn a indiqué être prêt à soutenir cette motion. Le danger est réel, puisque ce nouveau référendum pourrait provoquer un "split" des deux principaux partis en leur sein, tout particulièrement celui de la majorité conservatrice, dont la massive aile eurosceptique est à l'origine de la demande du référendum sur le Brexit. Ce nouveau référendum ne garantirait pas une victoire du maintien dans l'UE, et pourrait avoir des conséquences collatérales très dommageables sur l'équilibre parlementaire historique. Avec le risque de voir le pays plus ingouvernable qu'il ne l'est déjà, et une partie des citoyens se sentir trahis par le non-respect de leur vote de 2016. Ce scénario est peu probable.

5. Pourrissement

Cette stratégie machiavélique, qui serait présentée politiquement comme une simple temporisation, pourrait paradoxalement être la solution la plus tenable. Toutes les voies étant bouchées, ou accidentées, le statu quo provisoire peut être en soi une voie. La durée du report décidée demain sera donc absolument primordiale. Un délai de trois mois sera probablement trop court. Un délai d'un an permettra de retrouver une certaine visibilité, mais aura l'inconvénient de mettre le Royaume-Uni en porte-à-faux par rapport aux prochaines élections européennes, fin mai. Dans ce cas, la balle sera de nouveau dans le camp de l’Union européenne, à condition qu’elle accepte de nouveau, comme lundi soir à Strasbourg, de prendre part au jeu de la réinterprétation magique de ses textes fondamentaux. Ce scénario est le plus probable.

Theresa May a subi un nouveau camouflet mardi. ©REUTERS

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