Brexit... C'est l'impasse. Ou pas?

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Theresa May est bien décidée à faire passer aux forceps l'accord de divorce qu'elle a négocié avec l'Union européenne. La Première ministre va donc proposer aux députés de voter une troisième fois sur ce texte qu'ils ont déjà retoqué à deux reprises.

Les députés britanniques se sont prononcés mercredi soir contre l'idée d'un Brexit sans accord ("no deal"), ouvrant la voie à un report à fin juin de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Ils ont approuvé par 321 voix contre 278 un texte qui exclut l'hypothèse d'une sortie non négociée, "quelles que soient les circonstances". Même s'il ne contraint pas le gouvernement et ne garantit en aucun cas qu'une sortie sans accord finisse par se produire, il constitue un signal politique considérable, notamment parce que plusieurs membres du gouvernement de Theresa May l'ont approuvé.

Et maintenant?

La Commission européenne a signalé que le vote des Communes était insuffisant et que les députés britanniques se devaient d'approuver un accord de sortie en bonne et due forme pour éviter l'hypothèse du "no deal". Pour rappel, l'Union européenne avait annoncé dès mardi soir qu'elle ne renégocierait pas l'accord de divorce.

Les députés seront invités à se prononcer dès ce jeudi sur un report du Brexit au 30 juin, à condition qu'ils approuvent d'ici au 20 mars l'accord de sortie négocié avec Bruxelles qu'ils ont rejeté à deux reprises, afin de donner des garanties à l'Union européenne pour tenter d'obtenir l'accord des Européens lors du sommet des 21 et 22 mars afin de reporter le Brexit au 30 juin. Donc, la date limite est fixée à mercredi prochain pour la présentation et le vote sur un nouvel accord, avec report automatique du Brexit au 30 juin.

Si l'accord est encore rejeté d'ici mercredi 20 mars, veille du sommet européen, le Royaume-Uni demandera un délai beaucoup plus long à l'UE et une autorisation de participer aux élections européennes de mai prochain. Difficile de voir les députés réussir en moins d'une semaine ce qu'ils ont raté en trois ans.

Le principal obstacle à la sortie de crise ne semble toutefois pas être l'Union européenne, qui va très probablement accorder ce délai, mais bien les Tories eux-mêmes. L'atmosphère était particulièrement délétère hier soir aux Communes, avec notamment la démission d'une ministre et plusieurs actes de rébellion contre May.

Si les députés ne votent pas la motion de May ce soir, la situation risque d'être explosive. Paradoxalement, May n'a jamais eu aussi peu de pouvoir, et en même temps elle n'a jamais été aussi importante dans la gestion de la crise.

Si la Première ministre démissionne, le processus du Brexit risque fortement de sombrer dans le chaos en raison de l'éclatement du parti tory.

Donc... vers quoi va-t-on?

1. Nouveau Brexit soft

Le modèle norvégien reste difficile à calquer en raison du fait que le pays scandinave ne fait pas partie de l’Union douanière, à la différence de l’Irlande du Nord. Ce modèle avec liberté de circulation reviendrait quasiment à annuler le Brexit, puisque le contrôle de l’immigration était la première motivation des tenants du "Leave".

D’autres modèles, du type canadien par exemple, pourraient intéresser le Royaume-Uni, mais fragiliser l’Union européenne. Le pire scénario pour Bruxelles serait de voir d’autres pays vouloir eux aussi quitter l’Union européenne pour ne bénéficier que des avantages, en mode "self-service".

2. Élections générales

Aucune majorité claire, ni conservatrice ni travailliste, ne semble pouvoir se dégager à court terme, à peine deux ans après les précédentes élections. Et cela ne réglera pas la question du "futur Brexit", si futur Brexit il doit y avoir.

3. Démission de May et arrivée d’un Brexiter dur à Downing Street

La stratégie de la confrontation avec l’UE était plus ou moins celle choisie par May au début du Brexit. Cela a abouti à une série d’humiliations des négociateurs britanniques face à une UE ragaillardie.

Les Brexiters durs, avec leur stratégie à la hussarde, ne devraient pas pouvoir faire mieux, d’autant plus qu’ils auront toujours besoin du soutien du Parlement, loin d’être acquis. Un autre remainer au pouvoir s’exposera aux mêmes obstacles que Theresa May, dont le Brexit était, jusqu’à preuve du contraire, le seul à pouvoir être accepté par l’UE.

4. Second référendum

Cela semble à première vue être la solution la plus réaliste. Problème: l’initiative vient essentiellement de l’opposition travailliste, surtout depuis que Jeremy Corbyn a indiqué être prêt à soutenir cette motion. Le danger est réel, puisque ce nouveau référendum pourrait provoquer un "split" des deux principaux partis en leur sein, tout particulièrement celui de la majorité conservatrice, dont la massive aile eurosceptique est à l’origine de la demande du référendum sur le Brexit.

Ce nouveau référendum ne garantirait pas une victoire du maintien dans l’UE et pourrait avoir des conséquences collatérales très dommageables sur l’équilibre parlementaire historique. Avec le risque de voir le pays plus ingouvernable qu’il ne l’est déjà, et une partie des citoyens se sentir trahis par le non-respect de leur vote de 2016.

5. Pourrissement

Cette stratégie machiavélique, qui serait présentée politiquement comme une simple temporisation, pourrait paradoxalement être la solution la plus tenable. Toutes les voies étant bouchées, ou accidentées, le statu quo provisoire peut être en soi une voie. La durée du report, qui dépendra de la motion votée ce jeudi sur le vote du nouvel accord mercredi prochain, sera donc absolument primordiale. Tout indique désormais que le délai sera long.

Ce scénario de la temporisation est le plus probable, ne serait-ce que parce que Theresa May a maintes fois démontré qu’elle savait résister sur la durée aux pressions les plus fortes. Celles-ci ont toutefois atteint un niveau inédit depuis lundi.

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