Brexit : le sort de la City en suspens

Catherine McGuiness, présidente de la City of London Corporation ©REUTERS

La seconde phase de négociation débute avec difficulté. Les discussions sur les passeports financiers sont bloquées par les désaccords sur les quotas de pêche.

Les banques et assurances de la City n’auront plus de passeport financier pour opérer dans l’Union européenne à partir du 1er janvier 2021, mais espèrent obtenir des équivalences et une certaine autonomie pour adapter leur réglementation.

Alors que Londres et Bruxelles sont engagées sur cinq semaines intenses de négociation, dans le cadre de la seconde phase du processus entamé au printemps dernier, les chances d’obtenir un accord dès cet été sont limitées, bien au-delà de l’industrie financière. Le négociateur en chef du Royaume-Uni, David Frost, a indiqué en fin de semaine dernière que la reprise des discussions avait "mis en relief les différences significatives qui persistent (...) sur un certain nombre de questions importantes".
Les divergences restent nombreuses, y compris sur le respect des décisions de la Cour de justice européenne ou sur les normes.

«J’ai bien peur que le délai soit extrêmement court.»
Catherine McGuinness
Présidente de la City of London Corporation

Londres et Bruxelles sont désormais d'accord sur la nécessité de trouver un terrain d'entente au plus tard au début de l'automne. Dans le cas contraire, les assureurs et banquiers de la City devront déménager leur siège dans l'un des grands centres financiers de l'Union européenne, comme Francfort ou Paris, pour continuer d'opérer dans l'UE.

Pression des banques

La City est dans l’ensemble très réservée sur la méthode de Boris Johnson et sur sa volonté de ne pas repousser la période de transition. Dans une interview à L’Écho au mois d’avril, la présidente de la City of London Corporation Catherine McGuinness exprimait ses doutes: "J’ai bien peur que ce délai soit extrêmement court."

Ce lundi, l’Association for Financial Markets in Europe (AFME), lobby basé à Londres et à Bruxelles, a appelé les deux parties à trouver un terrain d’entente le plus tôt possible, notamment à cause du contexte pandémique. "Le Covid-19 a le potentiel pour court-circuiter les préparatifs du Brexit, notamment la réactivité des clients, et affecter la capacité des firmes à transférer leur personnel dans d’autres juridictions."

L’UE a envoyé plus de 1.200 pages de questionnaires aux Britanniques pour s’assurer que la réglementation sera sensiblement identique à celle de l’Union européenne après le Brexit, et attribuer des équivalences le cas échéant. Face au think tank Eurofi, qui traite des questions de réglementation financière, Michel Barnier a indiqué à la fin du mois de juin que le Royaume-Uni n’avait répondu qu’à quatre des 28 questionnaires qui lui avaient été transmis. "Nous n’y sommes pas encore", a-t-il affirmé. "Nous n’attribuerons des équivalences que dans les domaines où les intérêts de l’UE, de la stabilité financière, de ses investisseurs et consommateurs, seront préservés."

«Nous n’y sommes pas encore.»
Michel Barnier
Négociateur pour l'Union européenne

Une petite musique se fait de plus en plus entendre dans la City, qui suggère que le terrain d'entente sur les services financiers devra être trouvé en dehors du cadre des négociations globales actuelles, dans les prochaines années, tout en maintenant dans l'intervalle un statu quo en faveur des firmes britanniques.

Pour l'instant, aucune passerelle n'a formellement été mise en place dans les négociations sur la pêche et celles sur les services financiers. Un croisement des intérêts semble pourtant programmé et inévitable. Concrètement, l'UE doit garder le statu quo sur la pêche, alors que l'économie du Royaume-Uni est très dépendante de la stabilité de ses services financiers.

Sur ces deux enjeux très différents, les deux parties ont un intérêt en commun :  conserver un cadre quasiment identique à celui de l'avant Brexit.

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