Brexit: les subventions agricoles en question

Le prince Charles en visite dans une ferme en Ecosse, le 1er juillet dernier. ©REUTERS

Les négociations entre le Royaume-Uni et l'Europe pourraient buter sur les subventions accordées aux agriculteurs européens, qui risquent de léser les Britanniques.

Une majorité d'agriculteurs britanniques a voté en faveur du maintien dans l'Union européenne le 23 juin 2016. Quatre ans plus tard, le Brexit n'est pas encore effectif, mais il pourrait représenter un risque important pour leur activité, notamment si aucun accord commercial n'est trouvé d'ici la fin de la période de transition, le 31 décembre 2020.

70
milliards d'euros
C'est le montant des subventions accordées par l'UE aux agriculteurs européens dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).

L'un des principaux enjeux des semaines à venir porte bien sur la question agricole, et notamment sur les 70 milliards d'euros de subventions accordées par l'UE aux agriculteurs européens dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) et dont les Britanniques ne bénéficieront plus.

Les subventions européennes leur permettaient jusqu'à présent de financer de 35 à 50% de leurs revenus globaux, parfois plus. Ils craignent d'être affaiblis par les tarifs plus bas que seront tentés de pratiquer les Européens grâce à ces subventions, même s'ils bénéficieront également d'aides étatiques en récupérant une partie des 3 milliards d'euros que le Royaume-Uni ne versera plus chaque année à la PAC.

Le Royaume-Uni aura évidemment un moyen de pression à sa disposition en appliquant lui-même des tarifs douaniers plus élevés sur les produits agricoles venant du continent. C'est précisément ce qu'avait fait le Department of Commerce américain en 2018, avec une taxe antidumping de 17,13% sur les olives importées d'Espagne. Mais ce jeu sera très probablement à somme nulle pour les deux parties, ainsi que pour les consommateurs.

D'après le quotidien The Guardian, le dernier round de négociations, au printemps dernier, a été marqué par un échange houleux entre les deux parties au sujet de la protection des agriculteurs britanniques. Pour éviter un conflit stérile, les négociateurs européens veulent insérer deux clauses dans l'accord de libre-échange avec le Royaume-Uni.

Dans la première, les deux parties adhéreraient au principe selon lequel les subventions ne doivent pas produire un effet de distorsion contraire aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC); dans la seconde, elles s'engageraient à ne pas avoir recours à des mesures anti-subventions ou à des ajustements de tarifs douaniers en rapport avec lesdites subventions.
Autrement dit, ces deux clauses visent à faire en sorte que les deux parties renoncent à leurs protections commerciales.

Normes de Bruxelles

Mais la seconde vide aussi le Brexit de sa substance, en empêchant potentiellement les agriculteurs britanniques de développer leur compétitivité à une échelle mondiale. Ceux-ci sont très attachés à l'idée de ne plus dépendre des normes et standards imposés depuis Bruxelles, un point sur lequel les négociateurs européens ont été inflexibles.

"Sans un bon accord de libre-échange, des milliers de fermiers du Royaume-Uni et de l'Union européenne vont faire faillite."
Country Land and Business Association

Les associations représentant l'industrie ont manifesté leurs inquiétudes ces dernières semaines devant la lenteur des négociations, face au risque de voir s'appliquer les tarifs de l'OMC à partir du 1er janvier 2020.
Le président de la Country Land and Business Association, un lobby britannique d'exploitants terriens créé en 1907, est monté au créneau: "L'Union européenne vend 33 milliards de livres de produits agricoles chaque année, presque 20 milliards de plus que ce que nous vendons [à l'UE). Le Premier ministre a donc tout à fait raison de croire dans la valeur de notre marché. Mais ne nous trompons pas : sans un bon accord de libre-échange, des milliers de fermiers du Royaume-Uni et de l'Union européenne vont faire faillite, avec tout ce que cela impliquera en destruction de vies et de communautés."

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