analyse

C'est le jour de vérité pour Theresa May

©REUTERS

Au lendemain du scrutin européen, la Première ministre doit rencontrer le président du groupe parlementaire tory, Graham Brady. Attaquée tous azimuts, elle ne semble plus avoir d’autre choix que d’abandonner le pouvoir aux Brexiters durs.

Depuis près de trois ans, le processus du Brexit a connu beaucoup de rebondissements, de crises et surtout d’enlisements. Le vrai point de bascule est peut-être pour aujourd’hui.

Incapables de s’organiser face au retour en grâce du héraut du Brexit Nigel Farage et face au parasitage du leader travailliste Jeremy Corbyn, les Remainers ont ouvert une voie royale aux Brexiters. Ceux-ci devraient sortir nettement gagnants du scrutin européen, organisé jeudi et dont le résultat sera connu dimanche.

La victoire des Brexiters ne changera rien au problème de fond: ni le Brexit sans accord, ni le Brexit avec accord, ni le second référendum ne semblent possibles à moyen terme, c’est-à-dire avant la deadline du 31 octobre, fixée par l’Union européenne (UE) le mois dernier.

Pas de départ immédiat

Seule solution, plus compulsive que rationnelle: le reboot. Theresa May pourrait annoncer qu’elle cède la place dans le courant de la journée. Dans ce cas, elle resterait en fonction pendant quelques semaines, le temps que les Tories élisent leur nouveau leader. Boris Johnson, leader de la campagne du Brexit, est l’écrasant favori. Ironie de l’histoire: un tribunal examine actuellement une plainte contre son utilisation immodérée de la fake news, en 2016, selon laquelle le Royaume-Uni donnait 350 millions de livres chaque semaine à l’UE.

Même si les pressions n’ont jamais été aussi fortes, le départ de Theresa May n’est pas certain. Certes, elle s’est engagée à donner son calendrier de départ après la seconde lecture de la loi sur l’accord de retrait, programmée le 7 juin. Mais les violentes réactions à la présentation de son "nouvel accord", cette semaine, pourraient entraîner l’annulation ou le report de la présentation de cette loi. Et Theresa May a déjà prouvé maintes fois par le passé qu’elle savait jouer sur les mots lorsqu’il s’agissait d’évoquer son départ.

Élections | Des centaines d’Européens privés de vote

Fâcheux symbole. Plusieurs centaines de citoyens européens se sont vu refuser le droit de voter aux élections européennes, dont les scrutins britanniques et néerlandais ont eu lieu ce jeudi, en raison d’erreurs administratives multiples. Les Européens vivant au Royaume-Uni et non inscrits devaient notifier au moins douze jours à l’avance les autorités compétentes afin de procéder au transfert de leurs droits. La mise à jour n’a pas été effectuée pour une partie importante d’entre eux, qui ont constaté que leur nom ne figurait pas sur la liste à leur arrivée au bureau de vote.

La Commission électorale a expliqué que le délai administratif entre l’officialisation de la participation britannique aux élections européennes – le 7 mai – et l’organisation du scrutin, seize jours plus tard, était trop court. Alors que le Brexit sans accord est toujours programmé par défaut le 31 octobre prochain, les Européens du Royaume-Uni ont de plus en plus de raisons de se montrer inquiets…

 

Dévouement et machiavélisme

Par ailleurs, si elle se confirme, la démission de May ne correspondrait pas au plan qu’elle a déroulé avec un mélange troublant de dévouement et de machiavélisme depuis trois ans.

Le 11 avril, lors du sommet de Bruxelles, elle a accepté de relever le gant pour six mois supplémentaires au minimum, avec l’objectif de trouver la solution la moins dommageable et la plus démocratique possible.

Elle a pris des orientations diamétralement opposées aux intérêts primaires de son parti, à ce qu’elle-même indiquait depuis le début du processus, et à ce que la plupart des observateurs britanniques l’imaginaient capables de faire, dans une culture politique où le Premier ministre reste l’exécutant des prérogatives de la monarchie… et des intérêts politiciens de son parti. May a cassé les codes, en faisant passer son parti au second plan.

Négociations avec les travaillistes

Elle a fini par ouvrir des négociations avec l’opposition travailliste, puis proposé un second référendum pour valider son accord du Brexit. Temporiser encore, en pariant sur les évolutions lentes, mais réelles, observées lors des deux vagues de votes indicatifs du début du printemps, semblait faire partie de la suite de son plan.

Mais les Tories ne vont pas attendre la prochaine fenêtre de tir prévue en décembre, et préparent une motion de censure à effet immédiat au cas où elle résisterait. Ils réfléchissent depuis plusieurs semaines à un changement des règles, ce qui serait aussi indigne de ce parti historique que la défaite électorale qu’il va subir aux élections européennes. Un score inférieur à 10% serait inédit pour les Tories dans un scrutin national depuis 1834.

Dossier Brexit

Comment s'y retrouver dans l'imbroglio du Brexit? Toutes les infos et analyses dans notre dossier spécial >

Lire également

Publicité
Publicité