Cameron lâche une "bombe" électorale

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Le Premier ministre a annoncé qu’il quitterait quoi qu’il arrive Downing Street au terme des cinq prochaines années, en cas de victoire aux élections générales.

"Retenez-moi, puisque je vais bientôt partir". C’est, en filigrane, le message qu’a voulu faire passer le chef du parti conservateur, à quarante-quatre jours des élections.

"Le troisième mandat, ce n’est pas quelque chose à laquelle je pense", a indiqué David Cameron à un journaliste de la BBC, dans le cadre d’une conversation qui se voulait naturelle et à bâtons rompus, dans sa propre cuisine. "Deux c’est bien, trois ce serait trop". Il fait ainsi sienne la logique des deux mandats maximum, qui prévaut aux Etats-Unis ou en France. Le coup est sans doute habile, l’argument des "cinq années, pas plus", étant par exemple utilisé en France par les partisans d’Alain Juppé pour son éventuelle élection en 2017, en opposition, par exemple, avec les "exemples" laissés par ailleurs, de type Berlusconi ou Netanyahou.

Habile aussi par rapport au souvenir laissé par le troisième mandat des deux principaux Premier ministre britanniques des cinquante dernières années: Margaret Thatcher et Tony Blair. Entre 1987 et 1990, The Iron Lady, au pouvoir depuis 1979, avait été progressivement poussée à la démission. La poll tax, cet impôt forfaitaire touchant toutes les catégories de population, avait été l’élément déclencheur.

En 2005, fraîchement reconduit à Downing Street après la troisième victoire du Labour depuis 1997, Tony Blair avait vu l’intervention britannique en Irak (2003) revenir comme un boomerang avec les attentats de Londres du 7 juillet.

Le message est plutôt judicieux. Mais le timing de l’annonce l’est moins.

Le message adressé aux électeurs est donc plutôt judicieux. Reste à savoir si le timing de l’annonce ne risque pas de faire dérailler la machine électorale conservatrice, qui a clairement pris de l’avance sur l’opposition travailliste.

Douglas Alexander, le chef de campagne du Labour, a d’ailleurs aussitôt fustigé "l’arrogance typique de David Cameron" consistant à présumer que les conservateurs vont remporter le scrutin "avant même que les Britanniques aient eu la chance de s’exprimer".

Les britanniques renouvellent leur parlement ce jeudi 7 mai. Les conservateurs et travaillistes sont au coude-à-coude. Consultez dans notre dossier en ligne les portraits et les propositions des divers candidats.

Puis, David Cameron a clairement donné le coup d’envoi de la guerre de succession, en citant lui-même le nom des trois potentiels futurs leaders du parti conservateur: le ministre de l’économie George Osborne, la ministre de l’Intérieur Theresa May, et le très populaire maire de Londres Boris Johnson.

Trois profils très différents les uns des autres, qui ne manqueront pas d’utiliser les tribunes offertes par la campagne pour faire écouter leurs meilleurs refrains. Les risques d’un conflit larvé et potentiellement dommageable pour la campagne sont réels, d’où la volonté de certaines figures du parti de relativiser cet engagement de David Cameron. Assiégé de micros, Boris Johnson a indiqué qu’il n’était pas surpris: "Tout ce que (David Cameron) dit, c’est logique et de bon sens. Il ne veut simplement pas continuer encore et encore comme a pu le faire Madame Thatcher.

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