analyse

Ce soir, May sera gagnante

©REUTERS

Theresa May joue visiblement la temporisation, ou le pourrissement. Mais tout dépendra des députés aujourd'hui, et surtout de leur sang froid.

A quinze jours de la date théorique du Brexit, une motion gouvernementale sera débattue aujourd'hui à la Chambre des communes, proposant un court report du Brexit, théoriquement prévu le 29 mars, jusqu'au 30 juin, si les députés approuvent l'accord d'ici mercredi 20 mars.

Theresa May semble nourrir deux objectifs avec cette motion. Elle devrait sortir gagnante puisqu'elle est en théorie assurée que l'un des deux sera atteint et que ça permettra soit de régler la crise (accord voté), soit de remettre les prochaines décisions aux calendes grecques (rejet de l'accord, repoussant le Brexit à fin 2019, voire 2020).

YES. Dans le premier cas (accord voté), elle laisse croire que les membres du DUP (Parti unioniste démocratique d'Ulster) et de l'ERG (European Research Group, branche eurosceptique du parti tory) vont finalement préférer voter pour son accord, lors d'un troisième vote, et donc accepter un "mauvais Brexit" plutôt que de renoncer au Brexit. Geoffrey Cox, le procureur général,  est sous pression pour modifier son avis juridique.

Mais... L'accord a été rejeté par une majorité de 149 voix ce mardi, c'est donc difficile d'imaginer qu'il passe cette fois-ci, vu que la majorité conservatrice ne dépend que de dix Nord-Irlandais.

Par ailleurs, les remainers, ou indécis tories, sont furieux contre ces nouveaux atermoiements de Theresa May, et une partie d'entre eux va sans doute refuser de voter pour cet accord, qui ne sera pas du tout modifié par rapport à celui conclu avec l'UE. Il peut être "durci", mais dans ce cas l'UE va probablement le refuser. Et s'il est adouci, les Brexiters durs refuseront de le voter.

→ Les chances de voir adopté le texte semblent donc très faibles.

NO. Dans le second cas (rejet de l'accord avec report du Brexit et participation du Royaume-Uni aux élections européennes), Theresa May espère faire d'une pierre deux coups: reprendre la maîtrise du calendrier, en l'occurrence sur plusieurs mois, voire sur un an, et forcer l'UE à accepter le délai. Ce lien direct entre le report du Brexit et le vote sur l'accord est une contorsion juridique (ou au moins politique) qui permet de faire partager la responsabilité de l'échec des rejets massifs de l'accord sur "l'intransigeante" UE.

Le message de May, c'est: NOTRE accord est rejeté par les Communes, qui NOUS demandent donc un délai.

→ C'est diaboliquement astucieux car l'UE ne peut plus se contenter de faire pression sur le Royaume-Uni en exigeant une motivation pour le délai.

Bref, May joue bien la temporisation, ou le pourrissement. Après, tout dépendra des députés et surtout de leur sang froid. Une demi-douzaine d'amendements vont être déposés (second référendum, Brexit "norvégien", annulation directe du Brexit, etc...).

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