Ces europhiles qui disent déjà "good-bye!" aux Anglais

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L’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne était une erreur, leur départ sera libérateur pour la construction européenne.

Ce n’est pas le message que l’on a l’habitude d’entendre sur le continent, mais alors que le château de cartes européen tremble à l’idée d’un départ des Britanniques, une minorité de fédéralistes convaincus appelle ouvertement à en finir.

Le premier d’entre-eux est bien sûr Michel Rocard. Dès 2014, le socialiste lançait un appel à travers la Manche: "Amis Anglais, sortez de l’Union européenne mais ne la faites pas mourir!" Pour l’ancien Premier ministre français, qui fût député européen quinze années durant, "l’Europe ne pourra être relancée sans que les Anglais en sortent". Pour lui c’est clair comme de l’eau de roche: "Tant qu’ils seront là, on ne pourra pas mettre à l’ordre du jour la rénovation de la Communauté." Peu de responsables politiques sur le continent ont repris ce discours. On en trouve à l’Assemblée nationale française, mais au groupe socialiste du Parlement européen "on a une ligne claire pour dire qu’il serait préférable que les Britanniques restent".

"L’important n’est pas d’avoir une Europe de l’Atlantique à l’Oural. C’est d’avoir une Europe qui fonctionne."
Dominique Riquet
Député européen (Libéral)

C’est au groupe libéral du Parlement européen – que préside Guy Verhofstadt – qu’on trouve l’eurodéputé le plus ouvertement favorable au Brexit. "Je souhaite que les Anglais s’en aillent!", lance Dominique Riquet, encore un Français. À ses yeux, "les avantages d’un Brexit l’emportent de beaucoup sur les inconvénients". Il est peu sensible au risque de déstabilisation de l’Union que tous les grands partis disent craindre. "Le seul pays que je verrais suivre les Anglais, ce serait le Danemark. Mais l’important ce n’est pas d’avoir une Europe de l’Atlantique à l’Oural, c’est d’avoir une Europe qui fonctionne. Imaginez ce que ce sera si les Britanniques restent! Alors que l’Europe a besoin d’intégration, David Cameron se sentira plus légitime que jamais pour bloquer l’intégration", argumente-t-il.

Avec diplomatie, l’ex-président de la Commission européenne Jacques Delors a adopté une position proche. "Les Britanniques s’intéressent seulement à leurs intérêts économiques, à rien de plus. On pourrait leur proposer une autre forme de partenariat", disait-il en 2012 dans un entretien au Handelsblatt. Mais ce jeudi, il s’est fendu d’un communiqué à l’agence Reuters pour attendrir son propos: il considère "la participation du Royaume-Uni dans l’UE comme un élément positif" pour l’Union autant que pour Londres.

Les sorties de Rocard et Riquet font donc figure d’exception – française, bien entendu. Beaucoup de fédéralistes qui sont pour un Brexit "mais ne peuvent pas le dire publiquement", assure Dominique Riquet. Une posture plus répandue est de considérer le départ des Anglais comme une opportunité pour l’Europe, sans pour autant la souhaiter. "Si les Britanniques s’en vont, avançons et recentrons le projet européen", plaide le Belge Claude Rolin (cdH), pour qui le Conseil européen n’aurait jamais dû céder au chantage britannique. "La meilleure façon de faire aurait été de dire: Good-bye Mr Cameron!" Le libéral Louis Michel ne pleurera pas non plus si les Anglais s’en vont. "Ce serait mieux s’ils restaient, mais on ne va pas se mettre à genoux!" Frédéric Rohart

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