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David Frost, le coup de froid post-Brexit

Moins de deux mois après la conclusion de l'accord commercial, l'ancien négociateur britannique est appelé à la rescousse par Boris Johnson. Face aux difficultés à la frontière nord-irlandaise, la position britannique se durcit.

Il y a un an jour pour jour, David Frost revenait de Bruxelles, où il avait planté le décor des longues négociations commerciales à venir avec l'Union européenne: "Imaginer que nous allons accepter la supervision européenne sur les problèmes de concurrence équitable, c'est ne pas comprendre notre fonctionnement (...). Tout notre projet repose sur ce point."

CV EXPRESS

Né le 21 février 1965 à Derby (Angleterre), il étudie au St John's College (Oxford)
1987: Travaille au Foreign and Commonwealth Office
2006: Ambassadeur britannique au Danemark
2019-2020: Négociateur-en-chef du Brexit
2020: Nommé Lord à vie
2021 : Ministre d'État, co-président du UK-UE Partnership Council

Un an plus tard, le camp britannique a cédé. L'accord commercial a bien été conclu en dernière minute, avec la création d'un "Partnership Council" co-présidé par des représentants des deux parties, pour superviser en bonne intelligence l'application de l'ensemble des règles.

Mais les six premières semaines post-Brexit ont donné lieu à des difficultés plus importantes que prévu aux douanes, crispant les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Les relations vont se refroidir davantage avec la désignation de David Frost en tant que représentant britannique de ce Partnership Council, à partir du 1er mars.

L'ancien négociateur britannique va remplacer Michael Gove, homme fort de la campagne référendaire, mais dont le fonctionnement général a été jugé trop conciliant. Frost, qui a été le négociateur "gagnant" de Boris Johnson, en arrachant notamment l'accord de retrait à l'automne 2019, aura les coudées franches. Peut-être même sera-t-il le nouvel homme fort du Brexit, Boris Johnson étant résolu à lisser son image dans un monde post-Trump.

Comme il l'a démontré pendant les dix-huit mois de négociations avec Michel Barnier, David Frost est l'un des poids lourds de la diplomatique britannique.

Vers un long statu quo

Comme il l'a démontré pendant les dix-huit mois de négociations avec Michel Barnier, David Frost est l'un des poids lourds de la diplomatique britannique. Il a rejoint le Foreign Office dès la fin de ses études, à 22 ans, où il accompli l'essentiel de sa carrière. Il a fait partie du bureau britannique à Bruxelles au milieu des années 90 et a travaillé sur les problématiques de l'élargissement et de la monnaie unique.

Après vingt ans de fonctions essentiellement liées à l'Union européenne, il a brièvement été directeur général de la Scotch Whisky Association, avant de devenir un conseiller quasi permanent de Boris Johnson, après le référendum. Sa mission première sera d'obtenir un assouplissement ou une extension de la période de grâce pour les vérifications sanitaires sur les produits alimentaires à la frontière nord-irlandaise, qui sont très chaotiques depuis le 1er janvier. Il sera aussi chargé de faciliter la vie des entreprises exportatrices, et de maximiser les éventuelles opportunités post-Brexit. Il rejoint également le Cabinet du Number 10, au coeur du pouvoir.

Nommé Lord à vie par Johnson

Alors qu'il était encore négociateur britannique et que l'accord commercial était loin d'être conclu, David Frost a été nommé à vie à la Chambre des Lords. Un statut très particulier et rare, puisque Frost fait aujourd'hui partie du Cabinet du Premier ministre.

Cette désignation marque clairement le durcissement de la position britannique, et confirme que la normalisation des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne prendra beaucoup de temps.

Cette désignation confirme que la normalisation des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne prendra beaucoup de temps.

Au-delà du dérapage d'Ursula von der Leyen sur les exportations de vaccins, les tensions diplomatiques ont été nombreuses, notamment après le refus de Londres d'accorder un statut diplomatique plein à l'ambassadeur européen. Le chef de mission britannique à Bruxelles, Lindsey Croisdale-Appleby a vu dans la foulée un rendez-vous avec le président du conseil européen Charles Michel être annulé.
Une longue période de gel semble se profiler, les Britanniques ayant intérêt à préserver le statu quo en Irlande du Nord et les Européens n'étant pas décidés à faire des concessions, notamment sur les équivalences financières.

Un conseiller à la sécurité... sans qualification

"Pourquoi nommer sur décision politique un nouveau conseiller de sécurité nationale qui n'a aucune expertise connue en sécurité nationale ?" L'été dernier, l'attaque cinglante de l'ancienne Première ministre et ministre de l'intérieur Theresa May a jeté une lumière crue sur la désignation de David Frost à ce poste très sensible. Face à la levée de boucliers, notamment dans les cercles de la défense et de la sécurité intérieure, Frost a finalement dû renoncer à ce poste.

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