Deux ans pour donner un coup d'accélérateur à l'Union (sans la casser…)

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C'est jour de sommet européen à Bruxelles. Alors que Theresa May va quémander un assouplissement du cadre des négociations sur le Brexit, les dirigeants de l’Union vont surtout s’occuper de l’avenir à vingt-sept. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, leur propose un plan d’attaque de deux ans pour prendre enfin des décisions pour réformer l’Union.

Du point de vue britannique, ce devait être le sommet de la grande explication. Theresa May va prendre la parole, au dîner de ce jeudi soir, pour demander aux leaders européens plus de souplesse dans la négociation du Brexit. Londres estime avoir donné suffisamment de gages sur le divorce pour pouvoir ouvrir la discussion sur l’après-Brexit – la période de transition. Côté Vingt-Sept, on cherche le moyen de lui donner une porte de sortie, de s’engager à ouvrir des travaux préparatoires, mais il faudra que Londres en fasse plus pour pouvoir passer à la discussion sur l’avenir de la relation, en décembre.

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Le gouvernement May est prêt à signer un chèque de 20 milliards de dollars pour sa sortie de l’Union? "Des clopinettes!" s’est insurgé Antonio Tajani, le président du Parlement européen sans lequel l’accord de Brexit ne peut être conclu.

Après un dîner lundi soir, Theresa May et Jean-Claude Juncker avaient convenu "d’accélérer les discussions". Mais dès le lendemain, le négociateur en chef européen du Brexit, Michel Barnier, a souligné que "pour accélérer, il faut être deux", alors que la position de Londres n’a pas évolué d’un iota. Theresa May va donc s’exprimer, ce soir, pour quémander l’assouplissement d’un cadre de négociation que les Vingt-Sept ont voulu immuable. Et rien ne laisse attendre le tournant que les Britanniques disent espérer depuis l’échec du dernier round de négociations.

• L'essentiel des discussions sur le Brexit pendant ce sommet aura lieu vendredi, sans le Royaume-Uni.

Oublier le Brexit

Tout se passe d’ailleurs comme si le sujet, au fond, était périphérique. Au sommet, le Français Emmanuel Macron entend ouvrir un nouveau front sur les accords commerciaux – il a lui aussi annoncé son intention de prendre la parole au dîner, pour exprimer ses réticences sur la cadence soutenue imprimée à la négociation d’accords commerciaux. Les "leaders" vont aussi parler défense, crises internationales, Catalogne (lire ci-dessous)… Mais surtout, ils doivent répondre à l’ambitieux programme que vient de leur proposer le président du Conseil européen, Donald Tusk, pour tourner la page du Brexit. Un programme de treize sommets européens sur deux ans pour relancer l’Union.

"Je vais proposer des débats pour couper le nœud gordien sur les questions les plus sensibles."
Donald Tusk
Président du Conseil européen

Dans une lettre, il leur propose de s’accorder sur un "Agenda des leaders" pour "couper le nœud gordien" qui empêche les avancées sur des sujets sensibles comme la migration ou la réforme de la zone euro. L’idée: mettre cartes sur table. Sortir les dossiers des méandres institutionnels dans lesquels les dirigeants ont l’habitude de les laisser mariner pour enfin prendre des décisions.

"Il est grand temps de prendre les choses entre nos mains" et de dépasser "les conflits d’intérêts et d’opinions" entre dirigeants, a écrit Donald Tusk dans un texte d’un volontarisme inhabituel. Il entend établir des documents – "Decision Notes" – mettant à plat les divergences sur un dossier donné. Si une première discussion entre dirigeants ne permet pas de surmonter ces différends, "nous devrons décider s’il convient ou non de faire une autre tentative, ou si la seule manière d’avancer est une coopération renforcée entre les pays volontaires".

La méthode ouvre donc un boulevard pour approfondir "l’Europe à plusieurs vitesses", que les pays d’Europe centrale voient d’un mauvais œil. Il prend le risque de fragiliser "l’unité" du bloc au nom de son indispensable réforme. Surtout, il planifie le moyen terme: c’est déjà une petite révolution pour des leaders habitués ces dix dernières années à parer au plus pressé.

Le sommet déplacé en raison de fumées toxiques

Le sommet européen a été déplacé en raison d’un nouvel "incident" sanitaire. Un dégagement de fumée dans une des cuisines du bâtiment Europa a entraîné son évacuation mercredi. Vingt-cinq personnes présentes sur les lieux ont été transférées vers les hôpitaux pour évaluation, précise-t-on chez les pompiers de Bruxelles (Siamu). "Les causes sont toujours plus ou moins inconnues. On a identifié qu’il n’y a pas de risque bactériologique, et des tests, confiés à la protection civile et à un laboratoire militaire, sont toujours en cours", indique-t-on. Le Conseil parle d’un "incident technique intervenu dans les cuisines" du bâtiment et qui a "affecté la ventilation", sans plus de précision.

Le sommet de ces jeudi et vendredi a été déplacé par "précaution" dans le Juste Lipse, le bâtiment attenant qui accueillait les réunions des chefs d’États avant l’inauguration de "l’Europa".

Un autre incident de ce type avait déjà eu lieu vendredi dernier dans le même bâtiment, qui est le siège du Conseil européen depuis le début de l’année.

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