Dominic Raab devient le nouveau ministre du Brexit

Dominic Raab a été nommé ministre du Brexit, à la suite de la démission de David Davis. ©AFP

Le ministre britannique en charge du Brexit David Davis a démissionné de son poste. Camouflet pour la Première ministre May, deux jours après qu'elle a obtenu l'accord du gouvernement pour proposer le maintien d'une relation commerciale post-Brexit étroite avec l'UE. Son successeur, Dominic Raab, est également un défenseur du Brexit.

Le ministre britannique chargé du Brexit, David Davis, a démissionné du gouvernement dimanche soir en expliquant qu'il ne voulait pas être "un conscrit réticent" au plan de sortie de l'Union européenne voulu par la Première ministre Theresa May.

Eurosceptique convaincu

Le remplaçant de David Davis a été nommé dans la matinée. Il s'agit de Dominic Raab, membre eurosceptique du parti conservateur favorable à un Brexit dur.

 Pour la Commission européenne, ce nouvel événement ne constitue pas un problème pour la poursuite des négociations. "Nous continuerons à négocier de bonne volonté avec la première ministre May et les négociateurs britanniques", a assuré le porte-parole en chef de l'exécutif européen Margaritis Schinas. "C'est très important pour les Britanniques car il s'agit de la personne qui sera l'homologue de notre négociateur en chef (...) L'expérience montre que l'engagement à un niveau politique facilite la procédure de négociation mais je ne suis pas là pour indiquer des préférences."

Qui est Dominic Raab?

Dominic Raab était actuellement ministre du logement avant d'être nommé ce lundi ministre du Brexit, succédant ainsi à David Davis. Il avait auparavant occupé la fonction de secrétaire d'Etat à la Justice au sein du gouvernement May. Agé de 44 ans, il est présenté comme l'un des représentants de la jeune génération du Parti conservateur et comme un fervent défenseur d'un Brexit dur.

Qualifié d'ambitieux, il est entré au Parlement britannique en 2010. Avant son entrée en politique, il avait commencé sa carrière en tant qu'avocat d'affaires, après des études de droit à Oxford et Cambridge. Il a par la suite  travaillé à Bruxelles en tant que conseiller sur le droit de l'UE et de l'OMC. Le responsable politique a rejoint des campagnes nationales pour la liberté d'entreprise, la liberté et les droits de l'homme. Ironie de l'histoire, il avait déjà croisé la route d'un certain... David Davis, dont il a été le directeur de cabinet. Ce dernier l'avait défini en 2014 comme "coriace et lucide" et comme quelqu'un qui n'est "pas le genre de personne que vous pouvez intimider"

→ David Davis, qui a fait campagne pour quitter l'Union européenne lors du référendum de juin 2016 sur le Brexit, était l'un des trois principaux ministres pro-Brexit entrés au gouvernement de Theresa May quelques mois plus tard.

Sa démission a été saluée par les pro-Brexit du Parti conservateur de Theresa May, qui ont le sentiment que le souhait de la Première ministre de pouvoir entretenir des relations commerciales aussi étroites que possible avec l'UE après le Brexit trahit leur désir d'une rupture nette avec les autres États membres.

Un autre membre du gouvernement travaillant directement sur le Brexit, le sous-secrétaire d'Etat Steve Baker a également démissionné. Le nom de la sous-secrétaire Suella Braverman avait également circulé avant que le gouvernement rapporte que celle-ci n'avait pas démissionné.

David Davis a présenté sa démission face à des divergences sur l'après-Brexit. ©Photo News

L'ancien ministre du Brexit a écarté l'idée de briguer la direction du Parti conservateur. Il pense que Theresa May pourrait survivre a cette démission, en expliquant qu'elle était un bon chef de gouvernement mais que lui n'était pas en mesure de défendre la stratégie de la Première ministre sur le Brexit.

Le gouvernement conservateur de Theresa May est plongé dans la crise ce lundi, affaiblissant la Première ministre britannique dans les négociations sur la sortie de l'UE. Symptôme de cette crise, l'invitation par Theresa May des députés du parti travailliste pour leur exposer sa proposition sur le Brexit. Un moyen d'obtenir une victoire au Parlement sur ce texte alors que la fronde se poursuit au sein du parti conservateur?

L'intérêt national exige un ministre du Brexit qui croie fermement en votre approche, et pas seulement un conscrit réticent.
David Davis
dans sa lattre à Theresa May

Que se passe-t-il?

A neuf mois du Brexit, prévu le 29 mars 2019, Theresa May subit des pressions intenses de la part de l'Union européenne et de nombreuses entreprises pour qu'elle clarifie sa position dans les négociations. Elle pensait l'avoir fait lors de la réunion qui s'est tenue vendredi à sa résidence de campagne de Chequers, à 60 km de Londres.

La Première ministre avait même donné l'impression qu'elle avait réussi à convaincre tous les ministres de se rallier à son projet de "zone de libre-échange des biens" avec l'UE.

Dans sa lettre de démission, David Davis, 69 ans, rappelle avoir été en désaccord "un nombre important de fois" avec les décisions prises par le gouvernement sur la voie du Brexit.

Surnommés "les trois Brexiters", David Davis, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et le ministre du commerce Liam Fox, étaient considérés comme des voix importantes, représentant ceux qui soutenaient le Brexit au sein d'un cabinet composé de ministres nombreux à avoir fait campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE. Jusqu'à la veille de la réunion de Chequers, David Davis avait exprimé son malaise sur le compromis présenté vendredi par Theresa May. Dans une lettre à la chef du gouvernement, il avait décrit sa proposition de libre-échange et son souhait de donner au Royaume-uni plus de liberté pour fixer les droits de douane comme étant "infaisable".

D'autres députés favorables au Brexit ont critiqué "l'accord de paix de Checkers", affirmant que le plan de Theresa May n'avait de Brexit que le nom et qu'il constituait une trahison de ce qu'ils considéraient comme sa promesse de rupture nette avec l'UE. Leurs récriminations permettent de se demander si Theresa May sera en mesure d'obtenir le soutien du Parlement, dans le cas où un accord serait conclu avec l'UE.

Les entreprises rassurées...mais toujours sur leurs gardes

La Confederation of British Industry (CBI), l'une des principales organisations patronales britanniques, a bien accueilli la nomination de Dominic Raab au poste-clé de ministre du Brexit. Tout en avertissant sur l'urgence de la situation et demandant au gouvernement plus de clarté.

"Il y a un travail difficile devant nous et l'entrepreneuriat est prêt à le (Dominic Raab) soutenir lui et son équipe", a assuré Carolyn Fairbairn, la directrice générale de la CBI. "Les propositions dévoilées la semaine dernière ont donné une véritable confiance aux entreprises empêtrées dans l'incertitude, mais le diable sera dans les détails." La responsable presse l'exécutif d'être clair sur ce que le plan prévoit pour les services et les biens.

Certains suggèrent que plusieurs d'entre eux pourraient essayer de déclencher un mouvement de contestation de son leadership. "Nouvelle fantastique. Bravo David Davis pour avoir eu le courage de démissionner", a déclaré sur Twitter la députée conservatrice pro-Brexit Andrea Jenkyns. "Chapeau bas. Nous devons nous assurer qu'il y ait maintenant un véritablement changement pour le #Brexit."

Jacob Rees-Mogg, le chef d'un groupe pro-Brexit au sein du Parti conservateur, a déclaré que la démission de David Davis prouvait que leurs préoccupations étaient fondées. "C'est d'une importance cruciale car cela montre à quel point les inquiétudes sur les conclusions de Chequers sont fondées." Cependant, ses déclarations ne semblent pas, à première vue, impliquer une volonté de contester le leadership de Theresa May. "Le Parti conservateur n'a pas une grande histoire de changement de leaders", a-t-il souligné dans le cadre de son show sur LBC radio. "C'est la politique qui importe plus que le leader."

Theresa May maintient le cap

Malgré cette démission qui fragilise la stabilité du gouvernement, Theresa May a décidé de maintenir le cap en promettant de s'en tenir à la stratégie adoptée lors de la rencontre de Chequers. James Slack, le porte-parole de Theresa May, a souligné que l'exécutif continuerait à porter le plan de la Première ministre, en dépit des récents événements. "Nous avons fixé notre position et c'est maintenant au tour de l'UE de bouger", a-t-il ajouté. Un parti-pris ferme alors que les risques de fronde à l'encontre de la Première ministre tendent à s'accentuer.

Beaucoup se demandent en effet si la cheffe du gouvernement sera en mesure d'obtenir le soutien du Parlement dans le cas où un accord serait conclu avec l'UE, et si des parlementaires ne seront pas tentés d'organiser une fronde contre sa direction.

En dépit de sa décision, David Davis a assuré sur la BBC ne pas vouloir la chute de Theresa May"Je n'encouragerai personne à faire ça. Je pense que ce serait une mauvaise chose", a-t-il déclaré. Sa démission n'est pas un appel à un effet domino, a-t-il précisé. "La vérité, c'est qu'on ne peut prendre ce type de décision qu'en conscience, par soi-même."

Néanmoins, le dossier Brexit a écorné l'image de Theresa May auprès des citoyens britanniques. C'est du moins ce que révèle un sondage mené par ORB International. Au premier semestre 2017, 55% des sondés approuvait la gestion des négociations sur le Brexit par le gouvernement. Un pourcentage qui a chuté de 29% pour s'établir à seulement 26%. "May a perdu son ministre du Brexit mais elle perd ausi de plus en plus la confiance de ses électeurs", a commenté Johnny Heald, directeur de ORB International.

Si le ministre du Brexit n'a pas pu les soutenir, ils ne pourront pas réellement réaliser le Brexit.
Jacob Rees-Mogg
le chef d'un groupe pro-Brexit au sein du Parti conservateur

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