Duel Johnson-Hunt pour le Number 10

Boris Johnson et Jeremy Hunt ©EPA

L'ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et l'actuel détenteur de ce portefeuille, Jeremy Hunt, ont été choisis par les députés conservateurs britanniques pour briguer la succession de la Première ministre Theresa May, à l'issue d'un cinquième vote jeudi.

Pas de mauvaise surprise pour Boris Johnson, qui a clôturé avec une large avance la série de cinq votes réservés aux députés tory. L’ancien chef de la diplomatie (2016-2018) a récolté 160 voix sur 313 lors du dernier scrutin, plus du double de son rival pour Downing Street, Jeremy Hunt, qui a obtenu 77 voix, et devancé d’un cheveu Michael Gove (75 voix). Sajid Javid avait été éliminé en début d’après-midi. Au-delà d’un nouveau Premier ministre, les 160.000 membres du parti tory vont devoir trancher de façon sous-jacente entre deux versions du Brexit d’ici au 22 juillet, date de clôture du scrutin interne le plus important de l’histoire du parti de droite.

Comme chacun des deux finalistes l’a affirmé ces derniers jours, c’est bien l’existence du parti tory qui est en jeu. Au vu de la panique qui a gagné les rangs conservateurs depuis l’annonce – pourtant souhaitée – de la démission de Theresa May le mois dernier, il est clair que le Brexit sans accord inquiète moins que la montée en puissance du parti du Brexit, prêt à accueillir la majeure partie des eurosceptiques déçus de droite.

Brexit vs Brexit

Le Brexit tel que l’envisage Boris Johnson aura lieu quoi qu’il arrive avant le 31 octobre, date de sortie conclue avec l’Union européenne. Il aura lieu même sans accord, a promis l’ancien co-leader de la campagne du Leave.

"BoJo" reste l’écrasant favori mais une surprise reste possible. Margaret Thatcher n’était pas favorite en 1975, ni John Major en 1990, ni David Cameron en 2005.

S’il est exécuté, le Brexit de Johnson sera coloré, avec la sortie de l’Union douanière et du Marché unique et la signature d’accords commerciaux majeurs, en premier lieu avec les Etats-Unis. Point fort de Johnson, selon les conservateurs : sa faculté à parler d’égal à égal avec le "vrai" populiste du parti du Brexit, Nigel Farage. Nul ne sait si la sobriété de Boris Johnson au cours de ces deux premières semaines de campagne était une façon pour lui de se préparer au vrai duel du mois à venir, ou s’il a ainsi essayé de s’offrir une crédibilité de Premier ministre.

La version souhaitée par Jeremy Hunt se veut plus prudente. L’ancien remainer assume aujourd’hui officiellement l’idée d’un Brexit, et se dit même prêt à aller jusqu’au Brexit sans accord. Mais il insiste sur le fait qu’il ne se résoudra à cet épilogue extrême que si aucune autre solution n’est trouvée et que le risque de voir le parti du Brexit remporter des élections générales anticipées ne diminue pas.

Boris Johnson ©REUTERS

L’actuel ministre des Affaires étrangères va chercher un équilibre très complexe entre une vision volontariste du Brexit, une logique de compromis pour pouvoir gouverner avec une majorité très rétrécie et qui devra nécessairement s’ouvrir vers le centre pour pouvoir survivre, et enfin une capacité à poser les problématiques avec précision, transparence et lucidité, comme a su le faire le jeune candidat remainer Rory Stewart pendant les deux débats. Le but étant de discréditer Boris Johnson, qui n’a jamais brillé par sa rigueur.

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Bien que "BoJo" reste l’écrasant favori, une surprise reste possible, ne serait-ce que parce que le vainqueur de l’élection tory n’a jamais été celui qui était attendu lors des scrutins historiques. Margaret Thatcher n’était pas favorite en 1975, ni John Major en 1990, ni David Cameron en 2005.

Une victoire de Jeremy Hunt ne devrait toutefois pas donner plus de chances de déblocage à ce processus du Brexit, sa vision globale n’étant pas fondamentalement différente de celle défendue par Theresa May depuis trois ans. Trois ans durant lesquels Jeremy Hunt a accepté de rester au gouvernement, malgré les nombreuses tempêtes.

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