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Theresa May s’affranchit des Brexiters durs

Theresa May ©Photo News

La Première ministre a demandé à l’UE une extension courte de l’article 50, jusqu’au 22 mai, sans participation aux prochaines élections européennes. Elle a également annoncé l’ouverture de négociations avec le leader de l’opposition Jeremy Corbyn.

Theresa May a donc franchi le Rubicon. Pour la Première ministre, un Brexit soft avec l’opposition travailliste vaudra mieux qu’un Brexit sans accord avec son propre parti. C’est ce qu’elle a signifié en substance mardi soir au terme d’une réunion de sept heures avec ses ministres. "Je propose de discuter avec le chef de l’opposition afin de tenter de nous entendre sur un plan auquel nous nous tiendrons pour faire en sorte que nous quittions l’Union européenne avec un accord."

Theresa May demande une extension courte de l’article 50 à l’Union européenne, jusqu’au 22 mai, sans participation du Royaume-Uni aux élections européennes, afin de "se focaliser sur la future relation avec l’UE".

Theresa May demande une extension courte de l’article 50 à l’Union européenne, jusqu’au 22 mai, sans participation du Royaume-Uni aux élections européennes, afin de "se focaliser sur la future relation avec l’UE".

Concrètement, la Première ministre, dont l’accord sur le Brexit a été rejeté trois fois, propose au parti travailliste d’accepter son accord en échange de perspectives de relations commerciales proches de celles qui résulteraient d’un maintien de l’Union douanière, souhaité par l’essentiel de l’opposition. Le parti travailliste souhaite en effet que le Royaume-Uni puisse continuer d’avoir son mot à dire sur les futurs accords commerciaux de l’UE, même en dehors de l’Union douanière.

May compte ainsi construire une passerelle entre les conservateurs et travaillistes partisans d’un Brexit soft, quitte à provoquer une rupture historique au cœur du parti tory. Marginaliser les Brexiters durs et le DUP nord-irlandais est désormais une stratégie assumée.

Un risque réel

La cheffe du parti tory tourne le dos à la majorité de ses députés. 170 d’entre eux (sur 313 sièges élus aux Communes) viennent en effet de signer une lettre l’appelant à privilégier un Brexit sans accord plutôt qu’une longue extension de l’article 50, obligeant le Royaume-Uni à participer aux élections européennes.

Le risque pris par Theresa May est réel, puisque même si Jeremy Corbyn s’est dit "très heureux" de pouvoir ouvrir ces discussions formelles, rien ne garantit que le Labour acceptera de s’engager sur ces questions relatives aux futures relations commerciales, qui ne pourront pas être négociées avec l’Union européenne avant que le Brexit soit effectif.

May a d’ores et déjà annoncé que le Parlement pourrait rapidement voter sur cette future relation commerciale, si les négociations avec Corbyn devaient échouer.

"Les leaders qui décident de rejoindre l’opposition plutôt que leur propre parti cessent d’être suivis par leur propre parti."
Jacob Rees-Mogg
Leader du mouvement ERG

Reprendre le fil des discussions avec le parti tory sera très complexe en cas d’échec de cette stratégie d’alliance de circonstance avec l’opposition. Le leader du mouvement eurosceptique ERG, Jacob Rees-Mogg, a estimé que cette approche manquait de "légitimité démocratique". "Les citoyens n’ont pas voté pour un gouvernement de coalition Corbyn-May, mais pour un gouvernement conservateur, avec la confiance et les voix du DUP." Avant d’ajouter qu’en général, "les leaders qui décident de rejoindre l’opposition plutôt que leur propre parti cessent d’être suivis par leur propre parti".

La demande de courte extension permet toutefois de ne pas humilier la majorité des ministres qui se sont prononcés contre une longue extension de l’article 50, et de rassurer une partie des Brexiters qui ne souhaitent pas voir le parti tory participer aux prochaines élections européennes.

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Reste à savoir si l’UE sera prête à accorder cette extension, après avoir fixé très clairement ses conditions lors du dernier sommet européen. Une extension jusqu’au 22 mai était bien possible, mais uniquement avec la conclusion de l’accord conclu le 25 novembre.

L’UE a fait monter la pression ces dernières heures. Le négociateur du Parlement Guy Verhofstadt a indiqué que le Brexit était en train de devenir "presque inévitable", avec le risque de voir le Royaume-Uni "plonger dans un abîme".

Le président français Emmanuel Macron a rappelé que "le triple rejet de l’accord de retrait à la chambre des Communes et le rejet de toutes les options alternatives nous met désormais sur le chemin d’une sortie britannique sans accord. Comme le Conseil européen l’a décidé en mars, le Royaume-Uni doit présenter un plan alternatif crédible, soutenu par une majorité, avant le 10 avril, pour éviter cela."

Le président du Conseil européen Donald Tusk a également réagi après le discours de May, en appelant à la patience.

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