analyse

Face à "BoJo", l'Europe ne change rien à sa stratégie

©EPA

L’UE devrait conserver sa fermeté et son unité face à Boris Johnson. Elle ne renégociera pas le Brexit, tout en étant ouverte à une prolongation de la date de sortie du Royaume-Uni.

L’Union européenne ne devrait pas céder d’un iota sur sa stratégie après l’arrivée du chantre du Brexit, Boris Johnson, au 10, Downing Street. "Nous sommes préparés à tous les scénarios possibles. C’est au Royaume-Uni à nous dire ce qu’il veut, glisse Mina Andreeva, la nouvelle porte-parole de la Commission européenne. "Nous, on est prêt à tout."

Pour gagner les voix des hard Brexiters et remporter le poste de Premier ministre, Boris Johnson a promis un Brexit le 31 octobre, qu’il soit dur ou négocié. Durant les jours à venir, il va tenter de forcer les Européens à revoir les termes de l’accord de retrait négocié par Theresa May.

L’Union européenne a félicité mardi Boris Johnson après son élection, tout en précisant qu’elle ne renégocierait pas le Brexit.

"Nous sommes préparés à tous les scénarios possibles, c’est au Royaume-Uni à nous dire ce qu’il veut."
mina andreeva
porte-parole de la commission européenne

"L’Union européenne ne reviendra pas sur l’accord de retrait, dit Eric Meurice, responsable de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles. "Boris Johnson est-il dans la fanfaronnade ou est-il sérieux? On assiste de plus en plus à une trumpisation de sa communication. Il joue la stratégie du fou visant à tout bousculer pour tenter d’obtenir un résultat", poursuit-il. Dans un tel contexte, le défi pour l’Union européenne est de rester unie.

Il n’y a aucune faille à attendre du chef négociateur Michel Barnier. "Nous avons hâte de travailler de façon constructive avec le Premier ministre Boris Johnson, une fois à son poste, pour faciliter la ratification de l’accord de retrait et permettre un Brexit ordonné", a dit Michel Barnier juste après l’annonce de la victoire de Boris Johnson. Autant dire que rien ne change. Par contre, la division peut survenir au sein du Conseil européen, même si, jusqu’ici, l’unité fut maintenue dans les rangs des Vingt-sept.

Prochain rendez-vous clé, le sommet du 17 octobre

Le 31 octobre, c’est dans trois mois. La pression imposée par un Boris Johnson agitant le no deal devrait monter en puissance dans les semaines à venir. Le rendez-vous clé, où l’Union pourra éventuellement lui répliquer, sera le sommet européen des 17 et 18 octobre au cours duquel les chefs d’État et de gouvernement évalueront la situation, à une dizaine de jours du Brexit.

Dossier Brexit

Comment s'y retrouver dans l'imbroglio du Brexit? Toutes les infos et analyses dans notre dossier spécial >

C’est à cette date que le Royaume-Uni pourrait infléchir sa position et demander un nouveau report du Brexit. La présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, entrera en fonction le 1er novembre. Lors de son élection au Parlement, elle a laissé la porte ouverte à une nouvelle prolongation du Brexit "pour autant qu’il y ait une bonne raison".

Cette "bonne raison" pourrait être la programmation de nouvelles élections au Royaume-Uni. Boris Johnson a beau agiter la menace d’un no deal à toutes les sauces, il hérite d’une situation politique interne chaotique, marquée par les divisions et l’affaiblissement des forces politiques traditionnelles en raison de la crise autour du Brexit. Pris à son propre piège, "BoJo" pourrait être forcé de convoquer l’électeur pour consolider son assise.

S’il n’infléchit pas sa position, il pourrait être rappelé à l’ordre par la réalité économique. Le Royaume-Uni court les risques d’une "sévère récession dans les six prochains mois" en raison du Brexit, affirme une étude du National Institute of Economic and Social Research (NIESR) diffusée lundi.

Rien ne dit, en tout cas, que le nouveau Premier ministre poussera ses menaces jusqu’au bout et dirigera le Royaume-Uni, les yeux fermés, vers un Brexit non négocié aux conséquences économiques dramatiques.

Pour Goldman Sachs, l’arrivée de Boris Johnson fait monter les perspectives d’un Brexit dur à 20% seulement contre 15% avant. Les chances d’un no Brexit descendent de 45% à 40% et la possibilité d’un Brexit négocié reste à 40%.

Libéraux et verts perdants en cas de Brexit

Un Brexit dur le 31 octobre, comme le veut le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson, entraînerait le départ des 73 élus Britanniques du Parlement européen. L’hémicycle serait réduit de 751 députés à 705, conformément à un accord conclu l’an dernier. Vingt-sept des 73 sièges du Royaume-Uni seraient remplacés en augmentant le quota de treize pays. La France, par exemple, bénéficiant de cinq élus supplémentaires. Pour la Belgique, ce serait le statu quo.

Les groupes politiques comptant le plus grand nombre d’élus britanniques seraient perdants, sans que les nouveaux arrivants ne compensent l’hémorragie. Renew Europe, le groupe libéral conduit par Emmanuel Macron, perdrait une dizaine d’élus. Les Verts et les socialistes en perdraient six chacun et la gauche radicale un seul. Le PPE gagnerait cinq députés. L’extrême droite, menée par Marine Le Pen et Matteo Salvini, compterait trois élus de plus, ce qui lui permettrait de devenir le quatrième groupe du Parlement, à la place des Verts. La tripartite (PPE, S&D et RE) ne sera pas morte, mais affaiblie par le départ de libéraux.

Qu’adviendra-t-il de la Commission européenne? L’élection de la présidente élue, Ursula von der Leyen, ne sera pas remise en question, même s’il pourrait être plus difficile de réunir une majorité sur certains dossiers. "De la à être affaiblie, non, je ne crois pas. Nous ne sommes pas dans une logique de relations classiques entre Parlement et gouvernement national, la Commission ne met pas sa responsabilité en jeu comme dans un État", dit Eric Maurice, responsable à Bruxelles de la Fondation Robert Schuman.

 

Lire également

Publicité
Publicité