Face au coup de poker de Londres, les Européens temporisent

Le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic. ©REUTERS

Tout en s’indignant de voir le gouvernement britannique assumer qu'il ne respectera pas sa propre signature, les Européens convoquent une réunion extraordinaire pour obtenir des clarifications.

Tout se passe comme si le centre de gravité des négociations entre Européens et Britanniques venait de changer d’adresse. Certes, à Londres, la huitième session de négociation sur la relation future se poursuivait mercredi, et les négociateurs en chef Michel Barnier et David Frost devraient se rencontrer jeudi pour en dresser le bilan. Mais depuis la publication de l’Internal Market Bill par le gouvernement de Boris Johnson, la question existentielle n’est plus de savoir quelles règles de concurrence s’appliqueront une fois la période de transition terminée, mais bien: le socle sur lequel cette négociation s'appuie est-il en passe d’être brisé? Et aller chercher la réponse sort du champ d'action de Michel Barnier.

Réunion extraordinaire

Les uns après les autres, les décideurs européens ont répété mercredi une position sans équivoque face à ce texte de loi qui se prétend supérieur dans la hiérarchie des normes au traité passé avec les Européens: l’Accord de retrait doit être appliqué à la lettre. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, s’est dite "très préoccupée" par l'intention britannique, avant que ses services analysent le texte en détails. C'est là que Maros Sefcovic entre en scène.

Ce vice-président de la Commission, en charge des Relations interinstitutionnelles, a appelé la convocation d’une session extraordinaire du Comité joint chargé de mettre en œuvre l’Accord de retrait. Ceci pour que "la partie britannique puisse élaborer sa position".

"Même si on a un accord avec la signature britannique en dessous, qu’est-ce qui nous dit que Londres va le respecter ?"
Philippe Lamberts
Eurodéputé (Ecolo)

L’instance a été prévue pour mettre en musique l'accord, avec notamment la délicate mission de préciser les modalités d’échanges commerciaux fluides entre la province britannique d’Irlande du Nord et l’Union européenne. La réunion, présidée par Sefcovic et son homologue Michael Gove, chancelier du duché de Lancastre, pourrait se tenir la semaine prochaine. Pour parler de quoi au juste?

Pour l’eurodéputé Philippe Lamberts (Ecolo), le simple seul fait que Londres ait menacé de ne pas respecter l’accord pourrait suffire à clore la discussion – "Même si on a un accord avec la signature britannique en dessous, qu’est-ce qui nous dit que Londres va le respecter?"

Mais le Belge, membre du comité de pilotage du Parlement européen sur le Brexit, observe que la Commission joue la prudence. "Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d'être soft: il n'est pas question de dire qu'on fait la moindre concession en échange du respect de l'Accord de retrait", ajoute-t-il.

La pression britannique peut-elle amener les Européens à mettre de l’eau dans leur vin? Pour l'heure, ils tiennent la note.

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