Futur incertain pour l'Irlande post-Brexit

Bertie Ahern, Tony Blair et Bill Clinton ont pris part ce mardi au 20e anniversaire de l'Accord du vendredi Saint, qui a signé la fin de la guerre civile en Irlande du Nord. ©REUTERS

Alors que les tractations se poursuivent entre la Grande-Bretagne et l'Union Européenne sur la transition du Brexit, le dossier irlandais fait toujours l'objet de négociations.

Le dossier irlandais est l'un des sujets épineux débattu dans le cadre des négociations sur le Brexit. L'Union Européenne et le Royaume-Uni poursuivent leurs discussions pour trouver un accord respectant à la fois les accords de paix irlandais et l'intégrité du Marché unique européen et de l'Union douanière.

Quel futur pour le Marché unique?

"Ce qui crée le problème en Irlande, c'est la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE, mais aussi de quitter ce qu'il n'est pas obligatoire de quitter, c'est-à-dire le marché unique et l'Union douanière", a expliqué le négociateur de l'UE, Michel Barnier, dans un entretien accordé au Soir. L'Irlande du Nord craint en effet que le Brexit ait des conséquences néfastes sur sa prospérité économique.

44%
Proportion de la population nord-irlandais à avoir voté pour le Brexit
44% des votants nord-irlandais s'étaient exprimés en faveur du Brexit lors du référendum de 2016

Les négociations sont encore en cours. L'Irlande a proposé au Royaume-Uni de trouver un accord pour une option dite "backstop" qui placerait l'Irlande du Nord à l'intérieur de l'espace économique européen sans rétablir de frontières. Theresa May, Premier ministre britannique, est d'accord sur le principe mais n'accepte pas la version élaborée par l'Union Européenne. Elle ne consentirait à cette option que si aucune autre solution n'est trouvée.

Michel Barnier a cependant laissé la porte ouverte à l'éventuel maintien du Royaume-Uni dans le Marché unique. "A ce sujet-là, il faut rappeler un point important: si les Britanniques souhaitent modifier leurs lignes rouges, nous modifierons les nôtres en conséquence", a-t-il précisé au journal Le Soir.

"Nous avons proposé une solution spécifique pour une situation unique qui, exceptionnellement, intègre l'Irlande du Nord dans notre Union douanière"
Michel Barnier
Négociateur européen

"Ils sortent de l'UE le 30 mars prochain. Mais ils ne sortent pas du Marché unique ni de l'Union douanière avant le 31 décembre 2020", a-t-il ajouté. Le Royaume-Uni a donc jusqu'à fin 2020 pour faire volte-face et envisager de rester dans le Marché unique.

En ce qui concerne l'Irlande, une autre proposition a été suggérée. "Nous avons proposé une solution spécifique pour une situation unique qui, exceptionnellement, intègre l'Irlande du Nord dans notre Union douanière", a affirmé Michel Barnier.

La paix en Irlande fragilisée

"Une catastrophe". C'est ainsi que le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, a résumé la situation de l'Irlande en cas d'échec des accords entre l'UE et la Grande-Bretagne.

Interrogé par le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le responsable politique a expliqué que "le pire résultat pour l'Accord du Vendredi Saint résiderait dans l'absence de solution entre l'UE et le Royaume-Uni, ce qui serait une catastrophe pour la situation en Irlande".

L'Accord du Vendredi Saint, ratifié le 10 avril 1998, avait marqué la paix entre républicains catholiques et unionistes protestants. Une guerre civile d'une trentaine d'années avait opposé les deux camps avec un bilan s'élevant à 35.000 victimes.

Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, s'est exprimé à l'occasion du 20e anniversaire des accords ce mardi. "Le meilleur moyen d'honorer l'Accord du Vendredi Saint, signé il y a 20 ans aujourd'hui, est de continuer dans le même esprit de compromis, de tolérance et d'espoir".

Forte hausse des demandes de passeports

Le gouvernement irlandais a annoncé que 779.000 passeports avaient été demandés en 2017. Un moyen pour les habitants du Royaume-Uni de préserver leurs droits au sein de l'UE.

Dans un communiqué, le ministère des Affaires Etrangères irlandais affirme qu'"il s'agit du nombre le plus élevé de passeports irlandais jamais délivré en un an. Il représente une augmentation de plus de 6 % par rapport à 2016, et une augmentation de plus de 15 % depuis 2015". 20% des demandes de passeports provenaient d'Irlande du Nord ou de Grande-Bretagne.


Seulement, le spectre du Brexit fait planer une menace sur ce processus de paix.

L'un des points les plus litigieux réside dans la réinstauration éventuelle d'une frontière physique entre les deux Irlande. Ce que l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a qualifié de "désastre pour l'accord de paix, les relations anglo-irlandaises et le peuple nord irlandais". Il plaide en effet pour l'absence de frontière.

Or la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne et du Marché unique risquerait de réintroduire une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande et engendrerait un retour des contrôles aux frontières.

Les autorités irlandaises entendent défendre l'absence de frontière. Phil Hogan, représentant de l'Irlande à la Commission Européenne, a rappelé que l'Union Européenne était déterminé à empêcher une frontière dure en Irlande.

Dans l'entretien accordé au Soir, Michel Barnier a assuré que l'éventuelle inclusion, à titre exceptionnel, de l'Irlande du Nord dans le Marché unique ne créerait pas de frontière entre l'Irlande du Nord et le Royaume-Uni. "Cela conduit à certains contrôles, comme il existe déjà entre l'Ulster et le reste du Royaume".


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