Gina Miller, la voix des "anti-Brexit"

©AFP

Après avoir saisi la justice et poussé le gouvernement britannique à passer par le Parlement avant de déclencher le processus du Brexit, Gina Miller poursuit son parcours politique, au point d’être pressentie pour devenir leader du LibDem, le parti libéral démocrate.

Les semaines qui ont suivi le référendum sur le Brexit, à l’été 2016, ont vu un grand nombre de politiques fuir leurs responsabilités. L’histoire retiendra la pleutrerie de David Cameron, George Osborne, Michael Gove ou Boris Johnson. Du côté des Brexiters modérés, une femme a accepté de relever le gant en acceptant d’aller sur le champ miné de Downing Street: Theresa May. Du côté des "remainers", c’est une autre femme, inconnue à l’époque, qui s’est jetée à l’eau. Gina Miller, tout juste quinquagénaire, a alors saisi la Cour de justice pour forcer le gouvernement à passer par le Parlement pour invoquer l’article 50 du traité de Lisbonne, ouvrant la voie à la sortie de l’Union européenne. La Cour de justice lui a donné raison le 3 novembre 2016.

Menaces de mort

Dans son livre 'Rise: Life Lessons in Speaking Out', Gina Miller présente tous les traits d'une femme politique ambitieuse. ©AFP

L’exercice était moins périlleux que celui de la Première ministre, mais il lui a valu une longue campagne de harcèlement et de menaces de mort. Surtout, il l’a lancée sur une voix à sens unique: aller jusqu’au bout du combat contre le Brexit, quitte à être la seule, en fin de compte, à porter l’étendard d’un "Royaume-Uni européen".

Femme brillante, métisse, survivante des milieux très masculins de la finance, sans étiquette politique tranchée d’un côté ou de l’autre du bipartisme britannique, Gina Miller a le profil idéal pour porter la voix des europhiles, de ces 48,11% d’électeurs qui ont voté pour le maintien dans l’Union européenne, le 23 juin 2016. Les parlementaires conservateurs et les travaillistes restent divisés sur la question, souvent parce qu’ils ont avant tout en tête de protéger leur siège électoral.

"Je ne me vois pas dans un parti politique, où la liberté de parole est trop contrôlée. Je préfère le principe d’un mouvement, qui me semble plus efficace pour porter des idées."
Gina Miller

Ce n’est pas un hasard si le parti libéral-démocrate rêve d’en faire son nouveau leader. Interrogée à ce sujet, elle affirme rejeter cette éventualité, même si elle doit bientôt prononcer un discours lors du congrès annuel du parti. "Je ne me vois pas dans un parti politique, où la liberté de parole est trop contrôlée. Je préfère le principe d’un mouvement, qui me semble plus efficace pour porter des idées."

Activiste

La sortie de son livre, "Rise, Life lessons in speaking out, standing tall & leading the way", dit pourtant tout de ses intentions. On y retrouve tous les codes langagiers et marketing de la personnalité politique naissante et aux dents longues. D’Europe et de politique il est peu question. On devine qu’un programme suivra, en temps voulu, au LibDem ou ailleurs. Ginna Miller est encore dans cette zone grise où elle est un peu plus qu’une activiste et pas tout à fait encore une personnalité politique.

"J’ai pensé qu’il y avait la possibilité, avec mon expérience, mes succès mais aussi mes échecs personnels, pour apporter quelque chose de plus pour les gens, dans un pays où je sens beaucoup d’angoisses et de colère, affirme-t-elle. Ce n’est pas le pays dans lequel je veux que mes enfants grandissent, et je vais me battre pour que cela change. Je n’abandonnerai pas."

Pour l’heure, Gina Miller interpelle chaque jour ou presque Theresa May. Hier matin, elle l’attaquait sur le refus de la première ministre d’organiser un second référendum. "Madame May est donc la seule à pouvoir changer d’avis, personne d’autre n’en a le droit", ironisait-elle.

"Ce n’est pas le pays dans lequel je veux que mes enfants grandissent."
Gina Miller

Dans moins de deux mois, plus personne n’entendra parler de Gina Miller si un accord est trouvé sur le Brexit. Dans le cas contraire, si la petite musique du référendum continue de monter, elle sera assurément la vraie porte-parole des remainers.

Gina Miller, au centre, s'est rendue à la Cour suprême pour exiger que le gouvernement soumette son projet de Brexit à l'accord du Parlement. ©EPA

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content