interview

"Il faut négocier au plus vite la relation future entre le Royaume-Uni et l'UE"

©Kristof Vadino

Pour Robin Walker, ministre britannique au Brexit, le défi est de remettre à zéro la relation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, alors que les Britanniques veulent rester un partenaire proche de l’UE. Pour lui, le Brexit n’est pas une décision de tourner le dos à l’Europe ou à la Belgique.

Robin Walker est de ces politiciens britanniques de haut vol que le départ du Royaume-Uni fera regretter aux Européens. Moulé à Oxford, rompu aux finances après un parcours initiatique à la City, ce ministre du gouvernement de Theresa May est chargé de négocier la relation future avec l’Union européenne. Opposé au Brexit avant le référendum de 2016, il s’est rallié à son résultat. Sa mission, il la remplit avec toute l’assertivité que la diplomatie britannique, l’une des plus redoutables au monde, peut déployer.

Robin Walker était ce jeudi à Bruxelles pour préparer le terrain aux négociations d’un accord de libre-échange, alors que les conditions du divorce ne sont mêmes pas fixées, et rencontrer les milieux des affaires belges. Il a accordé à L’Echo un entretien exclusif.

Le Brexit est, à ses yeux, irréversible. "Cette décision est le résultat d’un débat de trente ans, elle n’est pas arrivée en une nuit. Le projet européen a été vendu aux Britanniques comme étant économique, alors que pour d’autres pays, il est d’abord politique, explique-t-il. Le résultat du référendum traduit une volonté de changer cela. Le défi est de remettre à zéro notre relation, le Royaume-Uni étant en dehors de l’UE, tout en devenant un partenaire proche."

Robin Walker ©Kristof Vadino

Le Brexit, porté en 2016 par une vague de populisme, est plus facile à vendre qu’à réaliser. Défaire quarante ans d’imbrication de législations européennes dans la "common law" relève du cauchemar pour juriste. "Au contraire, c’est une occasion, rétorque Robin Walker, optimiste. Contrairement à tout autre accord de libre-échange négocié entre des juridictions différentes dans le monde, nous partons avec une base légale commune pour notre future relation. La seule chose que nous devrons gérer, ce sont nos différences futures."

La relation future prendra la forme d’un accord de libre-échange taillé sur mesure. "Il y a beaucoup d’accords différents, avec le Canada, le Japon ou la Corée du Sud. Mais nous voulons aller plus loin avec l’UE, beaucoup plus loin, dit-il. Nous voulons aussi un partenariat approfondi dans d’autres domaines, comme la coopération militaire. Pas moins de 52% des gens ont voté pour quitter l’UE, mais 48% ont voulu rester. L’accord devra refléter cette sensibilité."

Pas question de créer des barrières. "Il est extrêmement important pour nous de maintenir un haut niveau d’activité avec les pays voisins comme la Belgique et la France." Pieuse intention pour un État qui, en même temps, s’apprête à dissoudre une union douanière tissée avec les mêmes voisins.

L’accord de libre-échange et l’écueil du "made in Britain"

Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE, a prévenu que la négociation de l’accord de libre-échange n’ira pas de soi. Un énorme écueil se profile pour le Royaume-Uni: les règles d’origine. Les Britanniques devront prouver que les biens qu’ils exporteront en Europe seront fabriqués chez eux. Pas question que l’île devienne un hub pour l’exportation de produits de pays tiers sur le continent.

Le secteur automobile est un exemple parfait: les voitures britanniques sont composées à 44% de pièces locales, les autres provenant des quatre coins du monde. Or, la moyenne des règles d’origine de l’UE exige que 55% des pièces soient locales. Les exportations de véhicules britanniques en Europe sont en balance. Des entreprises japonaises menacent déjà de s’en aller.

Robin Walker ©Kristof Vadino

Le jour où il quittera l’UE, le Royaume-Uni sortira, en théorie, de 750 accords internationaux. La Première ministre Theresa May voudrait que son pays conserve les avantages négociés par l’UE avec les pays tiers, comme le Japon ou la Corée. C’est cette manière de partir, sans partir, qui ne sera pas facile à concrétiser.

"Je pense qu’il y a un énorme bénéfice à maintenir la continuité des accords de libre-échange qui ont été conclus par l’UE avec les pays tiers lorsque le Royaume-Uni en faisait partie, plaide Robin Walker. Ce serait désavantageux pour l’UE de rouvrir ces négociations." En même temps, le ministre le reconnaît, il faudra trouver un mécanisme de traçabilité empêchant des produits de pays tiers d’arriver sur le marché européen. "Tout ça peut être géré", assure-t-il.

En réalité, affirment les experts, le Royaume-Uni commence à peine à se rendre compte qu’il ne pourra pas copier-coller les accords de libre-échange conclus par l’UE. Voilà qui présage de négociations difficiles, mais cruciales. "Il est de notre intérêt mutuel d’y parvenir. Je reviens du port d’Anvers. Une grande partie du commerce mondial entre en Europe par là et sans passer par le Royaume-Uni."

Maintenir une relation forte avec les entreprises belges

Le Royaume-Uni veut rassurer, tout en mettant la pression sur les négociateurs du Brexit. C’est la raison pour laquelle Robin Walker était en visite en Belgique. "J’ai rencontré le milieu belge des affaires pour explorer les domaines où nous avons un intérêt mutuel à préserver la continuité et une relation forte."

Lesquels? "Le marché automobile est un excellent exemple où il existe une chaîne d’approvisionnement opérant entre la Belgique et le Royaume-Uni. Dans le secteur chimique aussi, vous avez un grand nombre de processus industriels chimiques en Belgique qui intéressent le Royaume-Uni. Nous voulons nous assurer que des normes de haut niveau continueront à être appliquées et que ces biens seront toujours échangés entre nos deux pays."

Le Royaume-Uni est aussi un grand exportateur. "Nous exportons un volume significatif de services en Europe, et cela doit continuer. Des services financiers doivent continuer à être fournis aux entreprises belges."

Robin Walker ©Kristof Vadino

Les compteurs seront-ils remis à zéro entre les deux pays? "Non, non, pas question de remettre les compteurs à zéro entre la Belgique et le Royaume-Uni. Le cadre dans lequel notre relation existe change. Nous avons une relation très profonde et ancienne. Moi-même, je vis dans une partie de Londres où une grande communauté belge s’est rendue durant la Seconde Guerre mondiale. Des drapeaux belges ont même flotté là-bas, se défend Robin Walker. La Belgique est un des dix premiers investisseurs au Royaume-Uni, et nous sommes un des investisseurs majeurs en Belgique. Notre relation doit continuer." Le ministre britannique le répète. "Le Brexit n’est pas une décision de tourner le dos à l’Europe ou à la Belgique."

Les négociateurs britanniques travailleront dans les mois à venir avec la Commission européenne sur le maintien des accords passés avec les pays tiers. Mais le Royaume-Uni reprend sa liberté. "Dans certains domaines, le Royaume-Uni adoptera une attitude plus assertive qu’il n’avait lorsqu’il était membre de l’UE, avertit Robin Walker, dans les organisations hors UE, comme l’OMC ou celle fixant les normes du secteur automobile."

La négociation du divorce bloquée

Avant de conclure une relation future, encore faut-il réussir le divorce. Et là, ce n’est pas gagné tant l’agenda est serré. Le Brexit doit avoir lieu en avril 2019. Le Royaume-Uni espère conclure avant fin mars prochain sur les conditions du Brexit, pour négocier ensuite un accord de libre-échange qu’ils espèrent terminer en huit mois.

Pour partir en douceur, le Royaume-Uni propose une période de transition s’étalant jusque décembre 2020. Michel Barnier a averti la semaine dernière qu’elle n’était "pas acquise" en raison de désaccords "substantiels". L’une des causes de blocage tient dans la volonté de la Commission de voir le Royaume-Uni respecter le droit communautaire durant la transition et, pour ce faire, de mettre en place une procédure judiciaire accélérée en cas de violation des règles européennes. Londres n’a pas apprécié.

"La Fédération des entreprises de Belgique, que je viens juste de rencontrer, a insisté pour qu’il y ait une période de transition après le Brexit. C’est l’étape suivante la plus logique."
Robin Walker

Face à cette paralysie, la présidence bulgare a appelé hier le Royaume-Uni à revenir sur sa décision de quitter l’UE. Mais pas au point d’émouvoir Robin Walker. "Nous espérons réellement avoir un accord en mars prochain sur la période de transition. Et ce serait dans l’intérêt des tous d’avoir cette période et de savoir où on va, insiste-t-il. La Fédération des entreprises de Belgique, que je viens juste de rencontrer, a insisté pour qu’il y ait une période de transition après le Brexit. C’est l’étape suivante la plus logique. Il faut négocier au plus vite la relation future entre le Royaume-Uni et l’UE. Le plus tôt sera le mieux."

Mais un mois, c’est court. "Ce dont nous voulons nous assurer, c’est que cette période de transition soit en place pour préparer notre relation future. C’est pourquoi j’étais au port d’Anvers aujourd’hui, pour parler du commerce mondial qui passe par ce port et déterminer comment gérer notre relation future."


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