"Je ne crois pas à un blocage total dans le ciel le 29 mars"

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Le président de l’Association internationale des compagnies aériennes, le Français Alexandre de Juniac, se veut optimiste. En cas de Brexit sans accord, il ne devrait pas y avoir de blocages des vols entre l'île britannique et le continent européen. Tout ne se passera toutefois pas sans heurts.

Alexandre de Juniac ©AFP

Alors que le "no-deal" se profile à l’horizon pour le Brexit, les rumeurs les plus folles circulent quant à la continuité des services aériens entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne. Un peu à l’image du "bug de l’an 2000" qui n’a pas eu lieu. Mais rien ne sera simple…

On cite souvent le 29 mars comme une date fatidique et le 29 mars, c’est bientôt, et les compagnies aériennes se posent des questions. Un peu en ordre dispersé. La compagnie irlandaise Ryanair a demandé (et obtenu) une autorisation d’exploitation de lignes aériennes (AOC) au départ du Royaume-Uni et la compagnie britannique easyJet a demandé (et obtenu) une AOC autrichienne pour sécuriser ses vols dans l’Union européenne.

En attendant, le Royaume-Uni a signé des accords bilatéraux avec les Etats-Unis et le Canada pour garantir les liaisons vers ces pays tiers. En revanche, les organismes de la sécurité s’interrogent, les constructeurs – surtout Airbus – redoutent des droits de douane exorbitants qui feront grimper le prix des avions et les passagers européens se disent que les files aux aéroports, faute de renforts policiers, s’allongeront.

La Commission européenne a toutefois proposé qu’en cas d’absence d’accord sur le Brexit, "les services aériens entre le Royaume-Uni et l’UE soient maintenus pour une période de douze mois et les licences de sécurité pour neuf mois". Une proposition qui exige la réciprocité, bien sûr. En revanche, pas question d’ouvrir de nouvelles lignes ou d’augmenter des fréquences, et cet accord ne vaudrait que pour les transporteurs majoritairement aux mains d’actionnaires de l’Union. Face à ce "contingency plan" (plan pour parer à toute éventualité, dixit le "Harrap’s"), que pense le président de l’Association internationale des compagnies aériennes (Iata – 290 compagnies; 82% du trafic mondial) et ex-DG d'Air France, le Français Alexandre de Juniac?

On a vu des mesures de protection aller un peu en sens divers ces derniers temps; croyez-vous qu’il faille craindre un blocage total des liaisons aériennes vers le Royaume-Uni en cas de "no-deal"?
Non, car on a un accord de prolongation (le contingency plan) et c’est déjà ça. Je ne crois pas du tout à un blocage total le 29 mars. Mais en revanche, je trouve que les mesures intérimaires qui ont été prises par les deux parties (R.-U. et UE) ou avec les pays tiers sont calibrées un peu bas. Avec des prévisions, selon nos calculs, de 5 millions de sièges supplémentaires prévus pour 2019, par rapport à 2018, entre l’Europe et eux, il est clair que les compagnies vont devoir reporter ou annuler des vols. S’il n’y a pas d’évolution dans le dossier à la date de notre entretien, on vivra une situation provisoire sous-calibrée jusqu’à la fin de l’année.

"Ce qui nous inquiète aujourd’hui serait que les différents pays de l’Union adoptent heure d’été ou d’hiver de façon disparate."
Alexandre de Juniac
CEO de l’Iata

Autre sujet, le règlement EU261 européen vous contraint, en cas de retards, d’indemniser les passagers et, visiblement, même si vous n’êtes responsables de rien.

C’est vrai que le règlement européen va trop loin sur certaines choses: on ne peut pas être responsables de tous les ennuis. Le problème, c’est l’application erratique de ce règlement en Europe. Les décisions de justice se révèlent contradictoires, voire inattendues, souvent inexplicables et difficiles à appliquer, ce qui nous gêne le plus. L’Iata demande depuis longtemps une révision pragmatique du règlement EU261, mais figurez-vous que cette révision est simplement bloquée par le contentieux entre l’Espagne et la Grande-Bretagne à propos de Gibraltar. Cela montre déjà où se situent les aberrations.

Il reste que les juges européens de Luxembourg ne semblent pas porter les compagnies aériennes dans leur cœur…

La jurisprudence est encore plus favorable au passager que le règlement européen! C’est comme si on faisait tout contre l’intérêt du passager; qu’on le laisse sur le tarmac par plaisir; que pour nous, c’est un plus. Au contraire! Le moindre retard est toujours pénalisant et parfois cataclysmique. Je ne dis pas que nous sommes exemplaires, mais qu’on ne nous accuse pas de vouloir maltraiter les passagers! Maintenant, je sais que le droit des passagers est aussi un bon sujet pour les politiques, surtout quand il y a un problème: c’est un thème qui est démagogiquement profitable!

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Un dernier mot sur les prévisions de l’Iata pour 2019. Le cours du pétrole semble fixer les règles du jeu, mais il s’avère tout de même assez volatil…

L’évolution des prix du pétrole est encore assez erratique et même violente. Mais, pour l’année en cours, nous sommes raisonnablement optimistes. L’année dernière, la croissance en passagers a été de 6%, ce qui n’est pas mal. Le fait nouveau est que les retours sur investissements se situent globalement dans une rentabilité normale; pas exceptionnelle, mais normale.

Mais quand même avec une marge nette (4%) très faible.

Nous sommes dans un secteur où les amortisseurs sont de faible amplitude et où les chocs peuvent être importants.

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