Jo Swinson, nouveau visage du LibDem et cauchemar du Labour

La nouvelle présidente du LibDem Jo Swinson s’appuie sur un message anti-Brexit limpide. ©REUTERS

La nouvelle leader du parti libéral-démocrate a construit un discours anti-Brexit radical, qui convainc les travaillistes. Mais elle ouvre, malgré elle, un boulevard à Boris Johnson.

Miracle de la démocratie britannique, le paysage politique actuel offre aux électeurs un large choix pour les prochaines élections, en tout cas sur la question du Brexit, qui écrase plus que jamais les autres enjeux.

Le leader du parti du Brexit, Nigel Farage, œuvre pour un Brexit brutal. Le Premier ministre conservateur Boris Johnson continue de croire officiellement en un Brexit dur (sans backstop, voire sans accord) le soir du 31 octobre, en espérant surtout grignoter un maximum de voix sur son voisin europhobe. Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, nourrit son "ambiguïté constructive" sur la possibilité d’un second référendum, quitte à subir l’opposition ouverte permanente du numéro 2 du parti, Tom Watson.

18%
Depuis la fin du printemps, les intentions de vote en faveur des libéraux-démocrates ont doublé et se situent aujourd’hui autour des 18-19%.

Le paysage est, à vrai dire, inchangé depuis plus de trois ans.

Mais c’est sans compter sur le nouveau visage du LibDem, celui de la jeune Jo Swinson (39 ans). Elue à la tête du LibDem le 22 juillet, le même jour que l’élection de Boris Johnson à la tête du parti conservateur, la nouvelle leader du parti de centre-droit s’inscrit en opposition frontale à la position dure entretenue par le nouveau Premier ministre. Dans le même temps, elle s’appuie sur un message anti-Brexit limpide, clair, pour mieux faire apparaître, en creux, l’indécision plus ou moins volontaire de Jeremy Corbyn, qui refuse toujours de s’engager sur un second référendum, malgré les pressions d’une grande partie de ses députés.

Radicalité

Le LibDem, qui a clôturé son congrès annuel mardi, à Bournemouth, mise sur une radicalité pro-européenne. Ses membres ont voté pour l’annulation unilatérale du Brexit. "La première action est claire: nous devons stopper le Brexit, a affirmé Jo Swinson lors du discours final. Nous sommes parfaitement transparents: un gouvernement de majorité libéral-démocrate révoquera l’article 50 dès le premier jour. Parce qu’aucun Brexit ne peut être bon pour notre pays."

Ce positionnement a le mérite d’être aussi tranché que celui des Brexiters durs, dans le camp opposé. Mais il a aussi l’inconvénient de nier le résultat du référendum de 2016. Pour le coup, lors de la prochaine campagne, la légitimité démocratique sera du côté des populistes europhobes.

Le LibDem a en tout cas réussi à combler l’espace créé au centre par la droitisation du parti conservateur, depuis la démission forcée de Theresa May. Ses intentions de vote ont doublé depuis la fin du printemps, et se situent aujourd’hui autour des 18-19%. Change UK, qui a été créé en début d’année avec des anciennes figures travaillistes et conservatrices en faveur d’un second référendum, s’est rapidement effondré.

Même s’il continue de monter dans les sondages, le LibDem ne semble pas en mesure de l’emporter. Et il est désormais trop éloigné des lignes du Labour et du parti conservateur pour pouvoir former un gouvernement de coalition, comme entre 2010 et 2015. Au Royaume-Uni, la droite, la gauche et le centre ont des lignes désormais trop radicales pour pouvoir partager le pouvoir en bonne intelligence. C’est la raison pour laquelle les prochaines élections seront à hauts risques.

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