portrait

John Bercow, l'arbitre a choisi son camp

Le speaker de la chambre des Communes sera ce mardi au centre de l’attention au moment du choix des amendements à débattre et à voter pour définir la suite du processus du Brexit.

Il est au cœur de la tectonique des plaques. Avec d’un côté, un gouvernement qui doit son existence au référendum sur le Brexit, et qui cherche à assurer sa légitimité en épuisant toutes les options raisonnables menant à une sortie britannique de l’Union européenne. Et de l’autre, des députés qui ont, pour les deux tiers ou les trois quarts d’entre eux, votés pour le maintien dans l’UE en 2016.

John Bercow ne fait pas vraiment tache au milieu de cette assemblée, puisqu’il a lui-même voté "in" lors du référendum. Le problème est que sa couleur, ne devrait justement pas être visible. En tant que speaker, le rôle de John Bercow est d’assurer une conduite des débats en bonne intelligence, et surtout de façon non-partisane. Il ne remplit pas suffisamment ce rôle, selon des membres du gouvernement, qui estiment que le speaker a trop souvent accepté de laisser libre cours à des débats ou des amendements demandés par les députés d’arrière-ban contre le gouvernement.

  • Né le 19 janvier 1963 à Edgware (Angleterre)
  • Marié, trois enfants
  • Speaker de la chambre des Communes depuis 2009
  • Ancien député conservateur (Buckingham)
  • Deux fois shadow minister (sous le leadership de David Cameron)

Cette conduite des débats jugées biaisées a conduit la Première ministre à examiner une suspension de sa pairie (titre de noblesse donnant accès à la chambre des Lords). Le timing de cette menace – quelques jours après le rejet spectaculaire de l’accord conclu par Theresa May avec l’UE – n’est pas anodin. Une telle suspension serait une première en 230 ans. Elu à trois reprises par les députés après les élections générales de 2010, 2015 ou 2017, Bercow est relativement protégé par la chambre des Communes, d’autant plus qu’il a contribué à lui redonner un certain pouvoir ces dernières années, en tout cas un autre rôle que celui d’une simple chambre d’enregistrement des décisions prises de l’autre côté de la route, 300 mètres plus loin, à Downing Street.

L’autocollant anti-Brexit un peu trop voyant

L’esclandre parlementaire de cette suspension serait tel qu’il est difficilement imaginable que Theresa May la mette à exécution. Mais cela en dit long sur l’irritation que suscite John Bercow, qui semble presque s’en amuser. La légèreté avec laquelle il a justifié l’autocollant anti-Brexit sur l’une des ses voitures, en attribuant cette initiative à son épouse, est assez parlante.

'Order!' Why Europeans are turning to John Bercow for light relief in Brexit chaos

Beaucoup aurait également préféré qu’il adopte une forme d’hypocrisie lorsqu’il s’est exprimé devant des étudiants de l’université de Reading, l’an dernier, quelques mois après le référendum. "Je pensais qu’il était préférable de rester dans l’Union européenne que d’en sortir", avait-il affirmé le plus naturellement du monde. Dans un pays où une simple remarque de la Reine sur la météo est interprétée comme un potentiel avis politique, les saillies de Bercow ne peuvent que troubler.

Un rôle crucial pour le Parlement

Le speaker de la chambre des Communes n’est autre que le deuxième personnage de la monarchie parlementaire dont la neutralité – au moins apparente - est jugée absolument indispensable.

Par définition très vocal lors des débats à la chambre des Communes, le speaker doit rester strictement non partisan, et renoncer définitivement à ses adhésions et affiliations politiques antérieures, y compris lorsqu’il cède son siège. Son rôle principal est de présider les débats, et de déterminer l’ordre de prise de parole. Il doit maintenir l’ordre, voire sanctionner les membres qui enfreignent les règles. Il ne prend pas part aux débats et ne peut voter. Il est obligé de résider au Palais de Westminster.

Un réformateur salué

Désigné speaker après la démission de Michael Martin il y a près de dix ans, John Bercow a réformé en profondeur la chambre des Communes. En dehors de l’abandon symbolique de la robe de tribunal, il a promu l’utilisation de questions urgentes au gouvernement pour interroger les ministres contre leur volonté. Peu après l’élection de Donald Trump, il a refusé de laisser le nouveau président des Etats-Unis venir s’exprimer devant les députés, en raison de l’"opposition de la chambre au racisme et sexisme".

©AFP

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