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Johnson obtient son moment de vérité

Boris Johnson ©EPA

Boris Johnson a finalement réussi à faire plier l’opposition pour organiser une élection générale, le 12 décembre. Une victoire large pourrait lui permettre de faire valider son accord sur le Brexit avant le 31 janvier 2020.

La quatrième tentative a été la bonne. Boris Johnson a finalement dû faire voter une nouvelle loi pour pouvoir organiser une élection générale, le 12 décembre prochain, deux ans et demi avant la date normalement prévue. La date de cette élection a été validée en troisième lecture par 438 vote pour, 20 pour. Il s’agira du quatrième appel au peuple pour un enjeu national en quatre ans et demi.

Cette élection était dans sa tête depuis son arrivée à Downing Street, au mois de juillet, puisqu’il était écrit que la faiblesse de la majorité gouvernementale au Parlement – perdue depuis le mois dernier avec la rébellion de 21 tories – ne lui permettrait pas de faire passer son accord du Brexit renégocié avec Bruxelles.

Les partis de l’opposition ont finalement choisi de risquer la double sanction d’une large victoire de Boris Johnson, qui le maintiendrait potentiellement à Downing Street jusqu’en 2025, ainsi que d’une validation du Brexit dur.

Cette loi sur l’accord du Brexit étant gelée, le Parlement s’orientait vers un dangereux enlisement. Les partis de l’opposition ont finalement choisi d’assumer leur statut de challenger à cette prochaine élection, et de risquer la double sanction d’une large victoire de Boris Johnson, qui le maintiendrait potentiellement à Downing Street jusqu’en 2025, ainsi que d’une validation du Brexit dur.

La loi devra encore être validée par la Chambre des Lords ce mercredi, mais tout indique qu’elle franchira les derniers obstacles avant le milieu de semaine prochaine, date limite pour organiser une élection le 12 décembre, avec cinq semaines de campagne. L’opposition n’a finalement rien obtenu en échange du déclenchement de cette élection, pas même un avancement de trois jours de la date du scrutin, jugée préférable pour l’agenda des étudiants. Son amendement pour une élection organisée le 9 décembre a été rejetée avec vingt voix d’écart.

Dernières manœuvres infructueuses

Plus tôt dans l’après-midi, un nouveau coup de théâtre semblait annoncé, notamment avec le dépôt de deux amendements très sensibles, électoralement, pour le parti tory. Le premier prévoyait l’extension du droit de vote aux citoyens britanniques de 16 et 17 ans. Le second demandait l’élargissement du droit de vote aux résidents européens, qui ont pour l’instant uniquement le droit de voter aux élections locales.

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Plus de 3 millions d’entre eux sont déjà assurés de bénéficier des mêmes droits que les Britanniques après le Brexit, pour peu qu’ils s’inscrivent sur un fichier spécial de "résidents établis". Ce droit de vote aux scrutin à enjeux nationaux est le seul élément concret de citoyenneté qui leur manque. L’ironie de cet amendement est qu’il a été proposé au moment même où le Royaume-Uni s’apprête à sortir de l’Union européenne, et alors que ce droit n’est pas accordé aux autres communautés de citoyens européens vivant dans des pays de l’UE.

Ces deux amendements n’ont toutefois pas été retenus par le speaker, puisqu’ils se situaient en dehors du champ d’action de la loi débattue, qui ne concernait que l’organisation de la prochaine élection à une date définie. L’opposition comptait-elle vraiment dessus pour piéger le gouvernement? Le Labour, le LibDem et le SNP avaient refusé à trois reprises en deux mois d’organiser une élection générale avec le prétexte fallacieux d’éviter un no deal.

Le Labour, le LibDem et le SNP avaient refusé à trois reprises en deux mois d’organiser une élection générale avec le prétexte fallacieux d’éviter un no deal.

Ce prétexte visait surtout à justifier le refus d’affronter le favori Boris Johnson dans un scrutin anticipé… après l’avoir demandé pendant plus d’un an. Les partis de l’opposition pouvaient toujours refuser de voter cette loi spéciale, y compris après avoir fait mine de l’accepter, en prenant pour justification le refus de laisser voter les jeunes de 16 et 17 ans voter. Ils ont finalement choisi d’aller au combat électoral.

L’inverse était également possible: le gouvernement a indiqué à plusieurs reprises qu’il retirerait cette loi avant le vote si l’un de ces deux amendements était voté. Dominic Cummings, le conseiller spécial de Boris Johnson, a même affirmé à un journaliste qu’il ne croyait plus à une élection anticipée, puisque selon lui l’amendement sur le vote des citoyens allait être voté. Un coup de bluff assez typique, pour celui dont le génie de la stratégie politique a inspiré une série télévisée, et qui sera dans son meilleur rôle jusqu’au 12 décembre.

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