Johnson propose une élection le 12 décembre

Boris Johnson ©REUTERS

En proposant une élection générale anticipée dans plus d’un mois, le Premier ministre britannique reprend l’initative. L’opposition attend que l’UE écarte le spectre d’un Brexit sans accord avant de donner son consentement.

Pour la troisième fois depuis la rentrée, Boris Johnson réclame une élection anticipée, qu’il souhaite voir fixée au 12 décembre. Une motion sera déposée lundi. Une façon pour le Premier ministre britannique de protéger sa proposition d’accord sur le Brexit contre les députés qui voudraient l’amender. "S’ils veulent vraiment plus de temps pour étudier cet excellent accord, ils peuvent l’avoir, mais ils doivent accepter une élection générale", a-t-il expliqué à la BBC jeudi.

L’Union européenne a tergiversé toute la semaine sur la durée de l’extension.

Johnson frappe d’une pierre deux coups: il justifie officiellement, devant les Européens, l’intérêt d’une longue extension, et il met la pression sur l’opposition travailliste, dont le consentement est nécessaire pour déclencher ce scrutin.

L’Union européenne (UE) a tergiversé toute la semaine sur la durée de l’extension. Comme en avril dernier, la France souhaite une très courte extension de deux à trois semaines afin de mettre la pression sur les Britanniques pour adopter l’accord le plus rapidement possible, alors que l’Allemagne préfère suivre la demande britannique telle que présentée dans le Benn Act. La date limite serait alors fixée au 31 janvier 2020, afin de ne pas trop se mêler à l’imbroglio parlementaire britannique.

Une extension intermédiaire – une "flextension" – devrait être accordée ce vendredi, avec la possibilité d’accomplir le Brexit avant le 31 janvier si l’accord est validé d’ici là.

Les conservateurs inquiets

La décision de Boris Johnson ne fait pas l’unanimité au sein du parti tory, où beaucoup estiment qu’une victoire nette n’est pas garantie. Le souvenir de 2017 – où Theresa May comptait environ dix points de plus que Johnson dans les sondages et a finalement dû passer une alliance toxique avec le DUP pour s’assurer une majorité – est encore dans toutes les mémoires.

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Jamais depuis 1923 une élection n’a été organisée en décembre. Les caciques du parti craignent que la convocation d’une élection pendant les premiers grands froids n’augmente le risque de voir les retraités, première catégorie d’électeurs du parti tory, moins nombreux aux urnes que pendant les beaux jours. Par ailleurs, le risque d’un vote sanction contre le pouvoir en place pourrait être plus élevé pendant la période des fêtes.

Mais Johnson craint plus que tout de laisser la loi sur son accord de retrait trop exposée au Parlement. Celle-ci risque d’être engloutie par des amendements, tout particulièrement celui sur l’union douanière qui a de grandes chances de passer s’il est soumis à un vote.

Le principe est le suivant: retirez le ‘no-deal’ de la table. L'UE répond demain, nous pourrons alors nous décider.
Jeremy Corbyn

Le dilemme des travaillistes

Jeremy Corbyn, chef des travaillistes, a annoncé jeudi soir attendre la décision de l’UE sur le report du Brexit avant de faire son choix. "Le principe est le suivant: retirez le ‘no-deal’ de la table. L'UE répond demain, nous pourrons alors nous décider", a-t-il déclaré à la presse. Les travaillistes ont déjà refusé deux élections anticipées ces dernières semaines. Mais Jeremy Corbyn assure qu’ils soutiendront celles-ci si le spectre d’un Brexit sans accord est totalement écarté. Les divisions du Labour sur l’opportunité d’un second référendum plutôt qu’une élection sont profondes, et ont notamment été visibles lors du congrès du mois dernier.

Les données sont simples: accepter une élection générale les expose au risque de défaite lourde, de validation rapide de ce Brexit dur, et de traversée du désert jusqu’en 2025. À l’inverse, bloquer cette élection pour organiser un référendum peut leur permettre d’annuler le Brexit et de faire tomber Johnson. Mais ce blocage nécessitera des mois de combat acharné et de résistance, sans garantie de succès final.

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