analyse

Johnson suspendu à l'agenda de l'UE

Boris Johnson à Londres le 23 octobre 2019. ©AFP

Immobilisé par le Parlement, le Premier ministre attend la décision des Vingt-Sept sur la durée de l’extension pour définir la prochaine étape.

L’homme du 31 octobre est-il désormais le premier partisan d’un long report du Brexit? Boris Johnson est en tout cas assujetti à la prochaine décision de l’Union européenne, qui doit théoriquement faire son choix entre une extension courte de deux ou trois semaines et une extension de trois mois.

Dans un extraordinaire retournement de situation, Boris Johnson a désormais tout intérêt à voir la date du Brexit repoussée au 31 janvier 2020, conformément à la demande formulée par les Britanniques dans le cadre du Benn Act. Il a pourtant refusé de signer cette demande.

Officiellement, le Premier ministre britannique est toujours favorable à une sortie de l’UE dès jeudi prochain, et se dit prêt à assumer un no deal. Mais sa priorité est désormais d’organiser des élections générales pour profiter de la dynamique qu’il a su créer au cours de ses 100 premiers jours à Downing Street, et qu’il a failli conclure par un deal sur le Brexit, validé en seconde lecture par les députés mardi soir.

Sa priorité est désormais d’organiser des élections générales.

Renforcer sa majorité est nécessaire pour parachever l’introduction de cet accord dans la loi britannique. Ces élections ne seront pas organisées avant cinq semaines, et leur date dépendra du bon vouloir de l’opposition. Si Johnson remporte une victoire nette aux élections, la validation du deal n’interviendra donc sans doute pas avant début janvier 2020.

Le Premier ministre dépend donc à la fois de l’Union européenne et de l’opposition pour atteindre son objectif.

En théorie, une courte extension, jusqu’à fin novembre ou mi-décembre par exemple, donnerait à Johnson le temps de valider sa loi sur le Brexit au Parlement, puisque le principe de celle-ci a été validé avec une majorité de 30 députés. Elle se situe à un stade que n’avait pas atteint l’accord de Theresa May.

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Mais une courte extension accordée par l’UE serait un cadeau empoisonné. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Boris Johnson veut embrayer directement sur les élections et que son principal rival, Jeremy Corbyn, est partisan d’une programmation parlementaire étalée sur quelques semaines.

Passé relativement inaperçu mardi soir, le dépôt d’un amendement sur le maintien dans l’union douanière a en effet fortement hypothéqué les chances de cet accord. Celui-ci était déjà évoqué depuis quelques jours, mais son initiateur n’est autre que Ken Clarke, rebelle tory et vétéran très respecté des Communes. Clarke est souvent cité comme la personnalité conservatrice susceptible d’occuper le rôle de Premier ministre provisoire si une motion de défiance doit être déclenchée contre Johnson et que Jeremy Corbyn ne parvient pas à rassembler suffisamment sur son nom.

Johnson a choisi de "mettre sur pause" sa proposition d’accord à quelques heures du dépôt de cet amendement, qui aurait eu de grandes chances de l’engloutir. Et c’est aussi pour cet amendement en particulier que Johnson espère ne pas voir l’UE accorder une trop courte extension, qui l’obligerait à mettre en danger sa loi sur le Brexit.

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