Jusqu'à 1 milliard d'impact sur les interconnexions électriques

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Nemo, la première connexion électrique entre la Belgique et la Grande-Bretagne, a été mise en service il y a deux mois à peine. Un Brexit dur pourrait faire perdre une part substantielle des bénéfices de ce type d’interconnexion, affirme Sia Partners.

Les marchés de l’électricité britanniques sont actuellement intégrés dans ceux de l’Union européenne. Cela signifie que les traders peuvent acheter ou vendre en une seule transaction l’électricité et sa capacité de transport aux frontières: c’est ce qu’on appelle l’allocation implicite des capacités transfrontalières. "Cette allocation implicite des capacités est essentielle pour un usage efficace des interconnexions", souligne le consultant Sia Partners dans une étude toute récente. Sans cela, les traders doivent négocier séparément les capacités et l’électricité, ce qui les oblige à réserver des volumes de capacités sur la base de leurs attentes en termes de prix. Cela conduit souvent à une sous-utilisation des capacités d’interconnexion, et parfois même, à des flux d’électricité qui vont dans le mauvais sens.

"Un Brexit dur signifie une perte potentielle de 500 millions à 1 milliard d’euros par an, dont 8% à charge de Nemo et de la Belgique."
Maxime Snick
Senior consultant chez Sia Partners

Sia en veut pour preuve l’analyse des échanges sur l’interconnexion entre l’Irlande et le Royaume-Uni avant et après le couplage des marchés. Avant ce couplage, les échanges commerciaux d’électricité circulaient dans le mauvais sens 40% du temps – du marché le plus cher vers le moins cher, ce qui n’a aucun sens d’un point de vue économique. "Après le couplage des marchés et l’introduction de l’allocation implicite, l’image a complètement changé, avec 96% des flux commerciaux qui suivent la différence de prix" explique Maxime Snick, coauteur de l’étude.

Les conséquences du Brexit

En cas de Brexit "soft", il est possible que rien ne change: la Norvège a réussi à passer un accord qui lui assure une intégration au marché énergétique de l’Union européenne.

Par contre, en cas de Brexit dur, l’allocation implicite des capacités pourrait devenir impossible sur les interconnexions entre le Royaume-Uni et les pays environnants, comme c’est désormais le cas pour celles avec la Suisse. "Cela signifie une perte potentielle de 500 millions à 1 milliard d’euros par an pour le marché day ahead", chiffre Maxime Snick, en se basant notamment sur un rapport de l’Acer et une étude de l’Imperial College. La Grande-Bretagne supporterait 60% de cette perte, tandis que Nemo et la Belgique en supporteraient 8%, estime Sia.

Un Brexit dur aurait aussi un impact négatif, mais plus réduit, sur le marché d’équilibrage. "L’autre effet négatif important d’un Brexit dur pour la Grande-Bretagne, qui se bat pour assurer sa sécurité d’approvisionnement, c’est que les interconnexions existantes pourraient être mal utilisées et donc complexifier encore la situation, ajoute Maxime Snick. Sans compter que des délais et des annulations menaceraient la dizaine de projets de nouvelles interconnexions entre la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe."

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