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L'accord sur le Brexit respire toujours

©EPA

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a rencontré son homologue irlandais Leo Varadkar ce jeudi. Ils assurent que des voies vers un accord pour l’Irlande du Nord sont toujours à l’étude. Après les tensions de cette semaine, leur soudain optimisme laisse à penser qu’ils veulent se décharger de la responsabilité du blocage.

La deadline fixée par Emmanuel Macron à Downing Street pour améliorer son "offre finale" expire aujourd’hui. Mais les espoirs d’accord ne sont, officiellement, pas perdus.

Un entretien décisif entre le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier et le ministre du Brexit Steve Barclay, prévu initialement jeudi, aura finalement lieu ce vendredi matin. Le nouvel accord de retrait, s’il doit être conclu, ne le sera évidemment pas avant plusieurs jours.

Les discussions auront au moins le mérite de meubler la semaine prochaine jusqu’au sommet européen, sachant que la montée des tensions observée mardi et mercredi risque de laisser des traces durables. Elles pourraient même entraîner un no deal par accident si elles se répètent trop souvent.

"Il y a loin de la coupe aux lèvres."
Leo Varadkar
Premier ministre Irlandais

La rencontre entre Boris Johnson et son homologue irlandais Leo Varadkar, jeudi après-midi, a permis de mettre ces tensions sur pause. Faute de conférence de presse et d’images vidéos, le communiqué a été décortiqué et analysé jusqu’aux virgules. "Le Premier ministre et le taoiseach (le Premier ministre irlandais, NDLR) ont eu une discussion détaillée et constructive, y lisait-on. Ils continuent de croire qu’un accord est dans l’intérêt de tous. Ils estiment qu’ils peuvent voir un chemin vers un accord possible." Une photo de leur franche poignée de mains est venue parachever ce ton optimiste. Un accord de retrait ne serait donc finalement pas impossible.

Pas d’élément concret

Dans les faits, les deux hommes ont discuté près de trois heures, et auraient avancé sur trois points: les douanes, le consentement nord-irlandais et la future relation commerciale.

Pourtant, rien ne démontre que le miracle est possible avant le 31 octobre. Les éléments concrets de progrès font défaut.

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Et les points de blocage sont nombreux. En début de semaine, l’Union européenne a listé neuf objections à l’"offre finale" de Londres, effectuée la semaine dernière. À ce jour, aucune de ces objections n’a officiellement reçu de réponse satisfaisante de Downing Street.

Par ailleurs, Boris Johnson a un intérêt stratégique certain à essayer de montrer que les discussions sont plus aisées avec le voisin Varadkar qu’avec les continentaux Merkel, Macron et Barnier. Leo Varadkar, lui, semble de plus en plus se projeter au-delà du Brexit, et ne cache pas son rêve de voir une Irlande unifiée. Ce qui ne sera possible qu’avec d’excellentes relations avec Downing Street.

Faux-semblants

Ce type de communiqués a déjà été rédigé tout au long du printemps dernier, lorsque Theresa May envoyait ses émissaires à Bruxelles pour négocier – déjà, là aussi – une modification de l’accord de retrait rejeté par les Communes en raison du backstop. Certes, le DUP nord-irlandais refusait alors de faire des concessions, et contribuait beaucoup au blocage. Mais personne n’imagine sérieusement que la pire crise de l’histoire de l’Union européenne n’a tenu qu’à l’entêtement opportuniste de dix députés protestants. Or, à part la meilleure volonté de leur leader Arlene Foster et l’importation des méthodes trumpistes par Boris Johnson, rien n’a fondamentalement changé dans la problématique de base de la frontière nord-irlandaise.

Tout laisse donc à penser que les deux parties font semblant de négocier un accord impossible pour ne pas avoir le mauvais rôle, surtout dans le contexte détestable où les leaders disent tout et son contraire, parfois en l’espace de quelques heures.

Quelques minutes après la transmission des photos chaleureuses avec Johnson, Leo Varadkar a d’ailleurs douché certains enthousiasmes hâtifs: "Il y a loin de la coupe aux lèvres", a-t-il affirmé dans une expression anglaise équivalente.

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