analyse

L'économie britannique souffre (déjà) du Brexit

©EPA

Bien qu’elle ne soit pas encore effective et qu'elle puisse ne jamais se produire, la sortie britannique de l’Union européenne a déjà impacté le Royaume-Uni.

Un chiffre pourrait laisser penser que le Royaume-Uni vit un âge d’or: 3,9%. Il s’agit du taux de chômage, qui continue de descendre depuis près de six ans et qui se situe à un niveau historiquement bas depuis 1975. Peut-être même avant, puisque ce chiffre correspond aux premiers travaux de l’Office for National Statistics. Mais ce taux d’emploi élevé s’explique en partie par le recours de plus en plus courant à des emplois à durée déterminée, voire des contrats zéro heure, une spécialité britannique, qui permet d’occuper tout le monde mais à des niveaux de rémunération relativement bas.

3,6%
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Le taux d’épargne est tombé à seulement 3,6% fin 2018 contre 8,5% trois ans plus tôt.

Une autre donnée relativise pourtant l’apparence d’une société idéale où tout le monde ou presque peut trouver un travail: celui du taux d’épargne. Selon Eurostat, il est tombé à seulement 3,6% fin 2018 contre 8,5% trois ans plus tôt. Plus préoccupant, les volumes de crédit à la consommation ont explosé et mettent le Royaume-Uni dans une situation de rythme systémique comparable à celle qui a plongé l’économie dans la crise de 2009.

Celui-ci a atteint 1.145 milliards de livres (1.340 milliards d’euros) en février. Il n’est pas lié à l’imminence du Brexit, mais exprime une forme de fébrilité, surtout en cas de retournement brutal de la conjoncture. Depuis le référendum de 2016, ce retournement ne s’est pas produit, mais la croissance du PIB a faibli au fil des trimestres, au point d’atteindre un niveau plancher (+0,2%) au dernier trimestre. La récession n’est pas là, mais guette.

Pas d’effet compensatoire avec la dévaluation de la livre sterling

Les perspectives ne sont pas florissantes. Les industriels se sont préparés au spectre du 29 mars depuis des mois en renforçant considérablement leurs stocks, ce qui devrait contribuer à ralentir les commandes dans les mois à venir. Face aux incertitudes, les investissements des entreprises ont baissé au cours des quatre derniers trimestres. L’un des effets les plus spectaculaires du référendum a été l’effondrement de la livre sterling face au dollar et à l’euro, qui a mécaniquement effacé 20 à 25% de la "richesse relative" des Britanniques.

L’impact a été sévère, par exemple, pour les retraités vivant en France ou en Espagne. Et cette baisse n’a pas eu l’effet magique qu’elle aurait pu avoir sur les exportations ou sur le tourisme, même si ces secteurs ont, pour le coup, moins souffert que d’autres. La crise majeure des grands magasins, en dehors d’Harrods, signifie les limites d’un raisonnement basé sur le prix des biens.

L’impact le plus important est sans doute celui qui n’est pas mesurable à court terme: il concerne ces pertes induites par le transfert de postes vers d’autres pays européens – 1500 dans la finance -, et qui entraînera mécaniquement, mais de façon invisible, la disparation de milliers de postes subalternes.

Dans l’industrie automobile, les fermetures d’usines de Jaguar Land Rover, Honda ou Nissan sont un véritable gâchis, au regard de l’euphorie qui avait gagné le secteur au début de la décennie. La pire crainte des entreprises - très majoritairement anti-Brexit - n'est pas les éventuels tarifs qui s'appliqueraient aux douanes en cas de Brexit sans accord. Il s'agit de la difficulté à attirer les talents étrangers, qui ont été l'un des moteurs de la dynamique de croissance britannique au cours des quatre dernières décennies.

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