L'Europe craint un "Singapour-sur-Tamise" pour Londres

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Boris Johnson n'essayera pas d'empêcher l'adoption d'une proposition de loi qui le contraint à demander un nouveau report de trois mois du Brexit s'il ne parvient pas à un accord avec l'UE d'ici à la mi-octobre. Les Vingt-Sept, eux, s'inquiètent de ses intentions sur l'Irlande et la concurrence.

Les nuages s'amoncellent sur la tête de Boris Johnson. Après deux revers successifs au Parlement, le Premier ministre et son gouvernement ont renoncé à s'opposer à l'adoption de la loi qui ouvre la porte à un report du Brexit jusqu'au 31 janvier 2020.

Le gouvernement britannique, qui ne dispose plus de la majorité aux Communes, a également enregistré la défection du secrétaire d'Etat aux Universités, à la Science, la Recherche et l'Innovation, Jo Johnson... qui n'est autre que le frère du Premier ministre. Fermement opposé au Brexit, il justifie son choix par l'impossibilité à encore concilier la loyauté envers son frère et l'intérêt national.  

Pour rappel, cette démission intervient au lendemain de l'exclusion du Parti conservateur de 21 députés "rebelles". Ces derniers avaient refusé de soutenir la stratégie de Boris Johnson en votant en faveur d'une proposition de loi visant à contraindre le gouvernement à demander un nouveau report du Brexit s'il ne parvient pas à conclure un accord avec l'Europe. Lundi prochain, un nouveau vote est programmé au Parlement. Il invitera les parlementaires à se positionner sur la tenue d'élections anticipées. Boris Johnson réclame la tenue d'élections le 15 octobre mais cette demande, qui doit recueillir une majorité des deux tiers pour être approuvée, a été nettement rejetée par les députés mercredi.
Le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a répété ce jeudi qu'il accéderait à la demande du Premier ministre d'organiser des élections dès que la loi visant à empêcher un Brexit sans accord aurait été définitivement adoptée. 

Michel Barnier appelle au calme et à la vigilance

Du côté de la Commission europénne, on suit les débats britanniques de très près. Mais, pour l'instant, c'est l'inquiétude qui domine. Selon l'agence Reuters qui s'appuie sur les propos de responsables et de diplomates européens, le négociateur  sur le Brexit, Michel Barnier, a prévenu les 27 autres Etats membres que le Premier ministre britannique était revenu sur les engagements de Londres concernant la frontière irlandaise.

Lors d'une réunion avec les 27 ambassadeurs du bloc à Bruxelles, Michel Barnier a appelé les Européens à faire preuve de calme et de vigilance tant que Londres n'aurait pas présenté des propositions détaillées pour remplacer le "backstop", la clause contenue dans l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE qui vise à éviter le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, d'après les mêmes sources.

"Accord de libre-échange basique sans pied d'égalité"

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Le négociateur européen a cependant souligné que le gouvernement britannique lui avait clairement dit vouloir ne négocier qu'un accord de libre-échange très limité avec l'UE après sa sortie du bloc. Il a également dit que Londres refusait de prendre des engagements contraignants sur les critères de convergence en matière d'aides publiques destinés à garantir une concurrence équitable. 

"Cela fait grandir la crainte d'un accord de libre-échange basique sans pied d'égalité", a commenté un haut diplomate européen à l'issue du briefing de Michel Barnier. "On aboutirait à un Singapour-sur-Tamise avec un nivellement par le bas des réglementations."

Les Vingt-Sept ne céderont pas sous la pression

Les participants à la réunion qui s'est tenue mercredi, avant l'adoption par la chambre des Communes d'une proposition de loi ouvrant la porte à un report du Brexit, ont souligné que Boris Johnson se faisait des illusions s'il pensait que les Vingt-Sept vont céder sous la pression du risque d'un "no-deal". Ils ont jugé irréaliste l'hypothèse de la conclusion d'un nouvel accord avant le sommet européen des 17 et 18 octobre susceptible d'être ratifié à temps pour permettre la sortie du Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre, comme le souhaite encore le Premier ministre britannique.

"Les Britanniques ont le sentiment irréaliste que tout sera miraculeusement résolu lors du sommet", a ainsi dit un diplomate, alors que, toujours selon les mêmes sources, le représentant allemand a estimé que les nouvelles négociations entre Londres et la Commission étaient une perte de temps, une position qui pourrait doucher les derniers espoirs de Londres de voir Berlin faire pression sur les autres capitales européennes pour sortir de l'impasse du"backstop". 

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