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"L'Europe en crise inquiète le Japon"

©BELGA

Départ d’Angela Merkel, budget italien bancal, montée de l’extrême droite, Brexit… Lors d’une visite de quatre jours au pays du Soleil Levant, Didier Reynders s’est appliqué à rassurer les Japonais aux abois face à une Europe en crise.

Le prince Naruhito fait resservir du thé vert à Didier Reynders. Devant le ministre des Affaires étrangères trône une petite citrouille souriante et écarlate. Une friandise. "C’est pour Halloween", insiste Naruhito, considérant son hôte avec fierté.

Dans un an, Naruhito sera installé comme empereur du Japon. Il est exceptionnel qu’un personnage de son rang reçoive en tête à tête un ministre étranger. Mais au pays du Soleil Levant, la Belgique n’est pas n’importe quel État. Depuis l’ouverture de l’île au monde lors de l’ère Meiji, il y a cent cinquante ans, les familles royales des deux pays entretiennent des relations intimes. L’empereur Hiro Hito affectionnait les escapades à Bruxelles, où il lui est arrivé de se mêler à la foule incognito. L’économie des deux pays est étroitement liée. Le Japon est le deuxième investisseur non européen en Belgique, après les Etats-Unis. La première filiale de Honda en Europe fut installée en Belgique, en 1962.

Personne n’a assisté à l’audience princière. "Nous avons fêté Halloween, sourit Didier Reynders. Le prince était surtout intéressé par le Brexit et le rôle du Japon dans un monde bouleversé." Ce fut la même chose tout au long de sa visite de quatre jours au Japon.

"Les Japonais sont réellement inquiets du Brexit. C’est quelque chose qu’ils n’avaient pas prévu."
Didier reynders
ministre des affaires étrangères

"Le lendemain du Brexit, on sera toujours vivant"

"C’est fascinant, à chaque rencontre, j’ai été sidéré de voir à quel point l’Europe en crise inquiète beaucoup les Japonais. Le Brexit, la question migratoire, la montée des populismes et, cette semaine, ils étaient même inquiets du départ d’Angela Merkel. Vous vous rendez compte? Ce n’est pourtant pas comme si elle partait demain, confie-t-il. J’ai senti chez eux un sentiment d’instabilité par rapport à ce qui se passe en Europe."

Surpris par cette anxiété inhabituelle, il s’est appliqué à les rassurer. "Le lendemain du Brexit, on sera toujours vivant", leur a-t-il expliqué. Le ministre les a assurés que "tout serait fait pour conclure un accord de départ avant l’échéance du 29 mars et qu’un sommet serait peut-être convoqué en novembre".

La sortie du Royaume-Uni pourrait même être une opportunité pour la Belgique. "Nous avons réfléchi avec les Japonais sur la répartition de marché après le Brexit, dit-il. Le marché intérieur européen se retrouvera uniquement sur le continent."

Les entreprises japonaises établies au Royaume-Uni devront réfléchir à dédoubler leurs activités. Certaines d’entre elles devraient glisser en Belgique. Le ministre leur a vanté les atouts de notre pays et en particulier de Bruxelles pour sa proximité avec les institutions de l’UE. "J’ai insisté sur nos capacités logistiques et en nouvelles technologies, ajoute-t-il. Des entreprises ont marqué leur intérêt pour notre pays."

Toyota conforte sa présence en Belgique

Jeudi, Didier Reynders a bouclé sa visite par un tête à tête avec Shigeru Hayakawa, le numéro deux de Toyota.

Le géant mondial de l’automobile voulait, lui aussi, en savoir plus sur le Brexit et les crises que traverse l’Europe. "Il a conforté la présence de son quartier général européen à Bruxelles, dit le ministre des Affaires étrangères. Il y a une inquiétude sur les répercussions du Brexit sur leurs implantations."

Le marché européen, de plus d’un million de véhicules, est pour eux le plus concurrentiel. Dans dix ans, il sera encore plus ouvert aux constructeurs japonais après la conclusion, cette année, d’un accord de libre-échange avec l’UE. "Ils sont à fond sur les voitures électriques et sur l’assistance à la conduite. Les véhicules autonomes vont arriver, mais les Japonais procèdent par étapes, poursuit Didier Reynders. Ce fut plus qu’une rencontre de courtoisie avec Toyota. C’est un acteur majeur sur le marché belge, et ils sont réellement inquiets du Brexit. C’est quelque chose qu’ils n’avaient pas prévu."

Didier Reynders a rencontré le numéro deux de Toyota, Shigeru Hayakawa. ©BELGA


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