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L'Union ne roule pas au chantage

Élections au Royaume-Uni.

To be or not to be a member of the European Union… Quatre décennies après son adhésion, le Royaume-Uni hésite. Le résultat des élections législatives pourrait pousser les Britanniques à percer l’abcès. Si David Cameron, au coude-à-coude avec son rival travailliste Ed Miliband, remporte la partie, il organisera en 2017 un référendum sur la place de son pays dans l’Union européenne.

Et il ira claquer sur la table du Conseil européen sa liste de revendications pour une réforme de l’Union susceptible de garder les Britanniques à bord… Il faudra alors que l’Union renvoie M. Cameron à ses études: non, l’Europe ne se réforme pas au gré de chantages. On en voit déjà qui frémissent – et si cela poussait les Britanniques à aller jusqu’au bout de la logique, à sortir pour de bon ? Chiche!

Quelle qu’en soit l’issue, ce référendum serait une bonne chose. Si les Britanniques choisissaient de rester dans l’Union, ils cloueraient pour quelques années le bec de leurs eurosceptiques, pour le plus grand bonheur de la "famille" européenne.

L’UE doit sortir d’un statu quo destructeur, de préférence avec les Britanniques. De préférence seulement.

Si au contraire ils choisissaient de quitter le clan, l’Union se trouverait plus légère pour débattre de son projet politique. Car les hésitations britanniques ne sont que le reflet d’une Europe ankylosée par l’affrontement de deux visions de l’Union: les uns la voudraient plus forte, plus politique, plus démocratique; les autres voudraient la reléguer à son rôle de chef d’orchestre du grand marché.

Si le Royaume-Uni veut rester le héraut de cette deuxième voie, il n’a pas besoin de mettre des bâtons dans les roues de l’Union. S’il veut le marché sans l’ambition politique supranationale, son avenir est tout tracé et porte un nom: l’Espace économique européen (EEE). Grâce à lui, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein profitent de la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes sans s’encombrer du drapeau étoilé. Que demander de plus?

En 1946, Winston Churchill appelait à la création des États-Unis d’Europe mais refusait de voir son pays y prendre part. Aujourd’hui, l’Europe "de la dernière chance" doit sortir d’un statu quo destructeur. De préférence avec les Britanniques. De préférence seulement.

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