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La Bourse de Londres veut croire au "business as usual", mais…

La Bourse de Londres a pris certaines décisions pour éviter toute mauvaise surprise liée au Brexit. ©REUTERS

Dans le cadre du Brexit, une des craintes de Londres est de voir les Européens lui appliquer le même sort qu’ils ont réservé à la bourse suisse l’an dernier. Le CEO de la bourse de Londres, David Schwimmer, a pris les devants, en ouvrant une base européenne à Amsterdam pour sa plateforme paneuropéenne d’actions Turquoise.

Sur le site web de la Bourse de Londres, guère de traces du Brexit. Comme si c’était "business as usual" pour ce joyau de la City.

Si, l’an dernier, l’indice boursier de la bourse de Londres  a globalement fait moins bien que les autres marchés européens et si le nombre d’introductions en bourse (IPO) a fondu (-56%), les actionnaires du London Stock Exchange Group n’ont guère eu de raisons de se plaindre. L’action du groupe boursier londonien a quasiment doublé de valeur en l’espace de douze mois. Il est vrai que la bourse dirigée depuis 2018 par l’Américain David Schwimmer, un ancien de Goldman Sachs, a dû repousser les avances du marché boursier de Hong Kong. Ceci dans un contexte politique troublé. Le Brexit bien sûr d’un côté, les manifestations dans les rues de Hong Kong contre le pouvoir en place et la crainte d’une mainmise chinoise sur le marché londonien, de l’autre.

-56%
On a dénombré 35 IPO à Londres en 2019 (-56% par rapport à 2018), le plus faible nombre depuis dix ans.

Finalement, face aux nettes réticences britanniques, Hong Kong a jeté l’éponge et abandonné son projet de rachat de la bourse de Londres. De quoi permettre à cette dernière d’acquérir la société Refinitiv, la division données financières de Thomson Reuters, pour la bagatelle de 27 milliards de dollars. Objectif: se diversifier dans le lucratif business des données financières où la bourse de Londres détient déjà la vaste panoplie d’indices boursiers FTSE Russell.

Après cet épisode hongkongais, et surtout après les vaines tentatives de fusion avec la Deutsche Börse, certains analystes voient toujours Londres comme une proie pour de grands groupes boursiers, comme l’IntercontinentalExchange (ICE) qui détient la bourse de New York. De quoi soutenir le cours du titre. Dans le cadre du Brexit, une des craintes de Londres est de voir les Européens lui appliquer le même sort qu’ils ont réservé à la bourse suisse l’an dernier.

Londres a de l'avance 

Au terme d’une phase de transition jusqu’à la fin de l’année, le retrait du fameux "passeport financier" qui permet actuellement à Londres de vendre ses produits dans chaque pays de l’Union européenne (UE), va obliger les Britanniques à obtenir pour 2021 des "équivalences", des autorisations de commercialiser leurs services, avec l’obligation de s’aligner en majeure partie sur les règles européennes. L’UE se réserve toutefois le droit de retirer ensuite ces autorisations de manière unilatérale. C’est précisément ce qui s’est produit l’an dernier avec la Suisse. Conséquence: impossibilité de négocier les actions suisses sur une bourse ayant son siège dans l’UE (et vice versa). La bourse de Zurich a donc déposé à la fin de l’an dernier une offre de rachat sur celle de Madrid pour retrouver un accès aux marchés européens d’actions.

A priori, Londres semble mieux armée et surtout mieux préparée. Le Stock Exchange détient déjà la bourse italienne, mais aussi la plateforme obligataire internationale MTS ainsi que 51% de la plateforme paneuropéenne d’actions Turquoise. L’an dernier, le CEO David Schwimmer a même pris les devants, en ouvrant une base européenne à Amsterdam pour Turquoise. Histoire d’éviter toute mauvaise surprise. 

Actions contre poissons

Londres ne veut pas se voir dicter son comportement alors que du côté de la Commission européenne, Ursula von der Leyen apparaît plutôt intransigeante. "Vous obtiendrez une équivalence, mais sur décision unilatérale de l’UE" a-t-elle confirmé lors d’un récent discours à Londres.

Certains s’attendent à une négociation serrée. Avec des concessions réciproques. Par exemple sur la question des chambres de compensation en valeurs financières (clearing houses). On évoque aussi un subtil donnant-donnant, en liant le sort des pêcheurs européens en eaux britanniques à celui des banquiers londoniens qui veulent continuer à négocier en Europe. Une histoire de trading entre des actions et des poissons en quelque sorte. Quoi de plus normal quand on parle de la City… 

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