interview

"La City, qui a toujours été optimiste, le restera!"

©BELGAIMAGE

Un an jour pour jour après le référendum sur le Brexit, Catherine McGuinness, la présidente de la City of London Corporation, qui veille aux intérêts du secteur financier londonien, exprime sa confiance dans l’issue des négociations avec l’Union européenne, qui devront, selon elle, aboutir à un accord taillé sur mesure pour le Royaume-Uni.

Il y a exactement un an, le résultat du référendum tombait, poussant le Royaume-Uni vers la sortie de l’Union européenne. Quel bilan tirez-vous, alors que les négociations pour cette sortie viennent à peine de commencer?

Le référendum a été une surprise pour nous tous dans la City. Nous nous attendions à un résultat différent. Mais la City a toujours été optimiste, elle l’est restée depuis un an et elle le restera à l’avenir. Quitter l’Union européenne – et non pas l’Europe, la distinction est importante – va être un processus compliqué. Et il est important que nous l’abordions de façon pragmatique, afin de trouver une solution qui nous satisfasse tous.

Des grandes firmes comme Goldman Sachs ou HSBC ont déjà entrepris de déménager une partie de leurs effectifs…

Le dernier rapport sur les pertes potentielles d’emplois pour le Royaume-Uni fait état de 4.000 à 75.000 emplois en danger après le Brexit. C’est finalement peu, au regard des 2,2 millions d’emplois du secteur financier au Royaume-Uni.

Il est inévitable que certaines banques se préparent à la façon dont elles vont opérer à partir du premier jour du Brexit, d’autant plus que, pour l’heure, nous ne savons pas quelle sera la solution négociée avec l’Union européenne.

Ces banques doivent donc mettre en place des plans B, pour assurer coûte que coûte la continuité de leurs opérations. Mais cela ne signifie pas qu’elles vont établir leurs opérations ailleurs ou y augmenter leurs effectifs.

En cas de "hard brexit", avez-vous d’ores et déjà prévu un plan B?

Toutes les entreprises et institutions prévoient des plans de secours. Mais nous sommes très confiants sur le fait qu’un accord sera trouvé, même si les discussions seront longues.

Que dites-vous aux banques de la City pour les retenir?

Le fait est que la City accueille des investissements du monde entier, et non pas uniquement européen. Cela signifie que la grande majorité des emplois va être préservée. Je viens d’ailleurs de rencontrer des représentants de grandes banques, qui ont exprimé leur volonté de rester ici à long terme.

Au-delà des firmes présentes dans la City, il y a aussi ces entreprises européennes qui ont besoin des financements de cette place. Un bon accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sera essentiel pour permettre aux Européens de continuer d’avoir accès aux capitaux, aux liquidités, aux services, aux assurances placées ici.

1.100 milliards de livres ont été débloqués par la finance britannique à destination d’investissements dans l’Union européenne en 2015. C’était de loin la plus importante source de financement en UE.

Cela sera-t-il encore possible après la perte du passeport financier, un privilège attaché à la présence dans le marché unique?

Le Chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond, a indiqué clairement, dans son discours à la Mansion House, que le Royaume-Uni allait quitter le marché unique et l’union douanière. Il est donc important de trouver un autre moyen d’accéder au marché.

Nous avons commencé à travailler avec les régulateurs internationaux pour trouver une stratégie, et nous avons déjà défini des solutions pour accéder au marché commun. Un accord est possible. Il serait inédit, authentiquement adapté au Royaume-Uni, et irait au-delà du simple replica d’accords existant ailleurs.

Des solutions ont déjà été présentées à Bruxelles, et l’accueil a été encourageant, notamment parce qu’elles seraient bénéficiaires à la fois pour le Royaume-uni et l’Union européenne. Ce ne serait plus le passeport financier, mais cela se situerait à mi-chemin, avec une reconnaissance mutuelle entre les parties. L’idée est aussi de s’assurer que les entreprises puissent recruter les talents dont elles ont besoin.

Quel est le plus important, finalement, pour la City? L’accès aux talents ou l’accès aux marchés?

Cela dépend de chaque société. la City dépend beaucoup de ses compétences humaines, mais la base pour ses activités est l’accès aux capacités de financement.

Mais, pour garder l’accès à ces capacités, le Royaume-Uni devra faire des concessions auprès de Bruxelles sur la libre circulation…

La libre circulation reste une question difficile pour les Britanniques, nous l’avons vu au référendum. Il sera important de trouver un système d’immigration qui fonctionne, qui permette de bien contrôler les frontières. Le chancelier a indiqué dans son récent discours que l’immigration libre était terminée, mais que les entreprises auraient des facilités pour engager les talents, à condition qu’ils aient des contrats de travail.

Cela se rapprocherait beaucoup du modèle suisse…

Nous étudions toutes les options, mais l’idée est plutôt d’un accord inédit, adapté à notre histoire très particulière avec l’UE. En sachant que le Royaume-Uni n’est pas la Suisse. La Suisse est au milieu de l’Europe, la situation géographique n’est donc pas identique, notamment par rapport aux frontières.

Avec du recul, le poids écrasant de la City et de la finance dans l’économie et la société britannique n’a-t-il pas été le facteur premier du vote sanction du 23 juin 2016? Après tout, il n’y a pas de City dans les autres pays européens, qui votent de manière plus modérée…

Le référendum a mis en évidence une fracture, particulièrement avec les grandes villes. Il est difficile de spéculer sur les raisons profondes de ce vote, qui a été avant tout émotionnel, et qui a semblé avoir signifié le rejet des grandes villes et des élites. Nous essayons d’ailleurs de communiquer davantage, voire de créer des partenariats avec des régions ou des villes dans l’ensemble du pays, pour expliquer les avantages de la finance. C’est ce que nous venons, par exemple, de faire à Belfast et à Leeds.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés