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La croisade de Boris Johnson affaiblit l'image du Royaume-Uni

Boris Johnson. ©Photo News

Boris Johnson poursuit son opération de séduction et sa charge en faveur du Brexit. En coulisses, il prépare le pays à un no deal, dont il tente de mettre la responsabilité sur les Européens.

Après l’Écosse lundi, le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est rendu mardi au Pays de Galles, où sa croisade en faveur du Brexit suscite la même hostilité, signe d’une désunion profonde au Royaume-Uni.

Quelques heures avant son arrivée, le Premier ministre du Pays de Galles, Mark Drakeford, a affirmé que Boris Johnson n’avait aucun mandat pour mettre en œuvre un Brexit sans accord et que cette issue serait "catastrophique" pour son pays. Le ton était donné.

Depuis son arrivée au 10, Downing Street, Boris Johnson ne travaille que dans une direction, avec une seule hypothèse, préparer un Brexit dur. Plusieurs comités ont été créés pour superviser une sortie sans accord de l’Union européenne.

"S’ils ne peuvent faire de compromis, s’ils ne peuvent vraiment pas, alors nous devons être prêts à une sortie sans accord."
boris johnson
premier ministre britannique

"BoJo" n’a pas l’intention de se rendre à Bruxelles pour négocier. En même temps, il cherche à faire porter la responsabilité du no deal à l’UE. "S’ils ne peuvent faire de compromis, s’ils ne peuvent vraiment pas, alors nous devons être prêts pour un Brexit sans accord", a-t-il dit mardi au cours d’un clip télévisé.

Pas de "backstop", ni de frontière physique

Au cours de la journée, Boris Johnson a eu son premier entretien téléphonique avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, au cours duquel il a réitéré son intention de sortir de l’Union européenne le 31 octobre, "quoi qu’il arrive". Il a aussi rappelé son opposition au "backstop", cette clause de sauvegarde permettant d’éviter une nouvelle frontière physique en Irlande.

Lors de cette conversation, le Premier ministre britannique s’est engagé à ne pas rétablir de frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, quand bien même le Brexit se ferait sans accord.

Leo Varadkar lui a rappelé que le backstop est "nécessaire" et que les 27 étaient unis sur cette question. De fait, sans aménagement particulier comme le "backstop", le Royaume-Uni conserverait sur l’île d’Irlande un point d’entrée dans le marché intérieur européen par où ses produits pourraient s’écouler, alors qu’il n’en fait plus partie. Une situation inacceptable pour les Européens.

Le Royaume-Uni divisé, son image affaiblie

Alors que Boris Johnson étale ses divisions avec l’Irlande, l’Écosse et le Pays de Galles, et prépare en coulisses une sortie sans accord, la livre continue à baisser.

Dans un tel contexte, il n’est pas certain que les premiers jours du nouveau Premier ministre britannique contribuent à renforcer son pays, dont l’image continue à se dégrader en Europe.

En témoigne, l’absence de réponse de ses alliés à la demande du Royaume-Uni de constituer une coalition européenne pour sécuriser le détroit d’Ormuz, dans le golfe persique, et récupérer le tanker Stena Impero retenu par les Iraniens depuis une dizaine de jours. Personne n’a répondu à l’appel.

Marché des changes
Boris Johnson fait souffrir la livre sterling

Bientôt la parité? La livre sterling est particulièrement sous pression depuis plusieurs jours. Elle a perdu près de 3% face à l’euro et au dollar en seulement quatre séances. Ce qui représente sa plus forte baisse en trois ans. Ce faisant, la monnaie britannique se rapproche progressivement de la parité avec les deux autres devises. Elle est tombée à 1,09 euro ce mardi en fin de journée, soit son plus bas niveau depuis septembre 2017. La cause de cette chute revient à un seul homme: le nouveau Premier ministre britannique, Boris Johnson. Le politicien n’a jamais caché sa volonté de sortir coûte que coûte le Royaume-Uni hors de l’Union européenne. "Le Royaume-Uni quittera l’UE le 31 octobre, quoi qu’il arrive", a-t-il répété ce mardi. De quoi raviver les craintes des investisseurs quant à une sortie sans accord.

Jordan Rochester, stratégiste chez Nomura International et spécialiste de la question du Brexit, évalue désormais la probabilité d’un no deal à 30%.

De son côté, Dan Hanson, économiste pour Bloomberg Economics, affirme que pour chaque augmentation de 1 point de pourcentage du risque d’un no deal, la monnaie britannique recule de 0,2%. "Cela suggère que, si les chances d’un Brexit sans accord tombaient à zéro, la livre sterling bondirait d’environ 9% par rapport à son niveau actuel, et de 4% par rapport à la réunion de mai de la Banque d’Angleterre. En l’absence d’accord, notre modèle prévoit une chute de 13%."

©mfn

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